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de la proposition qui servait de base à la théorie du carrefour sensitif et comment doit-on envisager aujourd'hui cette question (1)?
1° Au point de vue clinique on est arrivé à reconnaître que l'hémianesthésie liée à une lésion centrale du cerveau n'est pas comparable à l'hémianesthésie sensivo- sensorielle des hystériques. Lorsqu'on revoit toutes les observations suivies d'un contrôle anatomique, on remarque que l'hémianesthésie n'est jamais absolue, môme dans les premières semaines qui suivent l'attaque d'hémiplégie, et que, d'autre part, elle va en s'atténuant ; on ne peut pas pincer, piquer ou brûler la peau sans provoquer une manifestation de douleur, et si la sensation douloureuse est moins intense sur le côté hémiplégique que sur le côté sain, c'est le plus souvent au dire du malade qu'il faut s'en rapporter pour en avoir la certitude.
D'autre part les sens spéciaux ne participent pas à l'hémianesthésie par lésion organique dans les mêmes conditions que dans l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle hystérique. Pour la vue on ne trouve, pas comme dans ce dernier cas. une amblyopieuni ou bilatérale avec rétrécissement concentrique du champ visuel, dyschromatopsie, etc. Si on écarte l'éventualitéd'une cause contingente (stase papillaire, amblyopie albuminurique, etc.), une lésion unilatérale des voies visuelles intra-cérébrales ne peut donner qu'un rétrécissement latéral du champ visuel du même côté que la paralysie et que l'hémianesthésie (hémianopsie homonyme latérale) ; si elles sont intactes, il n'existe pas de troubles de la vue ni d'altération du champ visuel. Pour les autres sens, il est encore important d'éliminer les causes d'erreur (otite moyenne scléreuse, rhinite chronique, déviation de la cloison, etc.) ; elles sont fréquentes et expliquent pourquoi on trouve parfois dans les observations cliniques une diminution de l'ouïe ou de l'olfaction du côté opposé à l'hémiplégie. Ce qu'on observe le plus souvent dans les hémiplégies de cause cérébrale, c'est un affaiblissement des sensibilités spéciales aussi marqué d'un côté que de l'autre; est-il dû à un état général d'insuffisance cérébrale, ou doit-on invoquer la représentation corticale bilatérale des centres des sens spéciaux ? Nous
(1) Les principaux arguments et les conclusions de ce chapitre ont fait l'objet d'un travail publié en collaboration avec M. Dejerine : Dk.ikkink et LONG. Sur la localisation de la lésion dans l'hémianesthésie dite oapsulaire. Sooiétà do biologie, 24 décembre 1898.
LOCALISATION CENTHALE DE l'hÉMIANESTIIESIE
nous contenterons de relever le fait sans en discuter la pathogénie.
En clinique on ne peut donc plus confondre l'hémianestliésie produite par les lésions organiques avec l'hémianestliésie sensitivo-sensorielle d'origine fonctionnelle. La connaissance de l'hystérie mâle dont on ignorait autrefois jusqu'à l'existence a grandement contribué à ce résultat et Charcot a pu dire, en parlant des premiers cas d'hémianesthésie observés chez des saturnins ou des alcooliques : « Un bon nombre des observations d'hémianesthésie alcoolique, avec ou sans hémichorée, sont des observations d'hystérie chez des alcooliques (1) ». M. Dejerine ajoute: « Il faut le reconnaître, les plus belles observations d'hémianesthésie sensitivo-sensorielle d'origine capsulaire rapportées autrefois ont trait à des hystériques. Il faut, en outre, songer à la possibilité d'une association organo-hystérique, particularité qui est'loin d'être rare «.C'est également la conclusion formulée par v. Monakow (2) : « L'hémianestliésie sensitivo-sensorielle, dans le sens primitivement admis par Charcot, n'a pas encore été démontrée par un fait anatomo-pathologique certain. »
II0 Au point de vue anatomique, le second postulat de la localisation capsulaire de l'hémianesthésie a subi des transformations importantes. On a reconnu que le prolongement de la voie des cordons postérieurs est formé par le ruban de Reil médian et non pas par le faisceau sensitif de Tùrck - Meynert, et M. Dejerine a montré que ce dernier faisceau est en réalité un système de fibres descendantes reliant l'écorce du lobe temporal à la protubérance.
Cependant la théorie de la localisation capsulaire de l'hémianestliésie est restée la même. On trouve indiqué, même dans des ouvrages récents, une division schématique de la capsule interne qui se rapproche des descriptions plus anciennes; elle est moins compliquée, car on paraît avoir renoncé à attribuer à des faisceaux spéciaux la production de l'hémichorée, de l'hémiathétose et autres phénomènes moteurs anormaux, mais on voit encore dans ces schémas le segment postérieur de la capsule interne divisé en segments secondaires, et la partie postérieure de cette région reste réservée au faisceau dit sensitif. Les uns admettent avec Flechsig et Hôsel que c'est le
(1) Charcot. Clinique des maladies du système nerveux, t. II, 1893, p. 474.
(2) v. MONAKOW. Die Gehirtipathologie, 1897, p. 867.
ruban de Reil médian qui, en allant directement à l'écorce cérébrale, vient se placer dans la capsule interne en arrière de la voie motrice pyramidale ; les autres, tout en admettant que ce faisceau se termine dans la partie inférieure de la couche optique, expliquent l'ancienne localisation capsulaire par la présence en ce point d'un faisceau sensitif thalamo-cortical (v. Monakow). On trouve même parfois dans ces schémas un segment intermédiaire affecté au sens musculaire ; c'est, en particulier, l'hypothèse émise par Redlich (1) ; en se basant sur l'observation clinique,il fait remarquer que les troubles de la motilité, du sens musculaire et de la sensibilité générale ne se manifestent pas toujours dans les mêmes proportions et il divise le segment postérieur de la capsule interne en trois zones distinctes pour ces trois catégories de fibres. Actuellement ces diverses hypothèses sont en désaccord avec l'anatomie cérébrale.
III0 Au point de vue expérimental on a continué à étudier les troubles de la sensibilité qui peuvent se manifester après la lésion des régions centrales du cerveau. Pendant longtemps, sous l'influence de la théorie du carrefour sensitif on a, comme Veyssière et Carville et Duret, rapporté ces troubles sensitifs à' la section des faisceaux postérieurs de la couronne rayonnante, quoiqu'on ait plusieurs fois obtenu les mêmes résultats en opérant sur la couche optique. (Fournié (2), Fe rrier (3), L emoine (4). Mais depuis que l'évolution des idées sur l'anatomie du cerveau permet d'adopter une autre opinion, on voit reparaître dans les recherches expérimentales l'hypothèse des fonctions sensitives de la couche optique. Lo Monaco (5) procède en sectionnant le corps calleux et en passant par le ventricule moyen pour enlever à la curette une partie de la couche optique ; il observe alors des troubles de la sensibilité cutanée compliqués de parésie et de perversion du sens musculaire, durant un mois environ et allant en s'atténuant. S ellier et Verger (6),
(1) Redlich. Ueber Storungen des Muskelsinnes und des steroognostischen Sinnes beider cerebralen Hémiplégie. Wiener Klinische Woclicnsehrift, 1893, p. 493.
(2) Fournie. Meeherohes expérimentales sur les fonctions du cervea u. Paris, 1873.
(3) Fehriek. Les fonctions du cerveau, 1878.
(4) Lemoine. Contribution à la détermination et à l'étude expérimentale des localisations fonctionnelles encéphal iqu es. Thèse de Paris, 1880.
(5) Lo Monaco. Sulla fisiologia dei talami ottici. Mivista di patologia nervosae mentale, août 1897.
(6) Sellier et Verger. Recherches expérimentales sur la physiologie de la