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Les viveurs d'autrefois

Cette tentative d'assassinat, dont les motifs restaient obscurs et que l'on pouvait craindre de voir se renouveler, décida le marquis de Lormois à quitter la Tourraine et à ramener Diane à Paris.

M. de Cout-Ivérieux les y avait précédés.

Laissons s'écouler quelques jours, et transportons-nous dans une élégante chambre à coucher de l'hôtel du comte Roland.

Il est huit heures du soir, et sur la cheminée brûlent les bougies de deux candélabres d'argent d'un précieux travail.

Roland, vêtu d'une robe de chambre de velours noir, doublée de satin cerise, que la cordelière dénouée laisse flotter derrière lui, se promène rapidement dans cette pièce.

Son allure est brusque et saccadée.

Tantôt il va droit devant lui avec une impétuosité telle, qu'il se heurte presque à la muraille tendue de damas couleur feuille morte.

Tantôt il tourne sur lui-même, comme les bêtes fauves ont coutume de le faire dans leurs cages.

L'expression de ses traits change à chaque instant.

Parfois un éclair de joie farouche illumine ses yeux et son front, et presqu'aussitôt il froisse avec colère une lettre qu'il tient à la main, sa figure devient terrible, ses sourcils se contractent, et

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le violent orage qui gronde au dedans de lui se lit sur son visage bouleversé.

De temps en temps il regarde la pendule et s'arrête pour écouter.

On frappe doucement à la porte.

— Entrez! dit-il.

Et il s'appuye contre la cheminée.

La porte s'ouvre et laisse voir Champagne, le valet de pied que nous connaissons.

— Eh bien? demande vivement Roland.

— C'est fait, Monsieur le comte.

— Mon billet...?

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— Je l'ai remis.

— A qui?

— A Mariette.

— Ainsi dans ce mornent...

— Dans ce moment il est entre les mains de madame la marquise.

— C'est bien !

— Monsieur le comte n'a plus besoin de moi?

— Non, reste dans l'antichambre... je n'y suis pour personne... pour personne , excepté pour elle. ..Tu m'entends bien?

— Parfaitement, monsieur le comte.

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Champagne sortit.

Roland resté seul , recommença sa promenade dans la chambre avec plus d'emportement , si cela est possible , que l'instant d'auparavant.

Et tout en marchant , il murmurait des mots interrompus :

— Elle a lu mon billet, se disait-il , elle va venir... elle viendra... elle ne pourrait pas ne pas venir... elle ne l'oserait pas!..

Il broyait de nouveau convulsivement la lettre qu'il tenait dans ses mains , et il ajoutait :

—Il faut qu'elle soit folle, cette femme...*

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oui, folle, pourm'avoir écrit cela!... elle sait bien qu'elle doit m'obéir... . qu'elle m'appartient, et qu'il faut qu'en toutes choses ma volonté soit faite !

« Et dire que tout serait fini ! irrévocablement fini, sans cet imbécile qui ne tue pas et qui se laisse tuer ! !

a Enfin , c'est à refaire ! . . .

« Pourquoi n'est-elle pas encore ici?

« Elle a eu le temps de venir depuis l'hôtel , ce me semble ! !

Roland regarda de nouveau la pendule.

— Non, reprit-il, non, pas encore....

Champagne marche plus vite qu'une fe rame... et elle aura été forcée de venir à pied...

« Mais dans dix minutes dans un

quart-d'heure au plus, elle doit être ici ! !..

a Comme le temps me semble long !...

« Que va-t-elle me dire ?...

« Ce sera» sans doute une scène de violence... ou de larmes !... Que m'importe ?

« Les dix minutes sont écoulées !... elle ne vient pas!...

« Ah ! la voilà î ! »

Au moment où le comte Roland pro-

d'autuefois. ^^

nongait ces derniers mots, Champagne ouvrit la porte, et dit :

— Madame la marquise !

Diane entra.

Elle était enveloppée dans une grande pelisse de taffetas noir , dont le capuchon rabattu masquait en partie son visage.

Quand la porte se fut refermée derrière elle, elle ôta cette pelisse et la jeta sur un meuble.

Elle était étrangement pâle , mais ses yeux brillaient d'un éclat fiévreux, et pour ainsi dire phosphorescent.

— Me voici , fit- elle.

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Une seconde avait suffi au comte Roland pour rendre à ses traits l'apparence du plus grand calme , et nulle trace de sa précédente agitation ne se voyait sur sa figure.

Il s'avança vers la marquise comme si leur entrevue avait été la chose du monde la plus simple , et lui prenant galamment la main il la conduisit près d'un fauteuil , en lui disant :

— De grâce asseyez-vous, chère Diane !

La jeune femme se laissa tomber sur ce siège et répéta : Sv

— Me voici. Que me voulez-vous ?

— Ce que je vous veux , répondit Ro-

land avec un sourire. Pouvez-vous me le demander? Je veux vous voir, ma belle amie, pour vous répéter que je vous aime.

L'expression forcée avec laquelle furent prononcées ces galantes paroles, leur donnait quelque chose d'étrange et de terrible.

La jeune femme se leva sans répondre , reprit son mantelet et se dirigea vers la porte.

— Où allez-vous ? demanda Roland.

— Je m'en vais.

— Y songez-vous, Diane ?

— Oui , je le répète , puisque vous n'a-

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