‹ Les viveurs d'autrefois (volume 5)Chapitre 15 sur 15 · II. so · texte numérisé non relu

II. so

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écartait les branchages de la haie pour pénétrer dans le jardin.

A ce bruit succéda celui d'un pied furtif qui foulait avec précaution la terre fraîchement remuée des plates-bandes.

— C'est un voleur !

Telle fut la première pensée de Richard, qui se leva, arma son fusil et mit en joue un homme qu'il entrevoyait vaguement se glisser au milieu des arbres.

Cet homme s'arrêta près de la fenêtre qui donnait dans la chambre d'Étiennette, et sembla hésiter pendant un instant.

Richard appuya son doigt sur la détente de son arme, mais il réfléchit à

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l'instant que la balle pourrait aller frapper la jeune fille endormie, et il attendit.

Le nocturne visiteur fit encore un pas, et Richard, à travers le profond silence de la nuit, interrompu seulement par les puissantes vibrations de- son cœur, entendit distinctement le son de trois coups légers frappés contre la vitre.

— Que veut dire ceci? pensa-t-il.

La question qu'il s'adressait fut à l'instant résolue. La fenêtre s'ouvrit sans bruit, et l'homme, qu'on attendait sans doute, disparut aussitôt dans la chambrette de la jeune fille dont la fenêtre se referma.

— Malédiction ! s'écria le fils de Gène-

viève, qui se sentit le cœur traversé par un trait de feu. Malédiction ! ce n'est pas un voleur, c'est un amant !

Trois heures se passèrent ainsi.

Richard debout, immobile à la même place, et appuyé sur le canon de son fusil, fixait son œil enflammé , avec une persistance d'oiseau de proie, sur la fenêtre fatale.

Le matin approchait.

Déjà, à l'Orient, une ligne moins som-» bre indiquait vaguement les points de jonction de la terre et du ciel.

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La fenêtre s'ouvrit, et un homme sortit de la chambre d'Étiennette, puis il s'arrêta pour échanger encore avec la jeune fille

une étreinte, un baiser et une fois de

plus, depuis qu'il y a des amants qui s'aiment et qui se le prouvent, c'est-à-dire depuis le commencement du monde, la ravissante scène du balcon de Roméo et Juliette^ fut jouée au premier chant de l'alouette, à la première clarté de l'aube.

Enfin les branches se disjoignirent, et l'amant d'Étiennette parut se diiiger de nouveau vers l'endroit de la luiie qui cachait Richard.

Ce dernier, la crosse de son fusil appuyée à l'épaule, attendit couché derrière le feuillage que son rival repassât par la brèche qu'il avait pratiquée en venant.

Cette attente fut déçue. L'inconnu, soit qu'il ne retrouvât pas la trace de ses pas, soit que la muraille de verdure lui parût ailleurs plus accessible, fit un détour et sortit du jardin à environ soixante pas du guetteur.

Richard le vit au moment où il allait atteindre le bois et se confondre avec les troncs d'arbres.

Il visa rapidement et fit feu.

A la détonation succéda un cri sourd, puis le bruit de la chute d'un corps.

Le coup avait porté.

Richard, épouvanté de ce qu'il venait de faire, crut soudain voir autour de lui les ténèbres devenir sanglantes, crut entendre

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des voix funèbres murmurer à son oreille : assassin ! assassin !

Il prit alors sa course à travers la campagne, arriva jusqu'au château, entra clans le parc par une petite porte qu'il trouva ouverte, circonstance qui ne fut pour son esprit troublé l'objet d'aucune remarque, et enfin gagnant sa chambre se jeta sur son lit où il s'évanouit.

La veille au soir, le comte Roland avait donné ses ordres à ses gens pour une chasse à courre qui devait avoir lieu ce même jour, et à laquelle il avait invité quekfues gentilshommes du voisinage.

Ces derniers arrivèrent de bonne heure.

Le valet de chambre alla prévenir le jeune comte que ses hôtes l'attendaient.

11 trouva la chambre vide. Le lit non défait prouvait même que Roland n avait point couché chez lui.

A ce fait se rattachait naturellement la supposition de quel qu'aventure gaillarde ; on supposa que M. de Villarcy s'était oublié dans les bras amoureux de quelque gentille vassale, un malin sourire vint effleurer les lèvres de ses amis, et son absence ne causa ni étonnement, ni inquiétude.

Un déjeuner matinal avait été préparé pour les ciiasseurs, ils s'attablèrent, et.

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bien que la place du maître de la maison fut restée vide, ils firent le plus grand honneur aux pièces de bœuf froid, aux jambons, aux pâtés de gibier, au vieux bordeaux et au vieux bourgogne qui couvraient la nappe hospitalière.

Plus d'un toast gaillard fut même porté, assure-t-on, aux aventures, si longtemps prolongées, du beau Roland de Villarcy.

Cependant le temps passait. L'heure de se mettre en chasse sonna, Roland ne paraissait pas.

Alors commença la surprise, puis à la surprise succéda l'inquiétude, et, de fait, à mesure que marchaient ks aiguilles de la grande horloge du château, la disparution

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de Roland devenait de plus en plus inexpliquable.

Enfin , vers la milieu du jour , on eut tout à coup la clé de cet étrange mystère, en voyant deux paysans apporter sur une civière faite de branchages un corps inanimé et sanglant.

Ce corps était celui de Roland, trouvé sur la lisière du bois, sans connaissance et la cuisse traversée par une balle.

On s'épuisa en conjectures qui n'approchèrent point de la vérité, pour savoir par qui le crime avait été commis.

Nos lecteurs sont suffisamment renseignés à cet égard.

La blessure de Roland, d'ailleurs, était

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grave, mais point mortelle. La violence de la douleur et la perte du sang, avaient seulement déterminé un évanouissement immédiat, dont il fut très difficile de tirer le jeune comte. Des soins immédiats et habiles lui furent du reste prodigués, et bientôt tout vint faire supposer que la guérison serait complète et prochaine.

La stupéfaction de Richard fut profonde, quand il apprit que son rival dans le cœur d Étiennette, l'homme qu'il avait lâchement cherché à assassiner, n'était autre que son compagnon d'enfance.

Un changement complet, ou plutôt une

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essentielle modification s'opéra alors dans l'esprit et dans les façons d'agir de Richard.

Sa nature qui avait été mauvaise redevint pire, son caractère aigri devint , plus que par le passé, envieux et hypocrite ; il voua à Roland de Villarcy une haine implacable, et jura de se venger de cet homme qui non satisfait de le dominer par les privilèges de la naissance, le primait encore par ceux de l'amour.

Et cette haine, ces projets de vengeance étaient d'autant plus terribles , d'autant plus dangereux, que Richard sut les cacher sous les apparences de la plus sincère affection, du plus complet dévouement.

Sitôt que la blessure de Roland fut guérie, ce qui du reste ne fut pas long. Ri-

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chard prit à tâche de lui devenir indispensable. Il se fit son complaisant, son flatteur, presque son valet, il effaça lui-même les vestiges d'égalité qu'il aurait pu se croire en droit de réclamer par suite de leur éducation commune. Il proclama hautement son infériorité et sa dépendance.

Tout ceci le mena précisément au but qu'il voulait atteindre : il capta de la façon la plus complète, et la confiance, et, disons plus , l'affection de M. de Villarcy, qui arriva bien vite à en faire un second lui-même, et à ne plus pouvoir s'en sépa- * rer une minute.

Une fois dans cette position, Richard attendit que l'occasion se présentât de satisfaire sa haine, d'assouvir sa vengeance,

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d'une façon qui fut tout à la fois facile , point compromettante et profitable.

« La vengeance se mange très bien froide! » se disait-il de temps en temps pour se faire prendre patience.

Il attendit deux ans.

Au bout de ce temps, le comte Roland lui parla du projet qu'il venait de former, d'un voyage à Paris.

Richard approuva fort ce dessein, et le voyage fut résolu.

— Enfin ! pensa le fils de Geneviève , enfin; nous partons ! j'aurai bien du malheur en vérité, si je ne trouve point là-bas la bonne occasion qu'il me faut !

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