G LES VIVEURS
— Non pas de n'être point.., ce que tu sais, mais bien d'être propriétaire d'une femme assez laide et assez revêche pour qu'aucun de nos amis n'en veuille, et Dieu sait ce qu'elle doit réunir pour cela de laideur et d'humeur fâcheuse, car c'est un piquant ragoût que l'amour, quand l'adultère l'assaisonne !
L'entretien continua quelques instants sur ce ton plus que léger; puis les deux amis se séparèrent.
Trois jours après, une chaise de poste, attelée de quatre vigoureux chevaux, entraînait le marquis de Gout-Kérieux sur la grande roule de Tourraine.
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Il était à peu près dix heures du matin quand Hector, qui avait voyagé jour et nuit, vit ses postillons prendre un chemin de traverse qui conduisait au château de Lormois.
Au bout de trois quarts-d'heure de marche, la voiture s'arrêta devant la haute et massive grille du parc.
Le chiffre et l'écusson des marquis de Lormois couronnaientles lances dorées de cette grille.
A droite et à gauche de l'entrée deux petits bâtiments disposés en forme de pavillons, servaient de logis au concierge et aux gardes chasses.
Le valet de chambre d'Hector descendit du siège de la chaise de poste et sonna.
Un grand et gros suisse, galonné et armorié, apparut aussitôt sur le seuil de sa loge, ouvrit la porte à deux battants, et la voiture passa.
Hector, dont le cœur battait de joie et d'ivresse, à l'idée seule qu'il allait revoir la femme qu'il aimait, vivre sous son toît, respirer le même air qu'elle, voulut, comme il convient à un amant bien épris, se recueillir dans cette pensée, et donna
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l'ordre de traverser le parc au pas des chevaux.
Puis il s'enfonça dans un coin de sa chaise et livra son âme à toutes les rêveries langoureuses, à toutes les imaginations passionnées, à tous les mirages, à tous les prestiges, à toutes les fantasmagories de l'amour.
Un son vague qui vint tout-à-coup mourir à ses oreilles, l'arracha au monde fantastique dans lequel il vivait depuis quelques instants.
Il écouta.
Le vent qui bruissait dans les arbres lui apporta de lointains accords dans lesquels il reconnut des fragmentsde fanfares.
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Par instant un aboiement de chien arrivait aussi jusqu'à lui, isolé, strident et rauque, puis, avec une nouvelle bouffée de vent, lui venait, affaiblie, la grande voix de toute la meute.
La distance donnait un caractère d'étrangeté à cette musique lointaine, qui tantôt s'évanouissait comme le dernier soupir d'une harpe éolienne, tantôt lançait plus rapprochée ses sons rapides et vibrants, ainsi qu'une fusée mélodieuse.
Soudain ces voix et ces fanfares s'élevèrent toutes ensemble comme un crescendo triomphant.
Les chiens hurlèrent leur chant de victoire ; les trompes jetèrent au ciel un dernier et éclatant hallali, puis, tout se tut.
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M. de Cout-Kérieux supposa que ces accords annonçaient la fin de la chasse.
Il ne se trompait pas.
Le silence, du reste , ne fut pas de longue durée.
La chaise de poste d'Hector continuait à suivre lentement l'avenue. Tout-à-coup, non loin de là, et dans un sentier latéral, retentit de nouveau une fanfare éclatante. A cette fanfare succéda une voix mâle et sonore qui chantait, sur un air de chasse, un couplet qu'Hector ne put entendre.
Une seconde fanfare termina ce couplet.
Après un instant de silence, coupé par quelques aboiements de chiens, la voix reprit plus rapprochée :