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celte deneave i|8l lui devait être funeste, -nr. Une ré« flexion l^arrèta. tt li se dit qu*il n'avait pas le droit de répondre par une grossièreté inauUfinte et sans prétexte apparent à la réception si cfaarpiante de la jeune femme ehez laquelle il se trouvait, r— Il se résigna à subir lea conséquences de son imprudence, et il s'efforça d'atté^ nuer à ses propres yeux la gravité de ces eonséquences.
— Tous ces sentiments se suecédèreqt dans Vesprit de Henry en beaui^onp moins de temps que nous n'en avons mis à les analyser. -^ Une fois qu'il eut pris son pfirti, il leva les jm% mr Sstber et spr Sydoni^ qu'il n'avait pas encore regardées.
Nous avoos plus baut tracé' un portrait a^sez dér taillé des deux pécberesses pour les faire suffisamoient connaître de nof( lecteurs Nous Af^yon^, pwp eooaéquent, que leurs beautés si djssaipbl^bl^^ élui^nt de nature à produira une vive et profonde inipp^ssion.
— Henry ep fut frappé, mais saus les détailler dans Iç premier moment. — Quoique toutes deiii;: fussent e() t jilette de bal, on ne pouvait juger de la perfection de leur taille. — La robe de gros de Naples blanc de Sydonie disparaissait presque entièrement sous un grand cbftle à fond noir, brodé d'or, dans lequel la jeune femme s'enveloppait. — Estber portait, par dessus sa robe de satin noir, un ample manteau de velours grenat garni de fourrures. — Dans la chevelure dorée de Sydonie s'enlaçaient quelques tiges de myosotis, dont le bleu tendre et pur semblait presque pareil à celui de ses yeux. — Les cheveux noirs et brillants d'Ësther étaient, comme toujours, nattés avec des grappes de corail qui donnaient à son visage je ne sais quoi d'étrange et de provpquant. — Ce soir-ià, la beauté d'Ëstber était plus ûère, et, si nous osons ainsi parler, plus impémuse encore que
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de ooatame. — Elle commandait Tadmiration. — Ua frisson de volapté deyait efSeorer l'épiderme de tout homme qui contemplait les lèvres pourpres de cette bouche amoureuse, et qui sentait s'arrêter sur lui le rayon électrique de ses grands yeux arabes aux prunelles vertes el profondes. — Pendant une seconde, réclair de ces prunelles heurta le regard de M. de Groï, qui n'en put soutenir Téclat phosphorescent. — Il baissa les yeux et il ressentit les- premiers frissons d'un trouble inconnu et d'une agitation bizarre.
— Ainsi donc — demanda Camélia qui ne voulait point que la conversation s'éteignit — ainsi donc, mes chères petites, vous allez chez notre grande tragédienne!
— Mon Dieu, oui, — répondit Sydonie.
— Que doit-on y faire?
— Vue foule de choses plus charmantes les unes que les autres. — D'abord, on jouera un proverbe inédit de je ne sais quel auteur en grande vogue. — Rachei remplira un rôle de soubrette.
— Ce sera curieux, et ensuiteî
— Ensuite on soupera, et, après le souper, on dansera jusqu'au matin.
— Que de plaisirs pour une seule nuitl.. — s'écria Camélia, — je comprends que vous ayez^hftte de nous quitter.
— Ma chère Camélia,— dit Esther, — pourquoi parler ainsi qpntre votre pensée? Vous savez bien que, quand on est auprès de vous, il n'y a rien au monde qui puisse donner le désir de s'en éloigner.
— Excepté cependant un proverbe, un souper et un bal chez Rachel... — répondit la pécheresse en riant.
— Pas pins cela qu'autre chose...
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— Prenez garde!..
— A quoi?
— Si je TOUS demandais une preuve de ce qae vous venez de me dire ?
^ Eh bien?
— Si je vous prenais an mot ?.. — Si je vous priais de me sacrifier les plaisirs qui vous attendent cette nuit, au petit hôtel de la rue Trndon, fort grand deviendrait votre' embarras, et je serais bien sûre d*un refus?..
— Non, en vérité!..
— Oh I vous me répondez ainsi parce que vous vous croyez eertaiQe que ce sacrifice, je n'aurai pas la barbarie de l'exiger...
— Camélia!.. Camélia !.. pourquoi toujours douter de nous?..
— Que voulez-vous, je ne me laisse conva^icre que par des faits 1 Je vous croirai si vous restez...
Esther et Sydonie échangèrent un regard.
— Doutez donc encore, si vous le pouvez, — dit la juive au bout d'un instant, — nous restons...
— Bien vrai?.. — reprit Camélia.
— Oui, bien vrai, — répondit Sydonie.
— Vous êtes ravissantes !.. — Tenez, il faut que je vous embrasse!.. — Voyons, débarrassez- vous vite de ces châles etr de ces manteaux et continuez avec nous ce soupec, qui était charmant avant votre arrivée et qui va le devenir bien davantage encore par votre présence...
Tout en parlant ainsi. Camélia s'était levée, -^ elle avait appuyé successivement ses lèvres sur le front de ses deux amies, puis elle les débarrassait ellemême des fourrures et des tissus indiens qui les enveloppaient.
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— J'espère, — dit ea riant la pécberesse qnand elle eut achevé, — j'espère que personne n*osera m'accuser de coquetterie désormais!.. Je risque gaiement, avec ma petite robe négligée, de paraître laide à faire peur à côré des deux plus jolies femmes de Paris, donties ravissantes toilettes de bal mettent en relief toute la beauté I..
— Ah ! le fait est, -.- dit vivement René, — le fait est que œs dames sont mises d'une façon étourdis* santé!.. Mon Dieu, que c'est donc une jolie ehosd qu'une jolie femme portant une jolie robe !..
f*-r Monsieur de Savenay est ce soir tout à fait en veine de galanterie, — répliqua Sydqnie d'un ton on peu épigrammatique.
r*w Ma foi non, r^ répondit Réoé, t^ je suis en ▼eîne de franchise et de sincère admiration, voilà tout...
Henryr en entendant parler de la toilette des deux femmes, n'avait pu s'empêcher de lever les yeux sur elles pour la seconde fois. — Dès l'origine, il avait été frappé, — nous l'avons dit, —maintenant il fut ébloui.
— Sydom'e, avec sa rdbe blanche d'une coupe viiiginale qui dévoilait à peine ses épaules nacrées, ress^nblait à une jeune fille de seize ans, belle des charmes si purs de sa jeunesse et de son innocence... — Ësther, au contraire, semblait à demi-nue sous sa robe de satin noir, dont le corsage effrontément échancré trahissait les fermes et hardis contours de sa gocge. — On eût dit la statue de Vénus Aphrodite, descendue du piédes* tal de marbre de Paros où l'aurait placée Praxitèle, et métamorphosée en une chair ardente et lascive par les incantations magiques de quelque nouveau Pygmalion.
— Le noir brillant tranchait vivement sur la blancheur éclatante de la peau. — Des nœuds de ruban, de couleur cramoisie, relevaient à leur tour la nuance sombre
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de la robe et s'alliaient merveilleasement anx grappes de corail tressées dans les cheveux épais de la courtisane. — Âstarté, la déesse profane des désirs sans cesse renaissants et de la luxure impétueuse, devait, dans ses nuits de triomphes, ressembler à Esther la pécheresse parisienne. — La flamme du plaisir jaillis* sait de ses yeux d'odalisque. — Ses narines dilatées et ses lèvres sensuelles respiraient une inextinguible ardeur. — L'imagination la plus chaste devait se troubler invinciblement si les yeux s'égaraient sur cette femme. — Tout l'ascétisme exalté d'un solitaire de la Thébaïde n'eût point suffi à empêcher le regard de continuer par l'imagination les lignes fluides de ses épaules et de sa poitrine, et de compléter son beau corpa sous le vêtement qui le modelait. — Ses bras étaient nus jusqu'au coude et leur carnation se colorait 'de teintes aussi chaudes que si le soleil d'Orient en ^ eût doré la blancheur transparente. —-Un mouvement de la pécberesse avait légèrement relevé le bas de sa robe et mettait ainsi en évidence ses petits pieds étroitement chaussés, sa chevilfe, d'une correction irréprochable, et la naissance de sa jambe, tout à la fois fine et forte, dans un bas de soie diaphane. — Telle était la juive ce soir-là. — Telle elle apparut à Henry, dont tous les sens tressaillirent à la fois et qui porta la main sur ses yeux, espérant échapper ainsi à la fascination diabohque qu'il sentait exercer sur lui par la dangereuse enchanteresse. — Camélia et René échangèrent un regard muet et dissimulèrent dans les plis de leurs lèvres un sourire de triomphe.
La date d'un aof 9.
Cette fois encore, Henry voulut se lever et s*enfuir, mais il ne le pouvait déjà plus. — Un sentiment, inconnu de lui jusque-là, ou plutôt une sensation dont il ne se rendait pas compte et plus forte que sa volonté, le retenait là, à cette place, Tenchaînant aux côtés de cette courtisane, à peine entrevue et déjà désirée. — Et qu*on n'aille pas croire que nous écrivons ici des détails empreints de paradoxe et inventés pour les besoins de notre récit. — Qu'on n'aille pas s'étonner de la séduction subite, de la fascination instantanée exercée par Esther sur une àme aussi chaste que l'était celle du comte de Croï.
Plus le cœur de notre héros était pur et presque vierge, plus il était facile, sinon de le séduire^ au moius de l'égarer. — Un fait physique incontestable vient à l'appui de cette grande vérité' morale. — Prenez deux hommeâ et mettez-les en face l'un de l'autre. — Que le premier s hommes soit un de ces bu-
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veurs émérites capables de jouter victorieusenient dans un festin avec le mieux' aguerri des étudiants d*une université d'Allemagne. — Que le second, au contraire, n'ait jamais mouillé 3es lèvres que dans l'eau fraîche et limpide d'une source transparente. — Versez ensuite à ces deux hommes une égale mesure d'un vin capiteux qu'ils devront tarir d'un seul trait.
— Le premier n'éprouvera rien, — rien que la sensation de plaisir' que cause à tout épicurien l'arôme et les parfums d'un breuvage généreux. — Le second chancellera sous le choc d'une ivresse instantanée. — Il en flit de même pour Henry. — La dangereuse beauté, l'enivrante séduction d'Estber, lui portèrent à la tête bien mieux et bien plus vite que n'aurait pu le faire tout un flacon de vin d'Espagne. — Lui dont un amour doux et chaste avait seul, jusqu'à ce jour, éveillé les sens endormis, éprouva soudainement des aspirations tumultueuses et désordonnées. — Un dernier soupir de sa conscience lui répéta faiblement de lutter et de fuir. — Mais il comprenait déjà que la volonté lui manquait pour la fuite et la force pour le combat. — Uu instant encore, et le bon ange de Henry détournerait la tète et s'envolerait vers le ciel en voilant sa rougeur. — Le génie du mal allait triompher I
— M. de Croï releva ses yeux devenus ardents. — Pour la troisième fois il les attacha sur la juive — et, cette fois, il ne les baissa plus.
Nous avons cru longtemps que, pourvu que le but d'un livre fût moral, on pouvait se permettre dans la forme et dans les détails toutes les licences d'une imagination hardie, et nous av<ms écrit bien des pages en nous ap-
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puyant sar cette convietion, à laquelle noire bonne loi peut servire d'excuse. — L'expérience, et sans doute aussi un peu plus de maturité dans notre jugement, -^ quelques années de plus sur notre front -^ nous ont prouvé que nous étions dans Terreur. — Nous l'avouons humblement et nous faisons ici amende honorable pour les conséquences passées de cette erreur. — Oui, le romancier se doit à lui-même, il doit surtout au public qui lui fait Thonneur de le lire, non-seule-^ ment de renfermer dans chacun de ses livres un enseignemeut utile, mais encore 4'ètre chaste dans laforuie aussi bien que dans le fond de ses récits.*— Personne ne pourra donc nous blâmer de ne point ûous appesantir longuement sur la scène du souper chez Camélia, souper dont les détails, faciles à deviner du reste, ef<* faroucheraient à bon droit les pudeurs les moins susceptibles. — Une rapide analyse suppléera à ce que nous ne voulons pas, ou plutôt à ce que nous n*osons pas écrire. — Disons tout d*abord qu'avec son instinct de femme et de femme expérimentée et habile, Sydonie, dès le premier moment, se sentit vsûncue par sa puissante rivale. — Elle comprit qu'en vertu de la loi des contrastes, sa beauté quasi virginale, et qui avait une vague ressemblance matérielle avec celle de la comtesse Berthe, ne devait produire aucun effet sur Henry. — Pour triompher de la vertu solide de M. de Croï, il ne fallait rien moins que les plus irrésistibles séductions du vice. — Le démon, quand il voulait tenter un saint en aiguillonnant à coups de désirs sa chair pénitente et flagellée, ne prenait point Tapparence d'une vierge pudique, — il revêtait la forme d'une courtisane ardente et lascive. — Les tableaux de tous les grands matlres en font foi. — Sydonie n'essaya point une lutte impossible. — Elle se retira de l'arène sans
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avoir oombatta, ce qui veut dire qu'elle observa pendant cette nuit entière la plus exacte neutralité. — Cependant Camélia et René ne restaient points inactifs, ils étaient pour la juive des auxiliaires puissants, et d*autant plus utiles que leur habileté était plus grande.
— D*abord, par une manœuvre adroite, la manière dont les convives du souper se trouvaient placés fut changée.— Esther prit la place de Camélia et se trouva ainsi à côté de Henry. — René proposa de porter un toast aux deux arrivantes, et à ce taast en succédèrent plusieurs autres que tantôt lui, tantôt Camélia provoquaient, et auxquels Henry ne pouvait refuser de faire raison. — A mesure que le vin de Champagne glacé passait des coupes en verre de bohème sun les lèvres des convives, à mesure que le peu de sang-froid qui restait dans le cerveau troublé du comte s'évanouissait parmi les fumées de la liqueur excitante et perfide, l'allure de la conversation se modifiait insensiblement.
— De réservée et quasi prude qu'elle était dans l'origine, elle arriva, par des transitions successives, à la légèreté galante, puis à la liberté transparente, puis, enfin, à une licence presque complète et qui cependant n'avait rien de grossier ni de répulsif. — Ce libertinage en paroles n'allait jamais jusqu'à l'expression matérielle et brutale dont le comte de Croï, novice dans l'orgie, se serait à coup sûr étonné et révolté, en sa délicatesse d'homme du monde. — Une sorte de mesure présidait encore à cette débauche d'esprit, à ce dévergondage intellectuel. — Les anecdotes les plus licencieuses, — les tableaux les moins gazés, — les mots les plus hardis, s'arrêtaient juste à temps et ne franchissaient point cette limite où l'obscénité se mon« tre à nu et souille comme une lèpre honteuse les lèvres qui la prononcent. — D'ailleurs Henry n'écoutait
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pas. — Complètement plongé dans cette double ivresse qui, le matin encore, lai inspirait une horreur et un dégoût si profonds et si légitimes, il s'absorbait dans la muette contemplation d'Esther. — U dévorait do regard le merveilleux visage de la juive. — Ses yeux éblouis caressaient passionnément ces épaules fermes et dorées, dont les puissants contours paraissaient empruntés à quelqu'une des déesses de Titien ou de Yeronèse, et sur lesquelles le feu des bougies mettait des reflets chatoyants et tentateurs. — Esther, de son côté, s*inspirant de la situation, jouait son rMe avec plus de talent qu'elle n'en avait jamais déployé dans ses tentatives infructueuses pour arriver au théâtre. — On eût dit que le fluide magnétique qui s'échappait des prunelles fixes et dévorantes du comte de Cpoï, arrivait jusqu'à son cœur à travers ses sens et la bouleversait. — Elle semblait p&lir et frissonner. Sa gorge battait violemment et décelait une émotion profonde. — Ses grands yeux se noyaient dans des flammes humides. — Parfois tout son corps se cambrait.— Sa tête se penchait en arrière, ses lèvres frémissantes s'entr'ouvraient et dévoilaient l'émail éblouissant de ses dents. — Sa main s'appuyait sur son cœur comme pour en comprimer les battements impétueux, — et chacun des détails de cette comédie voluptueuse ajoutait- une étincelle au brasier dévorant qui consumait Henry. — Tout à coup Esther eut une inspiration. — Elle se souvint qu'elle avait judis joué Phèdre à la banlieue, et elle résolut de parodier à son profit la scène magnifique où la reine incestueuse, accablée du fardeau de sa passion fougueuse, se plaint de ces ajustements pompeux, indices de son rang^ dont il lui faut subir la gène.
-*-« Mon Dieu I., ~ dit tout à .coup la pécheresse,
lit M
avec un geste rempli d*uiie langaear ardente — réminiscence de la tragédie païenne, — mon Dieu qoe cette toilette est lourde!., ma pauvre tête éclate sous le poids de ces grappes de corail mêlées à mes cheveux...
— Eh bien! ma chère, — répliqua vivement Camélia, — pourquoi les conserver?., qui vous empêche d'ôter tout cette parure ?. .
— Vous me le* permettez?
— Certes!.. — Voulez- vous une petite glace?..
— A quoi bon? — vous savez bien que je ne suis pas coquette... Et, tout en parlant ainsi, Esther élevant ses beaux bras au-dessus de sa tête, ôta son peigne et dénoua ses cheveux. — Les chaînons de corail s'éparpillèrent sur le tapis. — La chevelure de la pécheresse se déroula sur ses épaules nues, longue et soyeuse comme un manteau de velours, et répandît à Tentour d'elle un parfum suave et pénétrant. — Ceci porta le dernier coup à la raison de Henry. — Esther chercha à réunir dans ses deux mains les masses de sa chevelure. — Mais, par une heureuse maladresse, elle ne put y parvenir.
— Chère belle, — dit-elle à Camélia — aidez-moi donc, je vous en prie à renouer tout cela. ..
— Oh! Madame... — murmura monsieur de Croï d'une voix à peine distincte, — restez ainsi!., restez ainsi!..
— Vous le voulez?.. — demanda-t-elle avec un sourire et avec un regard dont Vénus elle-même aurait été Jalouse.
— Je vous en supplie... je vous le demande à mains jointes...
Pour toute réponse, Esther laissa retomber ses D^ieveux qui, de nouveau, l'inondèrent de leurs flots.
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— Henry, ne sachant plus ce qu'il faisait, se pencha vers la pécheresse et noya son yisage dans les flots de cette chevelure parfumée. — A travers ces ondes veloutées, ses lèvres rencontrèrent la chair tiède et frissonnante des épaules. La sensation qu'il éprouva au contact de cette chair fut de celles qui peuvent foudroyer un homme à force de plaisir. — Henry tomba à genoux aux côtés de la courtisane. — Il enlaça la taille souple d'Esther qui sembla se raidir d'abord puis se pâmer entre ses bras. — Il sentit alors qu'un visage enflammé âe penchait vers le sien, qu'une bouche haletante s'approchait de sa bouche et que des lèvres ardentes s'unissaient à ses lèvres avides. — Henry avait fermé les yeux. — Quand il les rouvrit, Camélia, René et Sydonie avaient disparu. — Il était seul avec la juive.
Apirès roirgle.
Six heures du matin sonnaient à l'église Notre- Darae-de-Lorette, quand Henry de Croï, le mari de la pauvre Berthe, devenu le coupable amant d'Esther la pécheresse juive, sortit de cette maison, où il venait de commettre sa première faute, — cette faute dont les conséquences devaient être terribles pour son honneur et pour son bonheur. — L'ivresse du vin de Champagne, et celle plus dangereuse encore de ses sens embrasés, s'étaient dissipées à demi, tandis que pâle, abattu, le front morne, le regard fixe et l'âme triste, il se dirigeait pédestrement vers la rue Tronchet — U«ie bonne partie de sa raison lui était revenue, et» avec la conscience de ses actes, arrivait le remords. — Henry se repentait amèrement. — Il avait honte de lui-même. — Il maudissait du plus profond de son cœur et sa propre faiblesse et les complices de cette action qu'il aurait voulu pourvoir effacer de sa vie au prix d'une bonne partie de sa fortuné. — Cependant, dans sa simplicité presque naïve, il n'accusait que le hasard et il n'allait pas encore jusqu'à
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soupçonner René de Savenay, son perfide ami, de lai avoir tendu un guét-apens prémédité. — A mesure qu*Henry se rapprochait de sa maison, il sentait augmenter sa confusion et son trouble. — La rougeur lui montait au front, à cette idée qu'il allait franchir le seuil de ce chaste logis où reposait sans méfiance sa Berthe bien-aimée, sa femme innocente et fidèle, et qu'il lui faudrait appuyer sur son front si doux ses lèvres chaudes encore des baisers d'une courtisane impure.— Ne sera-ce pas là une profanation impie?., un sacrilège odieux?.. — se demandait Henry avec désespoir. — Et cette seule idée l'épouvantait.
Vingt fois il parcourut la rue Tronchet dans toute sa longueur. — Vingt fois il passa et repassa devant la maison qu'il habitait, sans oser faire résonner le lourd marteau qui devait la lui faire ouvrir. — Cependant il fallait rentrer. — Déjà les rues se peuplaient des escouades matinales des balayeurs, qui, un peu avant l'aube du jour, s'emparent de la grande ville. — La promenade bizarre et précipitée de Henry commençait à être remarquée et il se voyait en butle aux remarques grossières de ces bohémiens de bas étage, qui n'ont aucun âge, ne sont d'aucun sexe, et, véritable vermine sociale, vivent de la fange et dans la fange. — D'ailleurs, à quoi bon tarder plus longtemps? — Berthe dormait sans doute. — Henry gagnerait doucement sa chambre et il se croyait certain d'avoir quelques heures devant lui avant d'affronter la présence de ,sa femme outragée. — Monsieur de Croï frappa, — la porte s'ouvrit presque aussitôt, — chose étrange à cette heure où les portiers parisiens dorment le plus souvent d'un sommeil de marmotte. — Henry entra. — Il passa rapidement devant la loge du concierge auquel il jeta son nom à travers les vitres, et
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il arriva dans la cour carrée qu'entouraient les quatre corps de logis. — Machinalement, avant de s'engager dans l'escalier, Henry leva les yeux vers les fenêtres de l'appartement qu'il occupait. — Cet appartement était situé au second étage. — Dans les interstices des rideaux fermés de la chambre de Berthe se glissait un rayon lumineux. — Il sembla à Henry que cette lueur était trop forte pour provenir de la veilleuse qu'on plaçait chaque nuit sur la toilette de la jeune femme. — Une émotion vive s'empara de lui. — Puisqu'il y avait de la lumière dans la chambre de Berthe, — Berthe veillait encore, — peut-être elle s'était aperçue de son absence, — sans doute elle l'attendait. — Il se prit à trembler comme un enfant, et les derniers vestiges de sa nocturne ivresse s'effacèrent aussitôt. — Mon Dieu!.. — se dit-il à lui-même, — si chaque faute entraînait après elle un supplice semblable à celui que j'éprouve, il y aurait moins de coupables I . . Et, tout en faisant cette àmère réflexion, Henry monta lentement l'escalier. — Il arriva devant la porte de çon appartement et il l'ouvrit avec une petite clef qu'il portait toujours sur lui depuis l'époque où il avait pris rhabilude de sortir seul et de rentrer lard. — Il franchit sans bruit l'anlichambre faiblement éclairée par une lampe suspendue au plafond, et il traversa un salon dont Tune des issues, celle de gauche, donnait dans le boudoir de Berthe, l'autre dans la chambre qu'il occupait lui-même. — Le silence était profond aussi bien que l'obscurité. — Henr^ reprit l'espoir de passer inaperçu, — Déjà il venait de soulever la tenture flottante et il appuyait sa main sur le bouton de cristal de la porte de droite, quand la portière du boudoir s'écarta subilemcnt et Berthe se montra aux yeux effai'és de son mari, — Sa toilette, —la môme qu'elle
3S6 us VIVBimS DB PABIS
«fait tpoFtée pe&dant toute la journée -de la yeille, » indifQait daipemeat qu'elle ne à*était pas couchée. -— De la maiQ droite elle tenait une bougie ailamée dont la darté se projetait sur son visage. — Nous ne saurions donner une idée de la pâleur livide et terrible de ee visage, au montent où la jeune femme apparut au milieu des draperies sombres, comme uite vision effrayante... — Un large cerde de bistre entourait ses yeux rougis et tranchait sur cette pâleur mortelle. — Elle ressemblait bien plus à un fantôme sorti du tombeau qu'à une créature animée et vivante. — Henry s'arrêta et attendit. — Toute présence d'esprit venait de l'abandonner. — Berthe vint à lui.
— C'est vous.. . enfin, c'est vous ! . . — murmurartelle d'une voix brisée par une de ces émotions et de ces douleurs qui ravagent et désorganisent.
Henry ne put que balbutier quelques mets indistincts. — Machinalement, et pour se donner une contenance, il prit la main de sa femme dans les siennes. — Cette main était glacée. — Berthe ne la retira point.
— Venez avec moi... dit-elle seulement. Et elle retourna sur ses pas. — Henry la suivit. — Elle le mana ainsi jusque dans sa chambre à coucher. — ^^Le lit n'était pas défait. — Une seconde bougie, presque entièrement consumée, brûlait sur la cheminée. — En face du foyer, où des restes de bois achevaient de s'éteindi'e, se trouvait une chaise-longue. — À côté de celte chaise, un mouchoir trempé de larmes gisait sur le tapis...
C'était à cette place que Berthe avait passé la nuit toute entière. — Elle s'assit. — Henry, dans Taltitude humble et embarrassée du criminel en lête-à-tête avec son juge, resta debout à quelques pas d'elle. — Pendant un iiisiant, elle cacha sa tête dans ses deux
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mains et elle^'efferça de réprimer les sanglots eenvulsifs qui montaient à ses lèvres. Enfin elle releva la tête. — Sa pâleur avait encore augmenfô. — Elle fixa sur son mari le regard de ses beaux yeux qui semblaient éteints à force d'être voilés par les larmes, et ce cri s'échappa de son cœur avec une déchirante amertume :
— Henry!.. Henry!., mon Dieu!., que vous ai-je donc fait?
M. de Croï, atterré, ne r^ondit pas.
— Vous me lue^!.. — poursuivit Berlhe. — Vous me tuez d'une façon bien cruelle et bien douloureuse, et je cherche vainement par quelle faute commise envers vous j'ai pu mériter les tortures que vous m'infligez sans pitié!.. — Henry!.. Henry!., que vous ai-je donc fait?.. — Mon Dieu!., de quoi suis-je coupable?.. Il vous en coûterait bien peu de me le dire!.. Dites^e moi donc, au nom du ciel ! car, en vérité je ne le 'sais pas!.. — J'interroge mou cœur et ma conscience... ni l'an ni l'autre ne me répondent... — Je n'ai jamais eu une pensée qui ne fût à vous!.. Je vous ai toujours aimé... je vous aimc.ije vous aimerai toujours!.. Qu'ai^je donc fait, à mon insu?., que me reprochezvous et pourquoi me faites-vous souffrir ainsi? Si vous saviez, si vous pouviez savoir ce que les heures (|ui viennent de s'écouler m'ont apporté d'angoisses et de désespoir, Henry, vous auriez pitié de moi!.. Encore une nuit pareille, et mes cheveux auront blanchi!., encore une nuit pareille, et je serai folle... ou je serai morte!.. Je sais bien qu'un bonheur aussi grand que celui que vous m'aviez donné jusqu'ici ne devait pas durer toujours!.. Les anges seraient jaloux des hommes, si des joies dignes du paradis pouvaient se prolonger en ce monde!.. Mais, du haut d'an bonheur
semblable à mon bonheur passé, tomber brusquement dans les supplices que j*endure, c'en est trop, Henry! c'en est plus (pie mon pauvre cœur et ma pauvre tête n'en peuvent supporter sans faiblir et sans se briser. Je sens que je me meurs, mon ami. et si je vous parle ainsi que je viens de le faire, c'est que je n'ai pas voulu mourir sans apprendre au moins pourquoi vous m'avez condamnée.
Berlhe s'interrompit. — Elle semblait attendre ce que son mari allait lui répondre. — Ce dernier comprit qu'à tout prix il fallait s'efforcer de dissiper les soupçons jaloux de sa femme, qui ne pouvaient encore être devenus des certitudes. — Il s'efforça de reprendre un peu d'assurance et il s'écria :
— Ma chère Berthe, ma femme bien-aimée, c'est à mon tour de vous demander : — Que vous ai-je donc fait, d'oU vieiment cette tristesse et ce désespoir, et pourquoi me parlez-vous ainsi?
Le regard que la jeune femme lança sur son mari en entendant ces mots, était empreint d'un dédain mal dissimulé. ,
— Vous ne savez pas ce que je veux dire? . — fitelle simplement.
— Non, je ne le sais pas.
— Bien vrai?
— Je vous le jurel..
Berlhe haussa les épaules. — Puis elle reprit d'une voix lente et grave et en froissant convulsivement sur sa poitrine la lettre anonyme qu'elle avait reçue la veille au soir :
— Oïl donc étiez- vous cette nuit?
A cette question si nette et si directe, Henry chancela comme un homme qui vient d'être frappé par une Jjalle en plein coeur.
Ud pardon.
Cependant, au bout d'une seconde, M. de Croï se remit de ce choc inattendu et il répondit avec autant d'assurance qu'il lui fut possible d'en donner à sa parole et à son visage :
— Où j'étais? — pardieu! j'étais au club — en t:'ain de perdre mon argent au whist...
A tout prendre, la chose pouvait être vraie. — Berthe n'avait aucune preuve du contraire. — La lettré anonyme envoyée par René n'était, on s'en souvient, nullement explicite, — elle affirmait à Berthe que Henry ne rentrerait pas, — rien ^e plus. -^ La jeune femme attacha sur son mari un regard profond et investigateur. — Ce regard suffit pour lui démontrer clairement que Henry venait de la tromper et qu'il la trompait encore. — En effet, l'assurance de M. de Croï était jouée — sa pâleur et le tremblement de sa voix la démentaient surabondamment. — Et puis Berthe avait confiance dans cette sorte de seconde vue mystérieuse dont presque toutes les femmes se sentent douées et qui révèle à leur instjnct jaloux les trahisons les mieux cachées. - Il lui semblait, -r-
et peut-être ne se trompait-elle point — qu'elle n'aa-
-rait pas tant souffert si Tabsence prolongée de son
mari s'était basée sur une cause innocente. — Et puis,
enfin, Henry ne put soutenir l'a fixité de son regard.
— Il baissa les yeux, et les doutes de Berthe devinrent aussitôt des certitudes. — Elle haussa de nouveau les épaules, car le mépris pour le mensonge se joignait chez elle au courroux pour la trahison.
— Henry — fit-elle après un instant de silence — je ne veux pas vous interrogée... cela vous épargnera du moins la honte de mentir... d'ailleurs, à quoi bon chercher à vous justifier? ma résolution est prise, irrévocablement prise... Vos paroles n'y changeraient rien... écoutez donc patiemment, car, selon toute apparence, C'est la dernière fois que vous m'entendrez...
— Berthe !.. s'écria Heni7 avec un profond effroi
— que dites-vous!., que voulez-vous dire?..
— Je dis — répondit la jeune femme — je dis que je suis lasse de souffrir !.. je dis qu'une mort pron^pte vaut mieux qu'une lente agonie!., je dis que vous m'avez offensée dans tout ce qu'il y avait en moi de plus saint et de plus pur, dans mon amour et ma fierté!.. — Entre nous tout est fini désormais!., je reprends un cœur dont vous ne voulez plus ! je retourne auprès de mon père et je vais demander à Dieu de m'ac* corder l'oubli, — en attendant, — ce qui je crois ne tardera guère — qu'il me fasse la suprême grftce de m'appeler à lui!..
— Berthe!.. — murmura Henry avec une fiévreuse exaltation -— Berthe, vous ne ferez pas cela!..
— Je le ferai, — répondit la jeune femme.
— Vous me quitterez, moi qui vous aime?.,
— Je vous .quitterai, vous qui m'abandonnez. • — Vous retournerez auprès de votre père?
LB CLire »E$ HIIIONDBLIBS. 341
— Lui, dtt^moins, ne changera jamais.
— Beplhel.. ce n'«sj6 passérleuxr ce que vous m& diteS) n'eslK» pas?..
— Riea n'est pkt» sérieux, je vous le jure !..
— Croyez^YOttsdancquej'y cQjnsentiraj?
-— Qu'iBA^orte que vous y consentiez, puisque moi je le veux!..
— Je suis votre mari et j'ai des droits sacrés !..
— Ces droits, vous les avez abdiqués vous-même et vous n'en userez pas !..
— J'en userai, Berthe, si vous m'y contraigoez... -— Ainsi^ vousmeretienarez.de force?..
— De force, s'il le faut 1
— Nous verrons!..
— Oui, — répéta Henry — nous verrons !.. Bertbe regarda la pendule.
— Il est sept heures du matin, — reprit-elle avec un saug-froid terrible, •— je vous préviens qu'à neuf heures je serai partie. — Et, sans paraître s'occuper davantage de Henry, elle se leva, elle alla k une arr moire qu'elle ouvrit et elle eu tira du. linge à son usage qu'elle parut se disposer à arranger en paquets. — Alors l'effroi et le désespoir de monsieur de Groï arrivèrent jusqu'au délire et il y eut entre ces jeunes époux que Dieu avait créés pour s'aimer etpour être heureux VvLVt par Tisiutre, et' que4'inflnenee fatale d'un mauvais génie séparait, — il y eut^ dtseivs-fioiis, une de cesscènes 4amenta!>l9les' qitt- sent plm* fréquentes^ dans la vie réeHe'<ïuV)n'ne'peupfait le s»ppeser; — -Henry se jetû> atff^ettouir de'Bepthe -^ il plewo^ --«il murmura des supplications passionnées, entrecoupées de san^ glotBs — il fkihm marché de sa dîgiâté d'homme, il se traîna, comme ua esolave^qui dei&ande grftce, auKgeh Qoox de la jeune fenmie* — Berthe se montra d'abord
3i2 LES TtVEUBS DE PARIS.
inflexible. — Ainsi que nous l'avons entendue le dire à son mari, elle avait été dQublement blessée par lai dans son amour et 'dans sa fierté, — et ces blessures-là sont celles qu'une femme n'oublie point et ne pardonne guère, — Cependant Berthe faiblissait peu à peu. — Henry répétait toujours qu'il était innocent. — Et d'ailleurs, même en le supposant aussi coupable qu'il rétait en réalité, on ne pouvait accuser son repentir de n'être point sincère et sa douleur et ses larmes plaidaient éloquemment pour lui — Berthe comprit qu'elle allait céder tout à fait. — Mais elle résolut, tout en cédant, de tirer de sa défaite le parti d'une victoire.
— Henry, — dit-elle après un long silence, — vous souvenez-vous de ce qui s'est passé entre nous il y a quelques jours?.. — vous souvenez-vous de mes pressentiments funestes, réalisés trop vite, hélas!... — vous souvenez - vous que c'était moi qui suppliais alors et qui vous demandais à genoux de nous éloigner de Paris?... — vous souvenez-vous, enfin, de quelle façon hautaine et brutale vous avez repoussé mon ardente et humble prière?..
^— Oui... — balbutia monsieur de Groï — je me souviens de tout cela. . .
— Eh bieni — poursuivit Berthe — s'il est vrai que vous m'aimez encore, — s'il est vrai, comme vous le dites, que vous préfériez la mort à une séparation devenue nécessaire, — je consens à vous croire et à vous pardonner... mais cette fois j'exige une preuve...
— Laquelle voulez-vous?.. — s'écria vivement Henry; — parlez, chère Berthe, parlez !..
— Je veux obtenir de vous ce que vous me refu*
siez alors... — Je veux quitter Paris, — je veux retourner à Groï..
Vous voulez partir?.. — r<îpéta Henry,
— Oui, — et celte fois, je vous le répète, ce n'est plus une prière, que je vous adresse, c'est un ordre que je vous donne. — Libre à vous de ne point obéir, mais alors, vous le savez, c'est un éternel adieu que nous allons nous dire. . .
— Pourquoi, — murmura monsieur de Croï, — pourquoi cette nouvelle menace, quand vous allez audevant du plus cher de mes vœux?., quand vous me proposez ce que moi-même j'allais vous offrir?..
— Ainsi, — demanda* vivement la jeune femme, ne pouvant presque ajouter foi au témoignage de ses sens, tant elle était surprise et ravie de la prompte soumission de Henry, — ainsi, vous cousentez?..
— ! Oui, certes!., et de grand cœur !..
— Nous quitterons Paris?..
— Pour toujours, si cela vous plaît.
— Et, quand partirons-nous?
— Demain si vous le désirez... aujourd'hui s'il se peut...
— Mon Dieu!.. — s'écria la jeune femme avec l'élan d'une joie si vive et si passionnée que des larmes de reconnaissance et d'amour vinrent mouiller les yeux de Henry, — mon Dieu!., ainsi, c'est vrai!., il est donc encore bon ! . — il m'aime donc encore!.. — merci, mon Dieu!., merci!.. — Et, à son tour, elle se mit à pleurer. — Mais c'étaient de bonnes et douces larmes qui soulageaient son pauvre cœur tant gonflé et tant torturé. — Henry lui tendit les bras. — Elle s'y précipita et elle appuya sa belle et noble tète contre la poitrine palpitante de son mari. — Au bout d'un instant ce dernier releva le doux visage de Ber-*
3(i LB$ VITEURS DB PARIg.
Uie, et, le voyant baigné de pleurs, il essuya ces pleurs avec ses lèvres repentantes, en disant d'une voix aussi tendre et aussi sincère qu'aux premiers jours de leur union :
— Oh ! ces larmes !.. ces précieuvses larmes !.. je le jure par mon bonneur et par mon amour, ce seront les dernières que j'aurai fait couler et je veux les tarir à force de bonheur!..
Berthe ne répondit que par un regard et par an sourire. — Mais dans le sourire, il y avait un pardon complet. — Et le regard, laissant lire jusqu'au fond d'une âme immaeulée, renfermait ua serment d'éternelle tendrease. «
Le bon génie de ces pauvres époux semblait, comme on le voit, reprendre le dessus et sortir victorieux de la lutte engagée. — L'étoile sinistre de René et de Camélia pâlissait. — Henry avait tout oublié, même sa faute, même ses remords. — Quel nAii:vel ouragan se préparait donc encore dans le del redevena pur? — Quoi piège du démon numaçaitide ooiiveaa le bonheur reconquis de Berthe et de Henry? — Hélas !.. nous ne le saurons que trop tdt !
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»FBniiii»mKmimiiitaM, a sciavs.