Le ruban de Itcîl
Historique. — Les travauxde Tûrck et de Bouchard ont montré que la dégénérescence ascendante des cordons postérieurs se termine dans les pyramides postérieures du bulbe, mais ce n'est que bien plus tard qu'on a retrouvé le trajet ultérieur de cette voie centripète. L'anatomie normale fournissait la description morphologique des éléments constitutifs du bulbe et de la protubérance ; on reconnaissait l'importance des corps restiformes, des pyramides, des olives et de l'entrecroisement du bulbe, et avec Stilling,Deiters, Clarke, Luys, Kôll iker, on supposait bien que la voie des cordons postérieurs passe par la partie supérieure de l'entrecroisement bulbaire, mais en réalité dans la région centrale du bulbe qui porta longtemps le nom de substance innominée, le trajet et les connexions des faisceaux nerveux restaient problématiques; on ne savait pas si les fibres des cordons postérieurs doivent aller au cervelet par les corps restiformes, ou aux olives, ou se joindre aux pyramides bulbaires.
Cette dernière hypothèse a été soutenue par Meynert (1), et sa description du faisceau sensitif est restée longtemps classique; d'après lui, ce faisceau, après avoir passé par la partie supérieure de l'entrecroisement bulbaire, doit prendre place dans la partie externe de la pyramide motrice et, après avoir occupé le segment externe du pied du pédoncule et la région postérieure de la capsule interne, il va par la couronne rayonnante aux circonvolutions du lobe occipital. D'autre part, on connaissait un autre faisceau, la Schleife des auteurs allemands, décrit autrefois par Reil (2), partant de la région olivaire et remontant par la calotte sous les tubercules quadrijumeaux jusque dans la couronne rayonnante ; d'après Meynert, ce faisceau de Reil relie les tubercules quadrijumeaux antérieurs aux cordons antéro-latéraux de la moelle en passant par la couche interolivaire, mais sa direction est probablement centrifuge.
La première description exacte du trajet des cordons postérieurs depuis le bulbe jusqu'à la couche optique est due à Sappey et
(1) Meyneet. Stricker'sHandbuchder LehrevondenGeweben., Bd II, 1872, p. S04.
(2) Reil. Aroh.fur die Physiologie, 1809, Bd IX, p. 505.
HISTORIQUE
Duval (1). Elle se trouve dans une note présentée à l'Académie des Sciences en janvier 1876 et dans le Traité d'Anatomie de Sappey (3° édition, 1877). En se servant de la méthode des coupes microscopiques sériées, Sappey et Duval ont reconnu que les cordons postérieurs passent par l'entrecroisement supérieur du bulbe et forment, en arrière de la pyramide motrice, un rectangle allongé d'avant en arrière ; au delà, ils passent par l'étage postérieur de la protubérance et par la calotte du pédoncule cérébral, en formant un faisceau qui s'aplatit et s'allonge dans le sens transversal, puis s'épaissit en dehors et devient de plus en plus externe sur le pédoncule cérébral ; on peut le suivre jusqu'aux couches optiques, dans lesquelles il pénètre.
Cette description si précise du faisceau auquel on a donné ultérieurement le nom de ruban de Reil médian ne se retrouve pas dans les autres ouvrages publiés à cette époque .
La même année, Flechsig, dans l'ouvrage dont nous avons déjà parlé, publie le résultat de ses recherches sur le développement et la myélinisation des faisceaux nerveux ; cette méthode permet de distinguer dans l'entrecroisement du bulbe la voie pyramidale de la voie des cordons postérieurs ; la première se développe beaucoup plus tard que la voie sensitive, et Flechsig put ainsi affirmer que la description de M ey ne rt était erronée, les fibres de l'entrecroisement sensitif ne vont pas à la pyramide, car celle-ci n'est pas myélinisée alors que celles-là le sont complètement. Mais la terminaison de ces fibres des noyaux des cordons postérieurs était encore difficile à reconnaître par ce procédé; elles ne se développent d'ailleurs pas toutes en même temps, celles qui viennent du noyau de Burdach sont myélinisées plus tard que les autres; Flechsig dit qu'il est inadmissible que ces fibres ne subissent pas un arrêt dans les cellules ganglionnaires du bulbe, et plus loin il conclut : « les cordons postérieurs sont probablement en relation par une voie indirecte (par l'intermédiaire des olives ?) avec les tubercules quadrijumeaux et le cervelet, et en partie aussi avec la formation réticulaire et les couches optiques » (2). Quant à la couche interolivaire, ses connexions inférieures restent
(1) Sappey et Duval. Trajet des cordons nerveux qui relient le cerveau à la moelle êpinière. Académie dus sciences, 17 janvier 1876. — Sappey. Traité d'anatomie, 3° édition 1877, t. III, p. 135-140. Fig. 495-501 et 507-514.
(2) Flechsig. Die Leitungsbahnenim Qehirti und Riiclienmarh, etc., Leipzig, 1876, p. 322 et 345.
LE RUBAN DE REII
incertaines ; en haut, ses fibres se joignent au ruban de Reil et se mettent en relation avec les tubercules quadrijumeaux ; en bas, elles ne se continuent probablement pas avec les cordons antéro-latéraux; la description de Meynert n'est donc exacte qu'en partie, d'après Flech sig.
L'importance du ruban de Reil ne fut reconnue que plus tard. Quelques publications (1) montrent d'abord que ce faisceau peut dégénérer lorsqu'une lésion l'atteint dans son trajet protubérantiel, mais elles ne disent rien de ses connexions supérieures et inférieures. Puis von Monakow observe à la suite d'une hémisection de la partie inférieure du bulbe une dégénérescence ascendante de la couche interolivaire et du ruban de Reil du côté opposé; il en conclut que, contrairement à l'opinion de Meynert, Huguenin, Roller, etc., les fibres arciformes qui partent des noyaux des cordons postérieurs ne s'arrêtent pas dans les olives (2). D'autre part, le ruban de Reil ne semble pas provenir de la totalité des noyaux des cordons postérieurs ; v. Monakow met à part le segment externe du noyau de Burdach, décrit déjà par L oc kart Clarke sous le nom de noyau externe de l'acoustique et par Deiters comme un relai entre les cordons antéro-latéraux et le pédoncule cérébelleux inférieur ; en réalité, ce noyau ne se rattache pas au système de l'acoustique; il reçoit, comme le segment interne de ce même noyau, des fibres du cordon de Burdach, mais les faisceaux qui en partent vont au cervelet et ne se mélangent pas avec les fibres arciformes destinées au ruban de Reil.
L'année suivante, v. Monakow (3), à la suite d'une ablation du lobe pariétal chez le chat, trouve une .atrophie descendante de la partie interne du ruban de Reil allant par la couche interolivaire jusqu'aux noyaux des cordons postérieurs du côté opposé. Il propose
(1) Willigk. Prager Vierteljahressehrift, 1879, n° 128. Kahler et PlCK. Prager Vierteljahressehrift, 1879, n° 142.
P. Mester. Ueber einen Fall von Ponshiimorrhagie mit secundàrer Degeneration der Schleife. Archiv fur Psychiatrie, Bd XIII, Heft 1, 1882.
(2) V. Monakow. Experimenteller Beitrag zur Kenntniss des corpus restiforme etc. Archiv fur Psychiatrie, 1883, Bd XIV, p. 1. — Analyse in Archiva de Neurologie, 1884, t. I, p. 76.
(3) V. Monakow. Experimentelle Beitriige zur Kenntniss der Pyramiden und der Schleifenbahn. Correspondenzhlatt fur Schn-eizer Aerzte, 1884, n" G et 7. — Voir aussi : Neue experimentelle Beitriige zur Anatomie der Schleife. Neurol. Central- Uatt, 1885, n° 12.
HISTORIQUE
de donner le nom de ruban de Reil cortical (Rindenschleife) à la partie principale de ce faisceau, qui est en communication directe ou indirecte avec lecorce cérébrale, et de nommer avec Fo rel ruban de Reil inférieur (untere Sclileife, ruban de Reil latéral) le segment externe de ce faisceau qui s'étend de l'olive supérieure au tubercule quadrijumeau postérieur. Dans ce cas de lésion corticale, il y avait une atrophie très marquée du noyau externe de la couche optique, et v. Monakow ne conclut pas à la nécessité d'une relation directe entre le ruban de Reil et l'écorce du lobe pariétal, car l'atrophie simple de ce faisceau peut être la conséquence de l'atrophie de la couche optique elle-même; en effet, dans un cas pathologique de lésion de la couche optique (1), il trouve une atrophie descendante du ruban de Reil, tandis que la capsule interne, restée en dehors de la lésion, ne contient pas de faisceaux dégénérés ; les fibres du ruban de Reil ne vont donc pas directement à l'écore cérébrale, conclusion qui s'accorde avec les descriptions anatomiques de Forel qui donne à ce faisceau la couche optique comme point de terminaison.
Un neurologiste américain, Spitzka (2), arrive à la même époque à des conclusions presque analogues à la suite de recherches pratiquées sur l'homme et les animaux ; le lemniscus doit provenir de différentes sources, la plus importante est dans les fibres arciformes des noyaux de Goll et de Burdach, mais il est possible qu'un petit nombre de fibres proviennent des cordons antéro latéraux et du faisceau solitaire. Spitzka suppose que le ruban de Reil est probablement affecté au sens musculaire, peut-être même à la sensibilité cutanée.
Ces résultats fournis par l'anatomie pathologique et expérimentale pouvaient être vérifiés par de nouvelles études faites sur les bulbes de fœtus; cependant Fie ch si g, dans un nouvel ouvrage basé sur la même méthode et publié en 1883 (3), admettait encore que les olives forment des points nodaux, recevant d'une part les fibres de la voie des cordons postérieurs, et se mettant d'autre part en relation avec le
(1) V. Monakow. Experimentelle uncl pathologisch anatomische Untersuchungen, etc. Arch.fûr Psychiatrie, Bd XVI, p. 151.
(2) Spitzka. A contribution to the anatomy of tue lemniscus. American Journal of Neurology, 1883, vol. II, p. 617,et The Médical Record, 1884. Analyse in : Neur. Centralbl., 1885, p. 35.
(3) Flkchsiq. Plan des menschlichen Gehirnes, 1883.
LE ltUDAN DE HEIL
cervelet par la Schleife selon la description de Re il et de Meynert.
C"est Edinger (1) qui, en étudiant par la méthode de Weigert (coloration à l'hématoxyline) le bulbe d'un fœtus de 8 mois, trouve la voie des cordons postérieurs myélinisée, tandis que les fibres du corps restiforme et celles du système olivaire ne le sont pas encore; il put ainsi reconnaître que les fibres arci formes qui partent des noyaux des cordons postérieurs vont les unes après les autres s'entrecroiser dans le raphé et contribuent à former la couche interolivaire; celles qui traversent la couche réticulaire et les olives ne s'y arrêtent pas, mais il en est qui vont au corps restiforme, et d'après Edinger ce sont celles qui viennent du noyau du cordon de Goll qui suivent Ce trajet, tandis que les fibres du noyau du cordon de Burdach vont à la couche interolivaire.
Flechsig(2) aussitôt confirme la description que venait de publier Edinger et la complète en donnant les conclusions suivantes: les fibres des noyaux des cordons de Goll et de Burdach vont à la couche interolivaire et au ruban de Reil ; l'entrecroisement supérieur du bulbe doit être nommé entrecroisement du ruban de Reil, avec cette restriction qu'il contient encore d'autres fibres venant de la formation réticulaire ; les grandes olives ne sont pas, comme Meynert l'a dit, interposées entre les cordons postérieurs de la moelle et le cervelet, mais entre le cervelet et le cerveau, et n'ont pas de relation avec la moelle. Cette connexion des olives avec le cerveau fut d'ailleurs élucidée bientôt par Bechterew (3), à l'aide de la même méthode; il décrit un faiseeau qu'il nomme la voie centrale de la calotte, émanant des fibres de la face externe de l'olive et passant successivement dans la protubérance entre l'olive supérieure et le ruban de Reil médian, dans la formation réticulaire en dehors du faisceau longitudinal postérieur. et enfin en arrière du noyau rouge et sous le plancher du troisième ventricule; sa terminaison pour Bechterew est inconnue, mais d'après Flechsig elle se continue avec l'anse lenticulaire.
(1) Edinger. Zut Kenntniss den Verlaufes der Hinterstrangfasern in derMedulla oblongata und iin unteren Kleinhinschenkel. Neurologisches Centralblott, 1885, n° 4, p. 73.
(2) Fleohsig. Ueber die Verbindungen der Hinterstrânge mit dem Gebirn. New. Centralbl., 1885, n»5,p. 97.
(3) Bechterew. Ueber eine bisber unbekannte Verbindung der grossen Oliven mit dem Grosshirn. Ncuvulog. Centralbl., 1885, n° 9, p. 191.
LE IIU BAN DE REIL LATERAL
Nous arrêterons ici cette courte notice historique. On peut en conclure qu'à partir de cette époque (1885) le ruban de Reil est suffisamment connu pour qu'on ne puisse plus admettre ni l'arrêt de la voie des cordons postérieurs dans les olives, ni le faisceau sensitif tel que le décrivait Meynert, passant par la partie externe de la pyramide et du pied du pédoncule et la partie postérieure de la capsule interne, mais cette description de Meynert avait été admise d'une façon si générale qu'on ne peut s'étonner de la retrouver encore longtemps dans les ouvrages de vulgarisation et même dans des publications de neurologie ; elle avait servi en particulier à fonder la théorie du carrefour sensitif, et nous verrons que cette dernière lui a survécu.
Anatomie. — Du ruban de Reil on connaissait ainsi : son origine dans les noyaux des cordons postérieurs (noyau du cordon de Goll et partie interne du noyau du cordon de Burdach), et son trajet dans l'entrecroisement supérieur du bulbe et la couche interolivaire, puis dans la calotte de la protubérance et du pédoncule cérébral. On était aussi conduit à distinguer le ruban de Reil médian et le ruban de Reil latéral. De ce dernier, nous ne dirons que peu de mots, il ne rentre pas dans notre sujet, et nous aurons à étudier ensuite avec plus de détails les dégénérescences du ruban de Reil médian, sa terminaison supérieure et ses connexions latérales.
A. Le ruban de Reil latéral n'a pas toujours été différencié exactement du cordon de Reil médian, et dans beaucoup de descriptions anatomiques, c'est évidemment de lui qu'il s'agit, lorsqu'on fait mention d'un faisceau placé sur la face externe de la calotte et arrivant aux tubercules quadrijumeaux. D'après M e y n e r t, le feuillet superficiel du ruban de Reil passait, après entrecroisement, par le tubercule quadrijumeau inférieur et descendait dans les cordons antéro-latéraux de la moelle, constituant ainsi une voie motrice descendante.
Foreletv.Monakowont montré que le ruban de Reil latéral est un faisceau en réalité très court, étendu de l'olive supérieure ou protubérantielle, au tubercule quadrijumeau postérieur. Aujourd'hui il est assez bien connu et on s'accorde à le rattacher à la voie acoustique centrale (1). 11 commence à apparaître dans la partie supérieure de laprotu-
(1) Nous n'avons pas à donner ici la bibliographie, déjà fort étendue, de ce faisceau. Nous ne citerons que le chapitre très complet que lui consacre KôLLIKBR. Hwndbuch der Gewebelehre. Sixième édition. Bd II, pages 375-406.
LE RUBAN DE REIL MÉDIAN
bérance ; il comprend :des fibres venant par lecorps trapézoïde du ganglion ventral de l'acoustique du côté opposé (voie secondaire du nerf cochléaire), des fibres de la petite olive et du noyau du ruban de Reil latéral qui lui fait suite, des stries acoustiques, etc. 11 se déplace sur la face externe de la protubérance en remontant vers le tubercule quadrijumeau postérieur, dans lequel se terminent sans entrecroisement la plus grande partie de ses fibres ; quelques-unes seulement continueraient leur route et iraient au corps genouillé interne, à la valvule de Vieussens,à la substance prise de l'aqueduc. Held a décrit pour ce faisceau une voie acoustique corticale, allant par la capsule interne au lobe temporal, elle n'est acceptée ni par Kôlliker, ni par v. Monakow.
Le ruban de Reil latéral n'est d'ailleurs pas un faisceau homogène. Mott semble même admettre qu'un certain nombre de fibres arciformes, venues du noyau du cordon de Goll, passent par ce faisceau; les deux segments du lemniscus ne seraient pas absolument distincts et les fibres du segment externe auraient seulement une direction oblique au lieu d'avoir une direction verticale, comme celles du segment interne. D'autre part, nous avons dit, en parlant des cordons antéro-latéraux de la moelle, que ces derniers peuvent envoyer des fibres ascendantes qui se mélangent pendant une partie de leur trajet à celles du ruban de Reil latéral. La constitution de ce faisceau est donc complexe.
B. Le ruban de Reil médian. — 1° Dégénérescences secondaires. — Parmi les nombreuses publications dans lesquelles ce faisceau est étudié, ou simplement signalé, il est nécessaire de distinguer les recherches expérimentales et les cas anatomo-pathologiques ; la plupart ont eu pour but d'étudier la terminaison supérieure du ruban de Reil; d'après les premiers travaux (Forel, Sappey et Duval v. Monakow), la terminaison de ce faisceau dans la couche optique, paraissait déjà probable, mais bientôt on fut obligé d'envisager l'éventualité du passage du ruban de Reil médian dans la capsule interne et son trajet direct vers l'écorce cérébrale.
Documents fournis par la méthode expérimentale. — Parmi ceux qui se sont livrés à des recherches expérimentales sur ce sujet, il en est qui ont simplement vérifié la dégénérescence ascendante et croisée du ruban de Reil à la suite de lésions du noyau des cordons pos-