IV
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liennes, un homme de moyenne taille sortait lentement de la place Saint-Marc , suivait l'un des quais , s'arrêtait à l'entrée de la cour qui conduit à l'intérieur du palais par l'escalier des Géants sur lequel tomba la tête de Faliero , et là , s'adossaut à un pilastre sculpté , passait de longues heures dans un état d'immobiUté coiiiplète. *^
Cet homme semblait âgé de trente ans à peu près. Ses traits nobles et réguliers mais singulièrement basanés exprimaient la résolution et l'énergie. Son apparence n avait rien d'extraordinaire, et pourtant dès qu'il approchait la foule s'écartait devant lui comme devant un pestiféré,— et sitôt qu'il avait pris position auprès de l'en-
d'autrefois. 91)
trée (lu palais, le quai devenait désert.
Les joyeux improvisateurs, les citadins, les soldats dalmates, les matelots des galères , les moines , les Juifs du Rialio , les dames de la ville et les femmes de mœurs légères s'éloignaient à la fois, et le silence régnait dans ces lieux , un instant avant si remplis de mouvement et de bruit. ' '
Par intervalles, des cavaliers envel'oppés jusqu'aux yeux dans leurs manteaux, et portant pour plus de sûreté des demi masques de velours noirs , s'approchaient silenciciiscnjeut de cet inconnu, lui parlaient à voix basse, mettaient dans sa main une bourse pleine d'or, et se retiraient en
400 LIS viVEuns d'authefùis.
regardant autour d'eux si personne n'avait pu les épier et les reconnaître.
Le lendemain, on trouvait des cadavres flottants sur les lagunes.
Tous portaient la marque bien connue d'un poignard triangulaire , — et les pêcheu^^s se disaient les uns aux autres :
— // Mammone a gagné de l'argent cette nuit !
jC'est qu'en effet, l'inconnu du pont des Soupirs était Uenzo Mammone le bravo !