LES SERVICES MARITIMES ~ RADES — CABLES TÉLÉQRAPHE — PHARES
Si nous ne jugeons pas prudent d'entreprendre trop de travaux publics à la fois à Madagascar, si nous croyons même indispensable, au début, de ne pas aventurer nos capitaux à la légère et de ne rien négliger pour leur assurer une juste et fructueuse rémunération, nous sommes d'avis qu'il faudrait sans tarder y créer un véritable port, pour que les navires puissent y procéder en sécurité à leurs opérations de chargement et de déchargement. A notre avis, ce travail doit être entrepris en même temps que celui de la voie ferrée et, puisqu'elle doit aboutir à Tamatave, il faut outiller et aménager Tamatave de façon que ce terminus soit en état de jouer le rôle auquel il est appelé.
Actuellement, Tamatave n'est pas un port. C'est une rade, un mouillage, protégé au nord-est par un grand récif, à l'abri duquel mouillent les navires de guerre, et par une série de petits récifs situés plus près de la côte. La ville est bâtie sur une sorte d'éperon, ainsi qu'on peut le voir sur la carte marine, et qu'on appelle la pointe Hastie. Les navires de commerce s'approchent un peu plus près de terre que les vaisseaux de guerre, mais ils sont naturellement obligés de débarquer leurs marchandises sur chalands, de rester perpétuellement sur le qui-vive, et, pour ainsi dire, sous vapeur. Ce sont là des conditions détestables, auxquelles on est bien obligé de se soumettre, tout le long de la
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Ch. Roux. -Voies de communication à Madagascar
Armand COLIN &C'« Éditeurs , Paris.
côte occidentale d'Afrique, au sud de Dakar, parce qu'on se trouve en face d'une barre presque continue qui interdit l'approche de la terre. Mais, puisqu'il n'en est pas de même à Madagascar, faisons un véritable bassin à Tamatave, permettant aux navires de débarquer bord à quai — muni des grues nécessaires, de tout ce qu'il faut, en un mot, pour constituer un centre commercial et maritime. Il nous semble que ce bassin ne serait pas difficile à creuser entre la pointe Hastie et les récifs qui l'environnent; nous ne croyons pas que cela puisse entraîner à des dépenses considérables, d'autant plus que nous ne rêvons pas un port comme ceux de Liverpool ou de Hambourg.
D'après nous, la prospérité agricole et commerciale de Madagascar et l'avenir même du chemin de fer dépendent de la construction d'un véritable port au point terminus de ce chemin de fer. Si on réalise, malgré les tarifs forts , une économie considérable sur le transport, il faut que le même heureux résultat soit obtenu pour le débarquement des marchandises et qu'e-lles sortent directement des flancs du navire pour entrer dans les wagons.
Madagascar est actuellement desservie par trois lignes françaises régulières qui sont les suivantes :
Messageries Maritimes. — Deux départs par mois de Marseille, voie de Suez; dessert le nord, le nord-ouest et le nord-est de Madagascar par des escales comprises entre Majunga et Tamatave. Ce service est prolongé de Tamatave à la Réunion et à l'île Maurice.
Compagnie Bavraise-Péninsulaire. — Un départ par mois du Havre, touchant à Saint-Nazaire, éventuellement Bordeaux, Marseille, voie de Suez; dessert Majunga, Diégo-Suarez, Tamatave et la Réunion.
Compagnie des Chargeurs-Réunis. — Un départ par mois du Havre, touchante Bordeaux; dessert Lisbonne, Dakar, Le Cap, Laurenço-Marquez, Beira, le sud-est de Madagascar par escales à Fort-Dauphin, Mananjary, Vatomandry, Andevorante, Tamatave.
En dehors de ces trois compagnies françaises, la Castleline dessert Fort-Dauphin, Mananjary, Vatomandry et Tamatave. De là, elle gagne Maurice.
Le vapeur allemand Zanzibar qHqcXvlq chaque année plusieurs voyages pour le compte de la maison allemande Oswald et C^,
Les Américains n'ont pas de service régulier, mais le pavillon étoile se montre souvent à Tamatave couvrant des importations de toile et autres objets.
On peut donc estimer les services des lignes françaises très suffisants pour les relations directes entre la métropole et la colonie.
Il n'en est pas de même en ce qui concerne les relations entre ce qu'on appelle les ports de cette grande île entre eux. Ils sont, présentement, très incomplètement, très imparfaitement reliés.
En dehors de l'admirable baie de Diégo-Suarez qui pourrait devenir le plus utile et le plus beau point d'appui que nous puissions posséder pour notre flotte de guerre et notre marine marchande, les principales rades sur la côte est sont : Vohémar, Tamatave, Vatomandry, Mananjary et Fort-Dauphin.
Sur la côte ouest : Majunga, Maintirano, Morondova et Tulear.
En plus de ces rades, il y a une foule de baies dont l'importance ne peut manquer de se développer au fur et à mesure que la civilisation pénétrera dans les régions qui les avoisinent.
A mon avis, il faudrait créer une double ligne circulaire desservant tous les points stratégiques et commerciaux des côtes. Cette ligne fonctionnerait dans les deux sens :
1® L'un des itinéraires partirait de Tamatave et passerait par le nord ;
2® L'autre partirait également de Tamatave et passerait par le sud.
Une communication régulière, aller et retour, s'établirait ainsi, d'une part, entre Tamatave et les diverses parties des côtes, d'autre part, entre les diverses rades elles-mêmes.
L'exécution d'un tel double service, au début, serait difficilement rémunérateur, mais les éléments de trafic attendent pour se développer la création de ces moyens de transport. L'opportunité de cette création étant incontestable et la condition primordiale du développement économique de notre nouvelle possession, l'Etat aurait le devoir de donner son appui non platonique à l'entreprise. Il serait, en effet, appelé à en bénéficier tout le premier, car un service régulier autour de l'île, comme nous le concevons, lui prêterait un inappréciable concours pour ses transports de personnel, matériel, approvisionnements, partout où il est nécessaire d'entretenir des postes ou des garnisons.