IV
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spadassin maudit! faut-il que je n'aie pas eu assez de cœur pour t'enfoncer trois pouces de ma dague dans la poitrine ! Mais patience! patience! il y a des bravis à Venise !
Georges fût achever tranquillement sa sérénade sous les fenêtres du palais Fornasari.
Laissons un instant de côté le baron de Chivry, ïléléna et les amours patriciennes pour nous occuper de la charmante et pauvre Pépita.
Gamillo était sans contredit plus habile séducteur que duelliste courageux, aussi
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ne négligea-t-il rien de ce qui pouvait lui rendre plus facile la conquête delà jeune fille. .
D'abord , et déjà sans doute on a deviné son plan en l'entendant demander à Grizzo dans l'un des premiers chapitres de cette histoire un costume complet de pêcheur , d'abord, disons-nous , revêtu de la Hvrée du peuple , il chercha tous les moyens de se rapprocher de la fiancée du bravo. C'était difficile, mais à quoi ne réussissent pas les roueries d'un Don Juan de profession ?
Chaque jour Pépita , si par hasard elle mettait le pied sur le seuil de la porte , apercevait la fi^jure du pêcheur inconnu , et peu à peu elle ne put s'empêcher d'ad-
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mirer cette beauté délicate et patricienne , plus remarquable peut-être sous les rudes vêtements que sous le velours et la soie.
Et puis ce beau jeune homme rêveur, il était là pour elle. Elle n'en pouvait douter, car il s'éloignait l'air joyeux sitôt qu'il l'avait entrevue.
Pépita en arriva bientôt à ne plus pouvoir penser à son fiancé sans évoquer la figure pâle et charmante du pêcheur mystérieux, à côté du visage bruni de Beppo. Puis les deux images apparurent ensemble , puis enfin celle de Beppo n'arriva plus que la seconde. — Elle aimaCamiiloet elle le lui dit, mais elle lui déclara en même
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temps qu'elle n'appartiendrait jamais qu'à l'homme qui la mènerait à l'autel.
Le gentilhomme, fort incrédule à l'endroit de l'honneur des femmes , prit cela pour les derniers efforts d'une résistance expirante.
Plusieurs semaines s'écoulèrent ainsi.
Mammone, presque chaque jour, venait passer quelques instants à la petite maison du vieux soldat. Pépita, qui jadis avait pris pour de l'amour le sentiment d'affection qui l'attirait vers Beppo, sentait se dissiper cette illusion , et chaque fois qu'elle se trouvait en présence de son
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fiancé, sa froideur et son embarras se trahissaient de plus en plus.
Beppo remarquait ce trouble et cette indifférence , et s'en affligeait profondément, mais sans en deviner la cause.
Un bruit vague, et qui peu à peu prit de la consistance se répandit dans l'aristocratie vénitienne. Chacun parla, d'abord comme d'une chose, possible, ensuite comme d'une chose certaine, du mariage d'Héléna Fornasari avec le jeune et beau Français.
Ce bruit parvint à Camillo qui ne le crut nullement fondé , mais qui pourtant résolut d'offrir en toute hâte ses hom-
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ma(îes et sa personne à la riche patricienne , afin de ne point laisser à quelque rival le temps de prendre les devants.
Donc , un beau soir, il dit à Grizzo d'envoyer sa plus belle gondole, pavoîsée de ses plus riches tentures , stationner dans laGiudecca, tout près de la place Saint- Marc, afin de se rendre au palais Fornasari dès qu'il aurait fait quelques tours dans la foule, ainsi que l'exigeait la mode.
Ces ordres furent exécutés , et Camillo , suivi de son valet , se disposait à gagner sa barque dont les oisifs promeneurs ad> miraient depuis le bord du canal l'équipage resplendissani , quand il entendit
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pousser un cri tout près de lui, et quand une femme, se suspendant à son bras , s'affaissa tout-à-coup. — Il se retourna surpris , et vit à son côté la pâle Pépita évanouie. .
Elle venait de reconnaître, dans le brillan t seigneur, le lazzarone qui chaque jour promettait de l'épouser !
—Quel contre-temps ! —s'écria Camillo. — Maudit soit le sort qui conduit en ce moment cette folle enfant sur mon passage ! — Qu'en faire? — Grizzo !
— Signore?
— Mets un masque à cette petite , porte-
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la dans la gondole et retournons au palais. — Voilà le peuple qui déjà s'amasse autour de nous !
Grizzo souleva la jeune fille dans ses bras, traversa la foule et descendit dans la barque dont il ferma les rideaux. — Gamillo se tint debout près du dais, et les rameurs battant l'eau rapidement et en mesure , arrivèrent bientôt à la demeure du comte.
— Oii suis-je ? — demanda Pépita en reprenant connaissance.
— Chez moi, mon ange! — répondit Gamillo.
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— Chez vous ! Et qui êtes-vous?
La jeune fille , en prononçant ces mots, écarta les cheveux qui voilaient ses yeux, fixa son regard effrayé sur le comte , et s'écria :
— Oh! je vous reconnais! — Je me souviens! —Vous m'avez trompée, monseigneur! je veux partir!
— Pourquoi partir, ma charmante?
Pourquoi partir si vite ?
— Mon père se meurt, signore !
— Attendez du moins un instant , ~ répondit Camillo en la retenant.
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— Ne me touchez pas ! ! !
— Mais que vous ai-je fait ?
— Ce que vous m'avez fait? — Santa- Maria, iile demande! Mais vous m'avez indignement trompée en vous faisant passer pour un humble pêcheur, en me disant que vous m'aimiez, que vous m'épouseriez!... tandis que maintenant!... Oh!
que je suis malheureuse !
— Voyons, Pépita, appaisez-vous !
— Non! non! je veux partir !
— Vous serez libre quand vous m'aurez
écoulé. — Tout mon crime est de vous aimer, Pépita. Vous souvenez-vous d'un soir où vous attendiez une barque près du port? C'est en ce moment que je vous remarquai pour la première fois, c'est en ce moment ^que commença mon amour. — Je vous fis suivre. Je sus combien vous étiez sage et pure , je sus que je serais infailliblement repoussé par vous si je me présentais comme un noble Vénitien , et pour vous plaire, pour toucher votre cœur, je pris les humbles vêtements d'un homme
du peuple Qu'importe mon rang après
tout? Le grand seigneur vous aime, Pépita, comme vous aimait le lazzarone !
— Oh ! mon Dieu ! — répétait la jeune fille qui pleurait , et n'avait qu'à peine en-
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tendu le discours de Camillo. — Oh ! mon Dieu! et c'est pour cet homme que j'ai méprisé l'affection de mon fiancé, du pauvre Beppo?
— Votre fiancé! — répliqua Camillo d'un ton railleur, osez-vous parler de votre fiancé?
— Et pourquoi donc, n'en parlerais-je point ?
— Mais savez-vous son nom, seulement?
— Savez-vous son état ?
— Raillez-vous, signore? — Mon fiancé est un gondolier et se nomme Beppo Canti !
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— Votre fiancé est un bravo et s'appelle Renzo-Ie-Démon !
— Vous mentez ! !
— Non , Pépita , et si vous voulez la preuve de ce que j'avance, vous l'aurez dans un instant.
— La preuve?
—Oui.
— Donnez !
— Vous savez , n'est-ce pas, que Mammone attend chaque soir près de rarcliè du pont des soupirs ceux qui viennent acheter son stylet?
— Je le sais!
— Mettez un masque , prenez mon bras ^ et venez!
d'altiif;i'ois. \'i^
— Vous êtes donc mon mauvais génie ?
— Je suis votre adorateur, Pépita !
— Partons I
Camillojeta sur son épaule un manteau de couleur sombre, se masqua et sortit avec la fille de Piétro.
Pendant le trajet, depuis le palais Cavalcanti jusqu'au pont des Soupirs, Pépita, profondément absorbée, ne dit pas une parole, malgré les efforts de Camillo pour la distraire et larracber à sa préoccupation. Mais une fois qu'ils eurent quitté la gondole et monté sur le quai, elle entraîna son guide avec une vitesse fiévreuse.