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teignaient jamais. Et la nuit suivante, il recommençait ses excursions, — car, au milieu des vices qui le dominaient, René conservait une brillante et incontestable qualité, — il était brave, — brave et téméraire comme un véritable gentilhomme des siècles passés.
M. de Savenay entendit parler des périls sans cesse renaissants qui menaçaient son fils et que celui-ci bravait avec une folle insouciance. Il frémit et il résolut de sauver René malgré lui-même. Il se dit qu'il était grandement temps de faire voir le monde au jeune homme, et que, peut-être, dans les salons où il conduirait René, ce dernier rencontrerait quelque belle jeune fille pour laquelle il s'éprendrait d*un amour chaste et profond, et que cet amour serait sa sauvegarde.
En conséquence, il retourna s'installer à son hôtel de Bôle, où il n'avait pas mis les pied» depuis la mort de Marguerite. Cet hôtel fut remeublé à neuf, — le baron augmenta sa livrée, renouvela ses équipages et ouvrit son salon à Taristocratie de la ville. — René fit sensation.
Nous savons déjà combien était trompeuse l'apparence du jeune homme. Au milieu de ses fougueux déportements, il avait conservé sa beauté de jeune fille, — sa douce et ravissante physionomie. Il avait dix-huit ans et il n'en paraissait guère avoir plus de quinze. Les femmes raffolèrent de lui.
René comprit à merveille tous les bénéfices qui, s'il était habile, devaient résulter pour lui de cet extérieur décevant. Il ne s'agissait que d'inspirer aux mères et ^ux maris une confiance eibsolue ; — il ne s'agissait
que dé se poser dans les familles en ange de luoiiëre
Une fois cette réputation bien établie, les occasions ne lui manqueraient point de désabuser les jeunes fehimes et les jolies tilles, et de leur prouver surabondamment qu*il était au contraire un ange de ténèbres. Ce plan, fort bien combiné, témoignait, on en conviendra, d*une rouerie précoce poussée jusqu'à ses dernières limites.
Dans la mise à exécution de ce plan, René fut aidé par les conseils d*un vieux gentilhomme avec lequel, dès son arrivée à DMe, il s*était lié d'une amitié aussi étroite que le comportait Textrème différence des âges. L'un de ces amis mal assortis avait soixante-quinze ans passés, l'autre venait d'en avoir dix-huit.
Le gentilhomme en question se nommait le chevalier Philippe-Emmanuel de Villiers. C'était, au milieu de^ notre époque, un vivant débris des mœurs, des habitudes et des façons de penser et d'agir d'un autre âge. Il semblât bien conservé, grâce à sa taille encore droite et à sa maigreur phénoménale. Il portait, dans le monde, la poudre, l'habit à la française et les culottes courtes.
Sa fortune avait été belle autrefois; — il l'avait mangée tout entière pendant l'émigration, au milieu des derniers représentants de la société galante qui a précédé la nôtre. Aussi parlait-il volontiers et familièrement de Louis XY, du duc de Richelieu, de la marquise de Pompadour et de la comtesse du Barry, exactement comme s'il eût vécu dans leur intimité.
S'il habitait Dôle, sa ville natale, ce n'était point par goût, c'était par nécessité. Dôle lui semblait un
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ihéàtre mesquin et peu digne d*un homme comme lui. Mais les restes insuffisants de son patrimoine dévoré ue lui auraient point permis d'exister ailleurs qu'en proTince.
U était bien reçu et choyé partout à cause de son originalité, de ses grandes façons, et surtout des innombrables et piquantes anecdotes qu'il savait narrer avec cet esprit merveilleux des conteurs d'autrefois. C'était du reste un ex-séducteur, — un épicurien émérite, — un profond matérialiste, — parfaitement blasé et moralement gangrené jusqu'à la moelle des os. La première fois que le chevalier de Yilliers rencontra René, il devina, grâce à ce tact qui ne le trompait jamais; il devina, disons -nous, la nature du jeune liomoie, et il se rapprocha de lui avec empressement. Celle idée lui souriait de rencontrer enfin un adepte digne de lui, un disciple auquel rien ne manquait, ni la jeunesse, ni la naissance, ni la beauté, ni là fortune, et de se voir revivre dans ce disciple qui mettrait ses théories en pratique avec un succ^« non doutenx.
René, de son côté; crut entrevoir de grands avantages dans cette aUiance de la vkillesse qvi savait et de la jeunesse qui pouvait, et il lui sembla qu'il allait, malgré ses dix-huit ans, conquérir d'un seul coup rexpérience, cette Egérie suprême des ministres comme des généraux, des diplonlates aussi bien que des vertsgalants. Les avances' du chevalier de Yilliers furent donc accueillies par lui avec empressement.
De rétrange liaison de ce vieillard vicieux et de cet enfant dépravé, il résulta que la rouerie précoce dont nous avons déjà parlé ne ût que croître et embellir et
St LES TITEURS DE PÀRfS.
que René acquit cet aplomb et cette confiance en soi* même qui sont la moitié àa tous les succès.
Les conseils (lu chevalier, nous le répétons, aidèrent René dans Taccomplissement de ce plan qu'il avait combiné. Le jeune homme joua avec talent et avec succès son rôle de Chérubin candide et timide. Les plus habiles furent pris au piège et René passa pour un charmant enfant tout à fait sans conséquence. C*esl ca qu'il voulait.
Un beau jour, il démasqua ses batteries. Il fut alors prouvé que le jeune diablotin et le vieux diable avaient visé juste. René, du même coup, porta dans dix ménages le trouble et le déshonneur.
Monsieur le procureur-général et monsieur le souspréfet lui-même n'avaient point échappé à la destinée commune.
Le scandale fut d'autant plus grand qu'il était imprévu. Un toile général s'éleva contre René. Dans une seule semaine trois maris vinrent demander raison au jeune homme de ce qu'il leur avait fait jouer à huisclos le rôle de Georges Dandin^ sans leur consentement et sans leur avoir envoyé à l'avance de bulletins de répétition. René eut Timpertinence de rire au nez de ces époux furieux.
Le lendemain, il allait sur le terrain et blessait son adversaire. Le surlendemain, nouvelle rencontre avec un semblable dénoûment. Mais, le troisième jour, le troisième mari fut plus heureux que ses confrères. Il eut au moins la cousblatfon de venger à demi l'énorme coup de canif donné au beau milieu de sou contrat de paaria^e, U transperça d'un çraud coup d'épéc le br^s