TOTO
Ayant fait jeter ce billet à la poste, après l'avoir adressé avenue du Roule, Gredinette monta dans son coupé et se fit conduire au bois.
La première voiture qui frappa ses regards, en y arrivant, fut le landau de la Cagnotte, que suivait à une courte distance le phaéton de Gabriel.
Aussitôt Gredinette donna l'ordre à son cocher de se tenir constamment devant l'attelage de M"* de Berny.
Cette précaution n'avait d'autre but que d'affecter,
gS LES COMPAGNONS DU 'GLAIVE.
aux yeux de celle-ci, une complète indifférence pour de Saint-Till.
Malgré cette combinaison, que Gredinette considéra comme très diplomatique, en cette circonstance, le lendemain son attente fut aussi vaine que la veille.
Elle était arrivée au paroxysme du dépit et de Timpatience, lorsque Polyte se fit annoncer.
— Ne m'as-tu pas dit Tautre jour, que pour moi, tu ferais tout au monde ? lui demanda-t-elle brusquement.
— Oui, et je suis prêt.
— Moi pas.
— Quel dommage ! Je t'aime toujours, Mélie !
— Je le sais, mais ce n'est pas le moment ; seulement espère.
— Vrai ?
— Oui, si tu m'aides à me venger.
Et le regard de la courtisane s'alluma d'une sinistre lueur.
— Ah! çà, voudrais-tu me faire tuer quelqu'un? demanda Polyte à voix basse.
Il y eut un silence.
Doucement elle s'approcha de lui, lui prit le cou de ses deux mains et lui adressant le plus lascif de ses sourires :
— Tout au monde ?... répéta- t-elle.
Sous l'empire d'une subite ivresse, Polyte la saisit par la taille et la pressant avec frénésie contre sa poitrine haletante :
— Oui, tout! murmura-t-il.
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