I- AlTI'EI't'IS. \S
au contraire, je me ruine, ce ne sera point à coup sur sans quelque circonstance dramatique qui jetera du mouvement dans ma vie: je jouerai. *
Hector tint parole. Dès le lendemain il se lança dans la plus effroyable dissipation . A l'aide de ses gains passés qu'il n'avait pas eu le temps de dépenser encore, il se monta une maison brillante où il reçut une foule de débauchés, de joueurs toujours heureux, et de femmes plus que suspectes. Le pauvre Peritus, relégué avec ses livres dans une mansarde, entendait le bruit lointain des orgies nocturnes, et ne pouvait penser sans frémir à l'issue fatale de tous ces déportements. Il essaya quelques avis timides dont on ne tint aucun compte, et
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quelques avertissements plus hardis qui furent reçus. avec dédain et colère; ce que voyant, le bon gouverneur courba la tête et attendit que quelqu'inspiration du ciel vînt éclairer son élève. Cependant les jours et les semaines s'écoulaient sans amener aucun changement, si ce n'est que la chance avait tourné, et qu'Hector, aussi maltraité par le sort qu'il en avait été favorisé naguère, perdaittoujours sans changer pour cela son genre de vie, entraîné qu'il était par les mauvaises connaissances qu'il avait faites. Enfin le moment vint où le jeune héritier des Cout-Rérieux, ayant des chevaux, une maison magnifique, des complaisants nombreux, une fille d'Opéra pour maîtresse, vit disparaître ses vingt derniers louis dans un coup de lansquenet.
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La situation était impérieuse, car il n'y avait que deux partis à prendre : l'un sage, qui consistait à retourner en Bretagne pour n'en plus bouger; l'autre, périlleux, mais flatteurpourl'imagination : on devine qu'il s'agissait de se procurer de l'argent n'importe à quel prix, et de rester à Paris pour y tenter de nouveau la fortune.
Retourner en Bretagne ! à cette seule pensée l'orgueil du marquis s'était indigné. Que diraient tous les hobereaux ses voisins, en le voyant revenir comme il était parti, c'est-à-dire sans avoir obtenu aucune faveur de la cour?
Emprunter de l'argent et jouer encore, et jouer toujours, souriait plus agréablement à l'imagination d'Hector, mais où
trouver un prêteur sur des immeubles situés à deux cents lieues ?
Dans cette perplexité, Hector s'ouvrit à un certain chevalier de Blignac, que le jeu lui avait fait connaître, et qui venait quelquefois s'asseoir sans façon à sa table.
Blignac était un de ces Gascons qui, comme disait Henri IV, sont sortis de chez eux par le brouillard et ne peuvent plus retrouver leur maison. N'ayant ni sou ni maille, toujours aux expédients pour accrocher quelques écus aussitôt dévorés par le pharaon, Blignac connaissait toutes les célébrités de cette engeance funeste qui s'enrichit aux dépens des fils de famille. Au premier mot que lui dit Hector, il s'écria :
DAIJÏKKFOIS. 485
—Eh ! que ne parliez-vous plus tôt, mon cher marquis ! mais j'ai votre affaire, et si vous le permettez, je vous amènerai demain, à votre lever, un excellent homme qui vous remplira vos coffres en un tour de main.
— Ce n'est pas un usurier, j'espère? demanda Hector avec une certaine inquiétude.
— Fi donc, mon cher ami ! est-ce que je connais ces gens là? L'homme dont je vous parle ne prête que sur de bonnes garanties, afin de ne demander qu'un intérêt raisonnable : comprenez-vous?
— Oui, oui, je comprends, dit Hector avec la préoccupation d'un homme qui ne
voit que les résultats d'une affaire, sans s'inquiéter des moyens d'exécution et des conséquences éloignées.
— A quelle heure voulez-vous que je vous amène mon homme demain? demanda Blignac.
— Est-ce que vous ne pourriez pas me l'amener ce soir? répondit Hector.
Blignac comprit que le marquis de Cout- Kérieux était dans une déplorable situation, et il se promit bien de lui faire valoir le service qu'il allait lui rendre.
— Je ferai de mon mieux, reprit-il, mais je ne réponds de rien pour le moment, c'est-à-dire pour aujourd'hui. Cpmbien voulez-vous emprunter?
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— Mais quelque chose comme deux mille livres; plus même li
peut.
— Vous comprenez, dit Blignac, que le chiffre n'y fuit rien si le gage est suffisant ; mais en offrant au prêteur que j'ai en vue l'attrait d'une grosse afiaii a rai bien plus sur de vou> 'amener plus vite.
Ce soir-là Hector donna a souper chez lui, mais il eut la prudence ci s -tenir de toucher une carte, parce qu'il ne voulait
— divulguer sa situation en jouant sur parole.
Il feignit donc, tant que durèrent les parie s occuper uniquement d'une jeune actrice de la comédie italienne, qui venait chez lui pour la première i -
voit que les résultats d'une affaire, sans s'inquiéter des moyens d'exécution et des conséquences éloignées.
— A quelle heure voulez-vous que je vous amène mon homme demain? demanda Blignac.
— Est-ce que vous ne pourriez pas me l'amener ce soir ? répondit Hector.
Blignac comprit que le marquis de Cout- Kérieux était dans une déplorable situation, et il se promit bien de lui faire valoir le service qu'il allait lui rendre.
— Je ferai de mon mieux, reprit-il, mais je ne réponds de rien pour le moment, c'est-à-dire pour aujourd'hui. Combien voulez-vous emprunter?
d'aitikefois. 4<S7
— Mais quelque chose comme deux cent mille livres; plus même si cela se peut.
— Vous comprenez, dit Blignac, que le chiffre n'y fait rien si le gage est suffisant ; mais en offrant au prêteur que j'ai en vue l'attrait d'une grosse affaire, je serai bien plus sur de vous l'amener plus vite.
Ce soir-là Hector donna à souper chez lui, mais il eut la prudence de s'abstenir de toucher une carte, parce qu'il ne voulait pas divulguer sa situation en jouant sur parole.
Il feignit donc, tant que durèrent les parties, de s'occuper uniquement d'une jeune actrice de la comédie italienne, qui venait chez lui pour la première fois.
Mais cette petite ruse ne trompa personne, et les convives d'Hector se dirent à l'oreille qu'il devait être mal dans ses affaires.
Le lendemain, comme onze heures sonnaient, le chevalier de Blignac présentait au marquis de Cout-Kérieux, sous le nom d'Eléazar, un petit homme chétif et pâle, qu'on aurait pu très bien comparer à une fouine échappée du poulailler d'un avare.
Hector dit nettement à l'usurier, car c'en était un, ce qu'il attendait de lui. Il s'agissait de lui prêter une somme ronde de deux cent mille livres à un intérêt raisonnable, avec hypothèque sur sa seigneurie de Cout- Kérieux.
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L'usurier se récria d'abord sur ce chiffre de deux cent mille livres qu'il trouvait exorbitant; puis il ajouta qu'il ne prêtait que sur de bonnes lettres de change à une courte échéance ; cependant, par considération pour M. le marquis de Cout-Kérieux, et pour être agréable à son excellent ami le chevalier de Blignac, il verrait, il tâcherait en s'adressant à des confrères ; mais ceux-ci seraient peut-être plus exigeants que lui; dans tous les cas, en attendant une promesse plus positive de traiter l'affaire, il engageait toujours M. le marquis à faire venir ses titres de propriété, afin d'être en mesure au besoin.
Tout cela était bien un peu vague, mais Hector comprit à quelques signes du che-
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valier de Blignac, qu'il ne fallait pas s'alarmer de ces réticences, et dès que les deux visiteurs l'eurent quitté, il se hâta de monter à la mansarde de Peritus, et il aborda le vieux précepteur avec un sourire caressant sur les lèvres, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps.
— Mon bon maître, lui dit-il avec un son de voix affectueux , seriez-vous disposé à faire un petit voyage en Bretagne.
Le visage dévasté de Peritus s'illumina comme une vieille muraille sur laquelle tombe un splendide rayon de l'aurore.
— Quoi, mon cher élève, il serait possible que j'allasse... que nous allassions... balbutia Peritus.
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— Pour cette l'ois, il ne s'agit encore que de vous, mon cher maître, interrompit Hector avec une précipitation dans laquelle un observateur plus habile que Peritus n'eût pas manqué de voir l'indice d'un grand trouble d'esprit. Je voudrais mettre un peu d'ordre dans mes affaires, ajouta Hector avec plus de calme, et vous comprenez, mon ami, que je ne puis me confier qua vous pour cela.
— Il faudra donc nous séparer , mon cher élève ? dit Peritus , dont îa physionomie avait repris subitement son expression de tristesse.
— Ce sera l'affaire d'une quinzaine de jours au plus, mon bon Peritus ; puis vous reviendrez, et nous ne nous quitterons