III. i
« L'étoile de Vénus , au ciel qui se colore ,
Blanchit, **'
Et le veut du matin qui naît avec l'aurore,
Fraîchit.
Le lugubre hibou de la tour mal hantée,
S'«st tû.
£t le bois est déjà par la meute agitée,
Battu. »
Après une nouvelle fanfare, après un nouveau silence, la voix reprit plus près encore :
« Avant le jour, quittant ta couche «t ta compagne,
Chasseur, Sens battre de plaisir, en courant la campagne.
Ton cœur. Entends le chant d'amour d« la caille nomade ,
Et vois Le pas du sanglier, qui devant toi s'évade
Du bois »
Comme ce couplet finissait, huit ou
d'autrlfois. 243
dix chiens de haute taille , débouchèrent dans Favenue, suivis d'un piqueur qui tantôt les appelait par leurs nonris, tantôt faisait claquer son fouet à leurs oreilles, pour calmer, par la crainte d'une correction, leur ardeur parfois indocile.
Dix minutes après, M. de Lormois, en costume de chasse et la cravache à la main, arrivait à cheval à la portière du carrosse et souhaitait la bien-venue à Hector de la façon la plus cordiale.
En cet endroit la route tournait, et le château de Lormois, masqué jusqu'alors par des massifs épais, se dévoilait complètement.
Ce château consistait en un vaste pavil-
Ion carré, flanqué d'une tourelle ronde à chacun de ses angles.
Le toît principal était d'une hauteur excessive ainsi que les clochetons qui coiffaient les tourelles.
Clochetons et toîts étaient couronnés par de gigantesques girouettes arnaoriées.
Des cordons de pierres vermiculées, dans le goût de la renaissance, formaient les corniches de l'édifice et dessinaient de larges panneaux sur les revêtements de la maçonnerie.
Les couronnements sculptés des portes, des fenêtres et même des mansardes , étaient dans le même style.
d'autuei OIS. 245
Ces bâtiments formaient le centre d'une terrasse fort large.
Un perron de huit marches conduisait de cette terrasse à l'entrée principale, ouvrant sur un vestibule immense, dallé de pierres polies, alternativement blanches et noires.
On descendait aux jardins par deux larges escaliers de pierre, disposés en fer-à-cheval et ornés de statues mythologiques, jadis blanches, mais dont la pluie, les brouillards et surtout l'indiscrétion des oiseaux avaient singulièrement compromis la nuance.
Les jardins, dessinés dans le goût de l'époque par un élève de Le Nôtre, mon-
traient avec orgueil une profusion de bassins, de jets d'eau, d'ifs taillés d'une façon ingénieuse, de labyrinthes, de quinconces, de galants bosquets, de grottes sombres et de charmilles touffues et mystérieuses.
Ils joignaient le parc, lequel n'avait pas moins de trois lieues de tour, et était entièrement environné de murs, percés seulement çà et là de quelques portes et sauts de loup qui donnaient sur la campagne.
Des allées, ou plutôt des routes larges et ombrtHses les sillonnaient dans tous les sens. Les cerfs et les chevreuils y vivaient par bandes nombreuses, et presque toujours y jouissaient d'une paix profonde, excepté pendant les très rares séjours du marquis de Lormois, qui ne manquait