‹ Les viveurs d'autrefois (volume 5)Chapitre 14 sur 15 · II. ly · texte numérisé non relu

II. ly

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Il ouvrit les yeux , et vit une jeune iille d'environ quinze à seize ans , qui , la jupe bravement retroussée et entrant dans l'eau jusqu'au genou ,. faisait boire quelques chèvres, qui cabriolaient autour d'elle , et , broutaient d'un air mutin les larges feuilles du nénuphar qui glaçaient de leur ^elle teinte verte la surface transparante du petit lac.

Cette jeune fille était vêtue d'une jupe rayée, relevée, nous Tavonsdit, jusqu'à mi jambes.

Elle avait enlacé une guirlande de ftiuilles de chêne et de fleurs des champs a ses cheveux noirs négligemment noués sur sa tête.

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; lie tenait à la main une baguette de coudrier, mi partie verte et mi partie blanche, grâce à un ruban d'écorce enlevé dans toute la longueur; et avec cette baguette elle menaçait , tout en chantant, ses chèvres indociles.

C'était gracieux comme le serait une figure peinte par Roqueplan dans un paysage de Diaz.

Richkrd fit un mouvement. La jolie fille l'aperçut alors. Il était vêtu comme un gentilhomme en négligé; elle laissa retomber sa jupe dont les bords se mouillèrent, elle fit une grande révérence , rassembla ses chèvres , et disparut dans les taillis où le jeune homme la suivit longtemps d'un regard surpris et charmé.

Ije lendemain { avons-nous besoin de le dire?) il revint s'asseoir sous le grand chêne, mais cette fois il ne s'endormit pas.

A la même heure que la veille, la paysanne ramena son troupeau.

Elle rougit beaucoup en voyant Richard.

Richard rougit de son côté.

A partir de ce moment ils s'aimèrent.

C'était du reste la passion la plus chaste et la plus ingénue qu'il fut possible d'imaginer. Pendant trois mois les deux enfants filèrent en paix le parfait amour , se donnant des rendez-vous le jour sous les futaies , le soir au milieu des blés mûrs , et passant le temps à se tenir la main dans

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la main , à se répéter : je faime^ sur tous les tons , à écouter la chanson du rossignol amoureux, et à se jurer, sur les nuages qui passaient une fidélité éternelle.

Ces amants vertueux songeaient à se marier. Etiennette , (ainsi se nommait la petite fille) , avait pour père un métayer , lequel, assurait-on, possédait jusqu'à cent écus d'économie , dans un sac de toile , ce qui était une fortune.

Richard , confiant dans l'avenir ne songeait point à empiéter sur ses futurs droits de mari, Les plus considérables faveurs qu'il eut obtenues d'Etiennette , consistaient en quelques baisers el autres menus suffrages , plutôt dérobés que duiiués.

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Mais voici qu'un jour tout changea et que le mauvais sort qui semblait poursuivre le fils (le Geneviève se remit de la partie.

Sans raison connue , sans motif apparent, Etiennette eut au rendez-vous du soir l'air distrait et préoccupé; elle abandonna moins mollement sa main à la main de Richard, elle ne fit aucun serment , ni sur la lune , ni sur les nuages qui passaient.

Et quand son amant lui demanda ce qu'elle avait, elle répondit :

— Je n ai rien ! — avec cette impatience nerveuse, qui, chez les paysannes comme chez les grandes dames, signifie d'une

d'altreiois. 29")

manière infailli])le que le buromètre de l'amour est à la tempête.

Richard crut à un caprice passa^^er et se herc^a de l'espoir que le lendemain les choses seraient remises en l'état, comme on dit en terme de procédure. 11 n'en fut rien. Le lendemain et les jours suivants, tout au contraire , alla de mal en pis, Etiennette trouva moyen d'abréger considérablement et sous une foule de prétextes frivoles la durée des rendez-vous , et enfin elle finit paV cesser complètement d'y venir.

Alors un profond désespoir s'empara de Richard, et à ce désespoir se joignirent bientôt les morsures aiguës du serpent de la jalousie.

Quel autre motif qu'un nouvel amoul»,

en effet, se disait le jeune homme, aurait pu pousser Etiennette à une rupture aussi brusque et aussi peu prévue?... Évidemment elle en aimait un autre.... Mais qui?

Là était le problême à résoudre. Richard se lit espion. Pendant plusieurs semaines il inventa des ruses de Mohicans pour pénétrer le fatal secret. Tout fut inutile; il ne découvrit rien.

Le hasard seul pouvait désormais lui donner la clé de l'énigme. Le hasard seul pouvait lui désigner ce rival inconnu auquel il était sacritié , et qui trouvait moyen de se cacher si bien qu'il échappait à la plus habile de toutes les surveillances , parce qu'elle en est la plus intéressée ,

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celle d'un amoureux, et qui plus est d'un amoureux jaloux.

Le hasard le servit à souhait.

LES DEUX FRERES

— SUITE

LES DBUZ FRÈRES. {SuitC.)

Un soir, ou plutôt une nuit, voici ce qui arriva.

Richard, le désespoir dans le cœur, avait passé la journée entière à courir dans les bois comme un fou, cherchant instinctivement à calmer par la fatigue du

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corps la fièvre de Jalousie qui lui brûlait le sang.

Il avait gravi des collines abruptes, traversant sans s'en apercevoir des fourrés et des taillis qui lui déchiraient le visage et les mains, et faisant une trouée parmi les massifs les plus épais, comme un sanglier poursuivi par une meute.

Il avait» sans y prendre garde, franchi des marécages, ayant de l'eau et de la boue jusque par-dessus les genoux, et le hasard seul lui avait évité de disparaître à tout jamais dans les fondrières qu'il avait côtoyées sans les voir.

Et dix fois, pendant cette course sans but, il était revenu, malgré lui et à son

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insu, près du petit lac où, quelques mois auparavant, la douce ima^je d'Étiennette lui était apparue.

Alors il se mettait à pleurer comme un enfant, se jetant à genoux sur le sol, et couvrant de ses baisers ardents le gazoji et le sable sur lesquels s'élaient appuyés naguères les pieds de la paysanne.

• Puis soudain il se relevait et s'éloignait d'un pas rapide , pour revenir encore, après de longs détours, aux lieux où l'attirait fatalement l'aimant de son amour.

Quand vint le soir, la lassitude avait brisé ses membres , et il était par cela même un peu calmé.

Il se dirigea vers la demeure du père d'Étiennette.

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Cette demeure, chaumière simple mais propre, était située à quelques centaines de pas de la lisière du bois.

Un enclos, planté d'arbres fruitiers et défendu par une haie vive de noisetiers et de rosiers sauvages, s'étendait tout autour.

Il pouvait être dix heures, la nuit était profonde , pas une étoile ne brillait au ciel.

Richard s'appuya contre la haie , et pendant quelques instants fixa son regard avide et désolé sur la chaumière d'Étiennette.

A travers les branches des arbres du jardin, on entrevoyait la faible lueur d'une

petite lampe, placée derrière les carreaux étroits d'une fenêtre du rez-de-chaussée.

C'était la lampe de la jeune fille.

Soudain cette lueur disparut.

Étiennette était couchée sans doute .

Ricl^rd posa son fusil sur le gazon, s'étendit lui-même au long de la haie vive, et bientôt, vaincu par la fatigue, s'endormit profondément. ^

Tout-à-coup son sommeil fut interrompu par un bruit léger qui se faisait à côté de lui.

Il s'appuya sur son coude, écouta et entendit distinctement que quelqu'un

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