‹ Les viveurs d'autrefois (volume 4)Chapitre 5 sur 30 · LES V1VE13RS · texte numérisé non relu

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— Sans doute. Écoutez plutôt. — J'ai voulu faire tuer votre mari. Mon Dieu, c'est vrai, nous sommes seuls, et j'en conviens hautement devant vous. Vous ne saviez pas le premier mot de ce petit projet, j'en conviens de même avec vous, et je vous déclare innocente. Entre nous, Madame, nous savons le mieux du monde à quoi nous en tenir, mais si vous me meniez devant des juges, qu'arriverait-il, je vous prie ?

« On commencerait par rechercher les motifs qui pouvaient me faire désirer la mort de M. de Lormois. Avais-je contre lui quelque sujet de haine personnelle?

Pas le moindre. Seulement il était votre mari et j'étais votre amant ; lui mort, je

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pouvais vous épouser, voilà tout. Et remarquez bien qu'on ne pourrait point élever une preuve contre moi qui ne retombât aussitôt sur vous. La clé avec laquelle les meurtriers se sont introduits dans le parc, n'est-ce pas vous qui me l'aviez donnée? N'aurait-on pas le droit de supposer que si j'ai été l'instrument qui frappe, vous étiez, vous, la pensée qui conçoit? Je déclarerais, je vous le jure, que je n'ai agi que poussé par vous, et si je succombais, nous succomberions ensemble...

— Oh] mon Dieu! mon Dieu! s'écria Diane en tombant à genoux et en élevant les mains vers le ciel.

— Vous le voyez, continua froidement

le comte, vous êtes en moiT pouvoir coniplètement, étroitement. Oublions tous deux, vous , la lettre que vous m'avez écrite, moi la lettre que j'ai reçue de vous. Vivons ensemble comme par le passé; je vous aime encore, aimez-moi toujours, et si quelque jour (un peu plus tôt, un peu plus tard), le hasard veut qu'il arrive un malheur à votre mari, eh bien ! nous n'en serons nullement responsables, vous pleurerez autant que le décorum l'exigera; vous ferez élever à ce cher marquis un magnifique mausolée, et sitôt après le deuil, au lieu de rester madame de Lormois , vous deviendrez la comtesse de Villarcy ! Voilà tout, qu'en dites-vous?

— Et personne ne me sauvera de cet homme! murmura la marquise.

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— Personne, répondit Roland, avec ironie, je doute même que vous ayez grande envie d'appeler à votre secours, ma chère belle, car vous comprenez de reste qu'il ne serait guère prudent de mettre quelqu'intrus dans le secret de nos petites affaires d'intérieur...

Roland s'interrompit tout-à-coup.

— Qu'est-ce que cela? s'écria-t-il.

On entendait dans l'antichambre le bruit d'une violente discussion, et la .voix de Champagne n'avait pas le dessus.

Soudain la porie s'ouvrit.

GUILLAUME LEPIGARD.

GUILLAUME LEPICARD.

La porte s'ouvrit, disions nous à la fin du précédent chapitre, et le plus inattendu des personnages de cette histoire , Guillaume Lepicard parut sur le seuil.

Il semblait grandi dans sa petite taille, il agitait avec des mouvements colériques sa

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longue canne d'ébène à pomme d'or ciselée, et ses yeux gris étincelaient d'indignation.

M. de Villarcy, à la vue de Guillaume, ne put retenir une exclamation d'étonnement.

La marquise se leva comme en sursaut , et une vive joie intérieure vint éclairer son visage pale.

Lepicard se méprit à l'expression des traits de la jeune femme ; il fit un pas vers elle , et lui dit d'une voix émue ;

— N'ayez pas peur, madame , ce n'est point à vous que j'ai affaire , c'est à monsieur le comte...

— A moi ! fit Roland , revenu de sa pre-

mière surprise. Voilà qui est étrange... je ne vous connais point... je neveux point vous connaître , je trouve fort surprenant que vous vous introduisiez dans mon logis et jusque dans ma chambre , malgré mes gens et malgré mes ordres; enfin, quoi que vous ayez à me dire, je refuse de vous entendre et je vous ordonne de sortir ! !

— Monsieur le comté , répondit Guillaume en croisant ses bras sur sa poitrine, et sans paraître avoir entendu la tirade de Roland, écoutez-moi bien, je vous prie, et pesez mes paroles :

« Vous avez attiré chez vous, par je ne sais quel moyen infâme, madame la marquise Diane de Lormois qui nous entend.

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« A compter d'aujourd'hui , je vous défends de vous présenter chez elle !

« Je vous défends de lui écrire !

« Je vous défends de chercher à la voir ! Tenez-vous ceci pour dit, et pour bien dit, monsieur le comte !

— Vous me défendez ! s'écria Roland , bouillant de'colère. Ah ! vous me défendez !

Le mot est plaisant , sur mon honneur

Mais qui donc êtes-vous, pour oser ?

— Je suis, interrompit Guillaume avec calme, je suis un homme qui peut vous perdre.

a Le jour où vous aurez trans^^ressé l'un de» ordres que vous venez de recevoir de

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moi, une déposition en bonne forme sera remise à M. le lieutenant de police, et vous aurez à répondre de la tentative d'assassinat commise sur la personne de M. le marquis de Lormois.

« Toutes les preuves sont entre mes mains, et je m'en servirai.

« Qu'avez-vous besoin maintenant de savoir qui je suis, puisque vous savez ce que je ferai ?

Roland, muet de rage et d'épouvante, se taisait unéanti.

Guillaume reprit alors la parole, et dit en s'adressant à Diane :

-— Je vais avoir l'honneur, madame la

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marquise de vous reconduire jusqu'à votre hôtel, daignerez-vous pi'endramon bras.

La jeune femme s'appuya silencieusement au bras de Lepicard , et tous deux quittèrent la cliambre et bientôt la maison de M. de Villarcy.

La stupeur et l'anéantissement du comte , resté seul , ne furent point de longue durée.

11 échangea rapidement sa robe de chambre contre le premier vêtement qui lui tomba sous la main, "prit son chapeau et son épée, bouscula dans l'antichambre Champagne qui voulait s'excuser d'avoir laissé violer sa consigne, et s'élança dans l'escalier.

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Il vit dans la rue, a- deux cents pas à peu près, Diane et le vieillard dont la marche était lente, car la jeune femme brisée par de si terribles émotions se soutenait à peine.

Roland les suivit en ayajit soin de conserver la distance qui le séparait d'eux, et de raser les maisons du côté où les réverbères jetaient la plus faible lueur.

Cette précaution était utile pour n'être point reconnu si Lepicard venait à se retourner, ce qu'à vrai dire il fit plus d'une fois.

Diane et son guide arrivèrent à la place Royale, la traversèrent, et bientôt entrèrant dans la rue des Tournelles.

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