‹ Les viveurs de Paris (volume 5)Chapitre 22 sur 23 · MARIE · texte numérisé non relu

MARIE

— Le salon, — poursuivit Maxime, — était celle même chambre dans laquelle, quelques mois auparavant, on m'avait apporté presque mort.

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>I1 servait de chambre à coucher pour les hôces bien rares que le hasard amenait de loin en loin chez madame Simon.

» Il n'y avait rien de changé dans Tametiblement de cette pièce, et cependant son aspect n'était plus le même qu'aux jours de l'hiver précédent.

ï C'est que, par les fenêtres largement ^ ouvertes, un radieux soleil répandait à flots sa lumière et faisait resplendir les moindres objets dans une atmosphère rayonnante et dorée.

ïDes charits d'oiseauxj doux et joyeux, et les parfums printaniers de la nature ressuscitée semblaient se réunir pour caresser à la fois tous les sens.

» Sur la cheminée, dans des vases de faïence j^^rossiere , d'énormes gerbes de fleurs attiraient et charmaient le regard par leurs couleurs vives et fraîches.

» L'Enfant'Jésus de cire, dont je vous aï déjà parlé, semblait sourire au milieu dé ces bouquets charmants qui lui faisaient une niche embaumée.

ïTout cela composait un tableau poétique et délicieux que je n'oublierai de ma vie.

» Je posai mon fusil dans un coin. — Je me débarrassai de ma carnassière et je m'assis prës de la fenêtre.

» Mes deux chiens étaient restés dans le

jardin où ils jouaient fort bruyamment avec Fidèle.

• De la place où je me trouvais je voyais la grille d'entrée et le sentier par lequel madame Simon et Marguerite devaient revenir. \

> Mon regard parcourut ce sentier dans toute sa longueur.

» Aucun être vivant ne s'y montrait encore.

» Marie suivit la direction de ce regard, — elle comprit sans doute que ma pensée errait au loin, car elle me dit d'une voix douce et timide :

y — Je vous l'ai déjà dit, monsieur

Maxime, elles ne reviendront que dans une heure. . .

» Cette voix retentit dans mon cœur et Marguerite fut oubliée.

f Je levai les yeux.

» Marie était debout devant moi dans une attitude charmante d'embarras et d'indécision.

» En voyant mes yeux se lever sur elle, Marie avait baissé les siens.

> Elle semblait regarder avec une attention extrême le bout de son petit pied, qu'à coup sûr elle ne voyait pas,

)) Elle jouait distraitement avec l'une des

nattes de sèa longs cheveux hoirs, si doux et si soyeux, qu'elle enroulait autour de ses doigts.

»Je la contemplai pendant quelques secondes avec une admiration muette.

» Depuis mon départ une transformation véritable s'était opérée dans sa beauté.

» Son merveilleux visage avait pris une expression nouvelle et que je ne lui connaissais pas encore; — il s'était en quelque sorte idéalisé,

«Une pâleur exquise et transparente avait remplacé le coloris un peu vif de ses joues,

»ljne teinte azurée marbrait délicate-

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ment le contour de ses paupières et se»nblait déceler les ravages d'une pensée intérieure qui devait souvent chasser le sommeil.

* Je n'hésitai point à attribuer à l'amour cette magnifique métamorphose, — et cet amour, je n'en pouvais douter, c'était moi qui l'avais inspiré.

» Marie sentit que mon regard pesait sur elle et descendait jusqu'à son cœur.

pUne teinte rosée, qui bientôt devint écarlate, envahit son cou, puis ses joues, et atteignit par degrés le sommet de son front si pur.

» J'aurais voulu faire cesser cet embar-

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ras pudique que je causais et que je partageais.

>Mais, le moyen?...

» J'étais presqu'aussi jeune que Marie et ma timidité égalait à peu près la sienne.

5 L'expédient qui se présenta à mon esprit n'atteignit guère, ainsi que vous allez le voir, le but qu'il se proposait.

> Autour du joli cou de Marie j'apergus un étroit ruban de velours noir dont l'extrémité se perdait dans son corsage.

» — Qu'est-ce donc que ce petit ruban, Marie? — lui demandai-je tout-à-coup, croyant lui adresser ainsi la question du monde la plus insignifiante.

» Marie releva vivement les yeux et porta la main à son cou.

» — Ce ruban ?. . . — murmura-t-elle.

» — Oui,

ïLa jeune fille ne répondit point et son embarras parut redoubler.

• Un sentiment jaloux , le premier que j'eusse jamais ressenti, s'empara de moi.

» J'insistai.

i> — Marie, — répétai-je, — ne voulez-vous donc pas me dire ce que c'est que ce ruban, et ce que vous y portez suspendu?..,

» Peut-être le soupçon qui venait de me

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