‹ Les voices de communication et les moyens de transport à MadagascarChapitre 11 sur 12 · H.VI · texte numérisé non relu

H.VI

Sans entrer dans Texamen approfondi de tous les avantages que nous ne faisons que signaler il est permis néanmoins d'indiquer combien, en cas de révoltes, par exemple, la répression se trouverait facilitée par le transport rapide de troupes sur les régions troublées.

Le complément tout indiqué de ces mesures d'intérêt local serait dans la création, par voie de paquebot annexe, d'un service destiné à relier Majunga et les îles Comores (à peu près privées de communications, sauf l'escale trop courte des Messageries Maritimes) à la côte orientale d'Afrique.

Le Mozambique, par les ports de Mozambique, Beira, Laurenço-Marquez (tête de ligne du chemin de fer néerlandais qui dessert le Transwaal), prenant une importance considérable, trouverait dans l'établissement d'une ligne annexe de ce genre la possibilité de créer un courant constant et régulier d'affaires par le trafic des bœufs, volailles, aliments de toute sorte que Madagascar peut produire en abondance, et l'envoi sur cette île du charbon qui lui manque et dont la production se développe dans une grande proportion sur la côte orientale d'Afrique. De plus, un mouvement important en passagers s'établirait grâce au transport à Madagascar de nombreux prospecteurs d'or qui abondent dans l'Afrique du Sud et iraient tenter des opérations minières dans notre nouvelle possession.

Si l'établissement de relations entre Madagascar et l'Afrique orientale paraît en quelque sorte tout indiqué, il serait non moins intéressant de relier cette île avec nos possessions asiatiques : Cochinchine, Annam, Tonkin.

Nous l'avons vu au cours de cette étude, sauf les Antaymoros,. les races d'indigènes réparties d'une façon peu dense sur toute l'étendue de l'île produisent peu de travail utile, et le développement de la culture, et plus particulièrement celle du riz, ne pourra subir par ce fait d'augmentation rapide. La production du riz est, dans l'état actuel, souvent insuffisante pour la nourriture des habitants de l'île et de nombreuses cargaisons ont dû être importés de Saigon. Il y aurait donc lieu d'examiner la possibilité de donner à Madagascar la population agricole qui lui fait défaut et on la trouverait dans les réserves considérables d'habitants que présente le Tonkin, dont la population très dense dépasse 12 à 15 millions d'habitants.

Malheureusement, de même que pour des transports à orga-

niser entre les divers points de Madagascar, la création d'une telle ligne entre Madagascar et Tlndo-Chine ne saurait, à Theure actuelle, être envisagée sans le concours de TÉtat et, en outre, une organisation semblable nécessite des vues d'ensemble qu'il est difficile à l'initiative privée d'appliquer.

L'État seul pourrait faire aboutir cette combinaison, au moyen, par exemple, d'un minimum de fret assuré annuellement à une ligne de navigation reliant Madagascar à l'Indo-Chine, et ce qui nous semblerait le plus logique et le plus profitable pour l'Etat serait d'étudier l'établissement d'une ligne qui, au départ de France, desservirait nos possessions de ia côte occidentale d'Afrique, Madagascar, la Réunion et l'Indo-Chine française.

Par là seraient assurées également les communications entre toutes nos possessions d'Afrique et d'Asie.

Nous croyons que des relations suivies ne tarderaient pas à s'établir ainsi entre nos diverses possessions d'Afrique et d'Asie et nous visons tout spécialement le commerce des riz.

Nos colonies de la côte occidentale d'Afrique font une grande consommation de riz pour l'alimentation, et ces riz provenant de nos colonies d' Indo-Chine, de cet immense grenier de riz qu'est la Cochinchine particulièrement, sont actuellement acheminés sur leur destination définitive à la suite de longs et coûteux transbordements qui s'effectuent soit par voie de France, soit, le plus souvent, par voie d'Allemagne ou d'Angleterre.

Nous prenons la respectueuse liberté de soumettre ces considérations au bienveillant examen de M. le Ministre des Colonies.

Télégraphes. — Câbles. — Une ligne télégraphique déjà ancienne fut créée par M. Le Myre de Vilers entre Tamatave et Tananarive. Une seconde relie la capitale et Majunga; une troi sième, dont le premier tronçon est livré au public, est en construction de Tananarive à Fianarantsoa et il faudra bien qu'on la poursuive jusqu'à Fort-Dauphin. Reste Diégo-Suarez, jusqu'à présent déshérité.

Quant aux câbles, il n'en existe qu'un seul qui traverse le caûal de Mozambique et met la grande île en communication avec l'Europe.

Nous avons entendu bien des colons manifester le désir très légitime mais très coûteux qu'un câble fût immergé tout autour de l'île afin de relier toutes les rades entre elles en même -temps qu'à la métropole. C'est là un projet fort séduisant et

nous savons que |le gouvernement s'en préoccupe, mais il convient de ne pas oublier que Madagascar est beaucoup plus grande que la France et, qu'étant une île, le développement de ses côtes est supérieur de plus du double à celui des côtes de la métropole. Il est donc probable que le gouvernement procédera à ce travail avec une sage lenteur.

M. Denis Guibert, dans le Figaro du 6 septembre, a grandement raison de signaler que notre organisation générale des câbles sous-marins laisse plus qu'à désirer et que non seulement pour nos communications avec Madagascar, mais pour celles avec toutes nos colonies d'Afrique et d'Asie, nous sommes tributaires des Anglais. Il rappelle la très remarquable conférence qu'a faite à ce sujet en 1896, sur l'initiative de l'Union Coloniale, M. Depelley — et dont nous avons conservé un souvenir très exact. M. Depelley nous a démontré, par une carte portant les tracés de toutes les lignes télégraphiques, que les Anglais ont enserré les continents et les mers dans un réseau télégraphique qui ressemble à une gigantesque toile d'araignée et que, sauf pour l'Algérie et la Tunisie, c'est toujours par l'intermédiaire des lignes télégraphiques anglaises que nous sommes renseignés sur ce qui se passe dans les colonies.

Du côté de l'Amérique, un faisceau de dix câbles transatlantiques relie l'Angleterre à Terre-Neuve et au Canada.

Plus bas, vers le sud, trois autres lignes anglaises rattachent le Brésil au Portugal ou à l'Espagne et, parleur prolongements, à Londres ; d'autres lignes anglaises s'étendent le long de la côte du Pacifique, dans l'Amérique centrale et dans toutes les Antilles et complètent ce premier réseau.

Du côté de l'Orient, les lignes anglaises, partant de Londres, tournent l'Espagne par Gibraltar, touchent à Malte, traversent la mer Rouge et arrivent à Aden, où elles bifurquent; d'abord, par un faisceau de trois câbles qui se dirigent sur l'Inde et se prolongent par d'autres lignes jusqu'en Chine, d'une part, jusqu'à l'Australie et la Nouvelle-Zélande, d'autre part; ensuite, par une ligne qui descend d'Aden à Zanzibar, longe la côte orientale d'Afrique jusqu'au Cap.

Ce réseau oriental est doublé par des lignes mi-sous-marines, mi-terrestres qui, partant également de Londres, traversent l'Europe et vont aborder l'Inde par le golfe Persique.

Du côté de la côte occidentale d'Afrique, les lignes anglaises

descendent d'abord jusqu'à Bathurst, au-dessous du Sénégal, puis, de là, festonnent le long de la côte, jusqu'au Gap. Quelques-unes de ces lignes touchent à des territoires français : Konakry, sur les rivières du Sud ; Grand-Bassam, Kotonou, sur la côte du Dahomey; et Libreville, sur la rive du Gabon, et reçoivent des subventions du gouvernement français. Or, les stations de passage, sur lesquelles viennent converger tous ces câbles, sont Accra, Sierra-Leone et Bathurst, toutes en territoire anglais.

Les Compagnies anglaises ont aujourd'hui un capital de près d'un milliard de francs et réalisent une recette annuelle de cent vingt millions, recette qui est une sorte d'impôt prélevé sur toutes les nations et notre quote-part est allée grossissant au fur et à mesure que s'est étendu notre empire colonial. Le gouvernement anglais a favorisé de toutes ses forces la constitution de ces grandes compagnies par de puissants concours financiers et en les patronnant énergiquement auprès des gouvernements étrangers.

Nous n'avons certes pas la prétention que ce problème soit résolu par notre pays dans les vingt-quatre heures, car l'œuvre poursuivie sans bruit par les Anglais date de trente années et a exigé des sacrifices considérables en subventions de tous genres, mais il est difficile de ne pas se préoccuper en France des moyens à prendre pour atténuer le plus possible les conséquences graves de cette formidable organisation et de ne pas tenter des efforts graduels pour nous mettre en communication directe et par câble français, avec chacune de nos colonies et surtout avec Madagascar.

Il faut bien nous dire que Londres est actuellement le centre télégraphique où tout converge, où tout arrive, et il ne se produit pas un incident au monde, pas un fait politique ou commercial dont la nouvelle ne soit pas donnée d'abord à Londres.

Dans ces conditions, on est en droit de se demander ce que deviendraient, en cas de guerre ou même de simples complications, nos correspondances avec nos colonies, et c'est pour cela, qu'à propos de nos relations télégraphiques avec Madagascar, nous n'avons pas craint de nous livrer à ces considérations générales, que M. Depelley avait si brillamment développées.

Phares. — Avant l'occupation française, il n'existait pas de phares à Madagascar. Il n'y avait qu'un feu fixe blanc, à l'entrée

de la baie de Diégo-Suarez, à Nossy-Langoro, sur Tllot des Aigrettes ; et deux feux fixes à Nossi-Bé, Tun sur la pointe Taffindro et l'autre sur la pointe Hell ville, c'est-à-dire du côté de Tîle faisant face à Madagascar.

Tout Téclairage des côtes se bornait là.

D'après les renseignements qu'à bien voulu nous fournir le très distingué directeur des travaux publics au ministère des Colonies, M. Bricka, ingénieur en chef des ponts et chaussées,^ l'attention du gouvernement s'est portée naturellement sur ce point important et on travaille activement à sortir notre île de cette dangereuse obscurité et à la doter des phares indispensables.

Du côté de Diego-Suarez, un grand phare, à feu éclair, sera placé sur le cap d'Ambre, et on maintiendra le feu de l'îlot des Aigrettes.

A Tamatave, il y aura deux feux fixes; l'un à la pointe Tanio, et l'autre à la pointe H as lie.

A Majunga, il y en aura trois : un phare à feu éclair, placé à 25 mètres de hauteur sur la pointe de Kapsepé; un feu fixe de quatrième ordre, à la pointe Anarambalo ; et un un autre sur la Pointe-de Sable,

Bien n'est encore prévu pour Fort-Dauphin et les autres points.

Les divers phares projetés sont tous en construction et seront terminés dans le courant de 1899. Les sommes nécessaires sont prises sur les fonds de la conversion de la dette et l'entretien sera à la charge de la colonie.

On voit qu'on ne peut pas dire, sans tomber dans l'exagération et dans un esprit de critique systématique, qu'on n'a rien fait pour Madagascar, depuis que nous en sommes les maîtres. Sur place, le général Gallieni a donné les preuves les plus manifestes de son intelligente et courageuse activité* et il faut avoir la bonne foi d'avouer que la mère patrie l'a aidé de son mieux.

Madagascar, par sa situation et la variété des produits qu'il serait facile d'en tirer, pourrait avoir l'heureux et rare privilège de ne point exciter les craintes que manifestent, à l'égard même de nos colonies, les très nombreux partisans de l'école protectionniste.

1. Au Congrès des Sociétés françaises de Géographie, tenu à Marseille, du 17 au 24 septembre, une adresse de chaudes félicitations a été votée à l'unanimité au général Gallieni.

En y organisant intelligemment des moyens de transport terrestres et maritimes, en les développant graduellement d'après un plan mûrement réfléchi et sagement poursuivi, notre colonie pourrait devenir le grand fournisseur de toute la partie de l'Afrique du Sud et du Transwaal où la soif de Tor, jointe à Taridité du sol, fait délaisser la culture. Non seulement les bœufs, les moutons et les porcs, mais le blé, le vin, les légumes, les fruits, les œufs, les volailles trouveraient aisément, sur ces côtes, d'importants débouchés. Puisque les Anglais réalisent des bénéfices très ronds en [important au Transwaal des bœufs d'Australie et d'autres marchandises, nous nous demandons s'il ne nous serait pas bien plus aisé d'atteindre le même but en nous livrant aux mêmes importations, d'un point aussi voisin que Madagascar de ce centre de consommation.

Notre colonie ne ferait ainsi aucune concurrence aux produits similaires du sol français et se bornerait à nous envoyer : du café, du cacao, de la vanille, des bois d'ébène ou de palissandre, du caoutchouc, qui, à ma connaissance, n'ont point encore poussé sur notre sol et dans nos forêts.

Il faudrait, en outre, que nos industriels se résignassent à fabriquer pendant quelque temps, des cotonnades bon marché et de mauvais goût (ce qui leur est difficile, et on ne peut que les en féliciter) pour remplacer celles d'Angleterre et d'Amérique, et attendre que, la civilisation aidant, le goût et le bien-être progressant, les femmes malgaches — qui sont coquettes comme toutes les femmes, — recherchent nos jolies étoffes aux couleurs harmonieuses et peu heurtées et que les tissus de soie, les rubans et les foulards deviennent les compléments de leur toilette.

De cette façon, le commerce de Madagascar, qui ne dépasse pas annuellement une vingtaine de millions — ce qui est fort peu de chose — prendrait un développement certain, sans porter aucun ombrage aux fervents disciples de mon honorable ami M. Méline, et à l'inquiète et bizarre sollicitude des divera gouvernements qui se succèdent au pouvoir.

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