CONNEXIONS THALA.MO- CORTICALES
Ces fibres de la couronne rayonnante doivent être de deux sortes : des fibres dont la cellule d'origine est dans la couche optique et dont le cylindre-axe se termine dans la substance grise de l'écorce, ce sont des fibres corticopètes on lhala.mo-corLica.les ; les autres sont des fibres de projection qui partent de l'écorce cérébrale et s'arrêtent dans la couche optique : fibres corticofuges ou curtico-thalamiques.
Parla méthode de Golgi on a pu étudier d'une part la structure de l'écorce cérébrale dans tous ses détails et, d'autre part, les diverses cellules qui se trouvent dans la couche optique; mais les connexions de cette dernière n'ont pu être bien établies qu'avec les fibres de la bandelette optique qui arrivent au pulvinar, au corps genouillé externe et au tubercule quadrijumeau antérieur; les fibres de la couronne rayonnante, en raison de leur long trajet, ont échappé jusqu'à présent à cette méthode. Kôlliker (1) a vu des cylindre-axes venir s'arboriser dans la couche optique, mais il reconnaît qu'on ne peut suivre les fibres corticopètes et il admet que l'atrophie du système radié consécutive aux lésions de l'écorce porte surtout sur des éléments centrifuges.
L'étude des dégénérescences secondaires, expérimentales ou pathologiques, établit les faits suivants : dans les lésions corticales la dégénérescence des fibres de projection passant par la capsule interne s'accompagne d'une atrophie du segment correspondant du noyau externe de la couche optique, signalée par la dégénérescence d'une partie des fibres radiées ; dans les cas de lésions sous-corticales, la dégénérescence se porte dans les deux sens, vers l'écorce et vers la couche optique, produisant de part et d'autre une atrophie manifeste ; si la lésion est centrale et atteint la couche optique, elle peut également produire une dégénérescence ascendante qui va jusqu'à l'écorce ; tout récemment, v. Monakow (2) a publié un cas d'hémorrhagie cérébrale, datant de sixmois seulement, dans lequel on trouvait une destruction de la partie postérieure du noyau externe et du noyau central, et une dégénérescence delà couronne rayonnante allant au lobe occipital, au lobule pariétal inférieur et, dans de moindres proportions, aux circonvolutions centrales.
(1) KÔLLIKER. Handbuch (1er Gewebelehre, 6° édit., Bd II, p. 583 et 502.
(2) V. Monakow. Zur Anatoinie und Physiologie des unteren Scheitelliippclien. Arch. fur Psychiatrie, 1898, Bd XXXI, Heft 1.
RECHERCHES PERSONNELLES
Dans l'interprétation de ces faits, il convient de tenir compte de l'association des dégénérescences secondaires cellulifuges et des dégénérescences rétrogrades ou cellulipètes. L'importance de ces dernières n'a fait que s'accroître depuis les premiers travaux de Gu dden et de ses élèves, et on sait à présent qu'elles se produisent d'autant plus rapidement que le neurone lésé est à plus court trajet.
Cette objection s'applique donc à l'examen des lésions récentes par la méthode de Marchi ; on a étudié des lésions expérimentales faites sur l'écorce cérébrale, sur la capsule interne ou sur la région des ganglions de la base (Muratow, Redlich, Ferrier et Turner, P robst (1). On voit facilement, grâce à l'imprégnation par l'acide osmique, les fibres dégénérées et en particulier celles qui réunissent l'écorce cérébrale à la couche optique. Nous avons pu le vérifier en pratiquant chez une série de chiens l'extirpation de territoires restreints de l'écorce cérébrale et chaque fois, à côté de la dégénérescence des fibres de projection passant par la capsule interne et le pied du pédoncule, nous avons trouvé des fibres pénétrant dans la couche optique. Nous donnons comme exemple le résultat d'une ablation partielle du gyrus sigmoïde.
Chienne griffon, âgée de trois semaines, poids 1,410 gr. Anesthésie par injection intrapéritonéale d'une solution de chloral et de chlorhydrate de morphine. Ablation à la curette de la partie inférieure du gyrus sigmoïde en empiétant un peu sur la deuxième circonvolution parallèle (fig. 1). L'animal est sacrifié au bout de 27 jours (poids 2,470 gr.). Le cerveau, après durcissement dans le liquide de Miiller, est examiné par la méthode de Marchi.
Au niveau de la lésion (fig. 2), on voit au-dessous de l'écorce du gyrus sigmoïde un amas de corps granuleux et, partant de ce foyer, des traînées de libres dégénérées, allant vers les circonvolutions voisines, vers le corps calleux et en bas vers la capsule interne. La dégénérescence capsulaire n'envoie
(1) Muratow. Secundâre Degenerationen nach Zerstorung der motorischen Sphare des Gehirns, etc. Arc/i.fiir Anat.u. Physiologie, 1893, Anat. Abtheilung.
Redlich. Ueber die anatomischen Folgeerscheinungen aupgedehnter Exstirpationen der motovischen Rindencentren bei der Katze. New, Centralb., 1897, n°18.
Ferrier and Turner. An expérimental research upon cerebro-cortical allèrent and efferent tracts. Philos. Trans. 1898, v. 190.
Probst. Cfntersuchungen iiber das Zwischenhirn uud deesen Verbindungen, besonders die sogenannte Rindenschleife. Deutsche Zeitschrift fur NeroeriheUhun&e. 1898, Bd 13, Heft 5 und 6.
CONNEXIONS TIIAIAMO- CORTICALES
SI
Fm. 1. — Face externe de V hèmisplière droit chez le chien. La Union experimentale du gyrus sigmoïde est indiquée par des lignes verticales.
GS. Gyrus sigmoïde. — SI. Scissure interhérnisphérique. — 1, 2, 3, 4. Circonvolutions parallèles de la face externe du cerveau.
FlG. 2. — Coupe microscopique vertico-transversale passant par la partie postérieure du gyrus sigmoïde. (Méthode de Marchi.)
CC. Corps calleux. — Ci. Capsule interne. — GS. Gyrus sigmoïde.— JV<7.Noyau
caudé.
RECHERCHES PERSONNELLES
FiG. 3. — Coupe vertico-transversale FiG. 4. — Coupe vertico-transversale de l'hémisphère droit passant par la passant par la partie moyenne de la partie antérieure delà couche optique. couche optique. (Méth. de Marchi.)
CC. Corps calleux. — Ci. Capsule interne. — JVC. Noyau coudé. — Ne, Ni. Noyaux externe et interne de la couche optique. — NL. Noyau lenticulaire. — Strz. Stratum zonale. — Th. Couche optique. — Tr. Trigone cérébral. — VA. Faisceau de Vicq-d'Azyr. — II. Bandelette optique.
faisceaux qui, au niveau de la partie antérieure et supérieure du thalamus (fig. 3), passent au-dessous du noyau caudé et suivent la direction du stratum zonale pour se perdre en s'irradiaut dans la substance grise de la couche optique. Déjà à ce niveau on voit dans le noyau externe du thalamus des fascicules détachés de la capsule interne (fibres radiées).
Plus loin le nombre de ces faisceaux cortico-lhalamiques augmente encore lli^r. 4), ils s'avancent dans l'intérieur du noyau externe sous la forme de fascicules distincts ou de libres isolées, et la substance grise fondamentale contient dans cette région de très fines granulations noirâtres qui représentent probablement les arborisations terminales de ces libres. Ici la partie supérieure de la couche optique, de même que son noyau interne, sont intacts.
CONNEXIONS T II ALAMO- CORTICALES
La zone de dégénérescence capsulaire se déplace progressivement de liant en bas lorsqu'on suit d'avant en arriére la série des couches microscopiques et elle arrive dans le pied du pédoncule cérébral. Jusqu'au niveau des régions inférieures de la couche optique, elle envoie quelques libres dégénérées dans le noyau externe.
Ce cas expérimental, vérifié d'ailleurs par d'autres, montre que la zone des fibres de projection dégénérées consécutivement à une lésion limitée de l'écorce cérébrale envoie, dans toute V étendue de son trajet capsulaire, des fibres radiées au segment adjacent du noyau externe de la couche optique.
On verra d'autre part, dans nos observations personnelles, qu'on trouve constamment par la méthode de Marchi, dans les cas de lésions corticales et sous-corticales relativement récentes, l'altération d'une partie des fibres radiées qui pénètrent dans la couche optique (fibres radiées cortico-thalamiques) ; si la lésion est centrale et porte sur le noyau lenticulaire et surtout sur le globus pallidus, les fibres radiées strio-thalamiques participent à la dégénérescence qui est alors beaucoup plus intense.
C'est surtout des fibres cortico-thalamiques qu'il s'agit dans ces cas, mais il est difficile de savoir dans quelles proportions les fibres thalamo-corticales peuvent y prendre part, surtout lorsque la lésion est située près de la couche optique. Il est également difficile de concevoir une dégénérescence ascendante ne comprenant que les fibres thalamo-corticales, à la suite de lésions expérimentales ou pathologiques de la couche optique ou de la capsule ; elle doit forcément être accompagnée d'une dégénérescence rétrograde des fibres cortico-thalamiques et même des fibres de projection passant par la capsule interne et le pied du pédoncule.
En tenant compte de tous ces faits, M. Dejerine, à la suite de longues recherches auxquelles nous avons eu l'honneur de collaborer, est arrivé à cette conclusion (1) : « Pour nous, cette question de l'existence et du nombre des fibres thalamo-corticales ne peut être résolue par la méthode des dégénérescences secondaires, car à côté de la dégénérescence wallérienne ou cellulifuge vient toujours s'ajouter le processus de la dégénérescence rétrograde ou cellulipètc. Pour
(1) Dejerine et Long. Sur les connexions de la couche optique avec la corticalité cérébrale. Société de biologie, 10 décembre 1S98.
RECHERCHES PERSONNELLES
la résoudre, il faut recourir à d'autres procédés, et c'est dans ce but que nous avons étudié, par la méthode de Pal, deux cas de lésions congénitales des hémisphères cérébraux dans lesquels les fibres de projection corticale faisaient totalement défaut dans le segment postérieur de la capsule interne. »
Le premier cas concerne un hydrocéphale avec malformation cérébrale, né à terme et mort à l'âge de six à sept semaines. Les hémisphères cérébraux ont conservé leur forme, mais sont réduits presque en entier à l'état d'une lame mince et transparente, recouverte par les arborisations des troncs vasculaires de la pie-mère el qui n'affecte aucune connexion avec les corps opto-slriés dent la sépare une vaste cavité ventriculaire. Il ne reste comme vestiges de l'écorce cérébrale que les deux circonvolutions de l'hippocampe, la face interne du lobe occipital gauche, le lobe occipital droit (face interne, face inférieure et pointe) et la moitié postérieure de la circonvolution du corps calleux gauche. Le corps calleux et le septum lucidum font défaut et les ventricules latéraux communiquent largement entre eux.
Les corps opto-striés, au lieu d'être, comme à l'état normal, recouverts en partie par la substance blanche du centre ovale et de la capsule externe, sont complètement dégagés et forment dans la cavité ventriculaire, vaste et unique, deux saillies ovoïdes séparées l'une de l'autre par le corps du trigone et par les plexus choroïdes des ventricules latéraux. Le cervelet est normalement développé : sur les coupes microscopiques sériées verlico-lransversales, on retrouve les segments antérieur et postérieur de la capsule interne; mais, le segment rétrolenticulaire faisant défaut, le pulvinar et les corps genouillés sont mal développés et la partie postérieure du thalamus estime masse informe. Dans le segment postérieur delà capsule interne on voit des fibres qui, prenant leur origine dans le thalamus, se portent en haut et en dehors, passent entre la couche optique et le noyau lenticulaire, puis entre ce dernier et le noyau caudé, et se terminent en divergeant dans l'épaisse substance finement granuleuse qui recouvre le corps strié et le sépare de la cavité ventriculaire. Ces libres sont très nombreuses, surtout dans la région thalamiquc supérieure de la capsule interne et font complètement défaut dans les régions thalamiquc inférieure et sous-thalamique. Dans ces régions, on ne trouve que le système des fibres strio-sousthalamiques : anse lenticulaire, faisceau lenticulaire de Forel, fibres strio-luysiennes, commissure de Meyncrt, tous systèmes parfaitement développés et normaux. Il en est de même pour le faisceau thalamiquc de Forel, la capsule du noyau rouge, les radiations de la calotte. Il existe donc dans ce cas une agénésie complète des fibres de projection corlico-lhalamiqiies, corlico-prolubérantielles, cortico-médullaires — en particulier du faisceau pyramidal. — Les pyramides bulbaires n'existent pas. Enfin le pied du pédoncule ne contient pas de fibres verticales et il n'en existe pas davantage dans l'étage antérieur de la protubérance. Le ruban de Reil médian est normalement développé el peut être suivi jusque dans la partie ventrale du thalamus.
CONNEXIONS THA.LAMO-COIITICA.LES
Le deuxième cas concerne un hydrocéphale contracturé îles quatre membres et mort à l'âge de sepl mois. Ici il s'agil d'une double porencéphalie ayanl détruit l'insula, la partie antérieure el moyenne du lobe temporal, la partie antérieure du lobule fusiforme el le centre ovale. Les deux lobes occipitaux sont bien déve-
loppés. Des lobes frontaux, il reste la face interne et une partie de la face orbitaire, et entre les lobes frontaux et occipitaux on trouve de chaque côté de la scissure inter-hémisphérique les circonvolutions de la face interne du cerveau et celles de la partie sus-sylvienne de la face externe déformées d'ailleurs. La vaste cavité porencéphalique va de la face externe d'un hémisphère à l'autre, occupe toute la région centrale du cerveau et empêche toute connexion entre les circonvolutions de la convexité et les corps opto-striés. Comme dans le cas précédent, ces derniers présentent la même disposition. Sur les coupes microscopiques sériées, on note les particularités suivantes : le corps calleux n'est représenté que par quelques fibres dans la partie antérieure de la membrane réunissant les deux hémisphères. Les lobes occipitaux sont bien développés, ainsi que leur couche sagittale, le segment rétro-lenticulaire de la capsule interne et la partie postérieure du thalamus (pulvinar, corps genouillés, tubercules quadrijumeaux).
RECHERCHES PERSONNELLES
Le segment antérieur de la capsule interne est occupé par des fibres réunissant le thalamus au lobe frontal. Au niveau du genou et dans le segment postérieur de la capsule interne, il existe, comme dans le cas précédent, un développement normal du système strio-thalamique et strio sous-thalamique et les fibres de projection corticale font complètement défaut.
Fig. 6. — Coupe horizontale de la protubérance annulaire passant par l'émergence des nerfs trijumeaux. (Méthode de Pal.)
Flp. Faisceau longitudinal postérieur. — Pcm, Pcs. Pédoncule cérébelleux moyen et supérieur. — RI. Kuban de Keil latéral. — J?m. Ruban de Reil médian. — V. Nerf trijumeau.
On constate enfin, plus nettement encore que dans le cas précédent — et cela du fait de l'âge plus avancé du sujet — l'existence de fibres qui, partant de la couche optique, se dirigent obliquement en haut et en dehors à travers le segment postérieur de la capsule interne. Ces fibres sont très nombreuses el s'arrêtent à la surface des corps opto-striés au niveau de la grande cavité ventriculaire. Ici, comme dans le cas précédent, le pied du pédoncule el l'étage antérieur de la protubérance ne contiennent pas de fibres verticales et les pyramides
CONCLUSIONS
bulbaires n'existent pas. Le ruban de Reil médian est bien développé et on le suit jusque dans la partie ventrale de la couche optique.
Ces deux cas tératologiques, dans lesquels les malformations remontent aux premiers stades de la vie embryonnaire (avant la soudure du manteau cérébral aux corps opto-striés, 2° mois de la vie intra-utérine) sont remarquables par l'absence totale de fibres de projection dans le segment postérieur de la capsule interne, par l'absence complète de fibres verticales dans l'étage inférieur du pied du pédoncule cérébral et l'étage intérieur de la protubérance et par l'agénésie complète des pyramides bulbaires ainsi qu'on peut le voir sur les figures 5 et 6 qui se rapportent au deuxième cas (hydrocéphale de 7 mois). Ils vérifient en particulier les conclusions formulées par M. Dejerine en 1893 et analysées plus haut, et d'après lesquelles toutes les fibres du pied du pédoncule cérébral viennent directement de l'écorce cérébrale ; en effet, dans ces deux cas tératologiques l'absence totale des fibres dans le pied du pédoncule prouve encore une fois que le corps strié ne lui envoie aucune fibre. Par contre, on voit de nombreux fascicules partant de la partie supérieure de la couche optique et suivant un trajet ascendant à travers le segment postérieur de la couche optique pour s'arrêter dans la substance amorphe sous-ventriculaire. Ces fibres se sont développées sans avoir d'aboutissant cortical et elles auraient peut-être subi une régression plus ou moins complète si ces hydrocéphales avaient vécu plus longtemps. Ces cas démontrent néanmoins et d'une manière péremptoire l'existence de fibres thalamo-corticales et montrent en même temps que ces fibres sont très nombreuses.
Conclusions. — Avant d'étudier les relations qui existent entre l'hémianesthésie et les lésions centrales ou corticales du cerveau, il est nécessaire de rappeler ces conclusions démontrées par l'anatomie normale et pathologique.
La couche optique est en relation avec la totalité de Vécorce cérébrale par la couronne rayonnante qui comprend deux systèmes de fibres : cortico-thalamiques et thalamo-corticales.
Les voies centripètes (ruban de Reil médian et fibres cour les de la calotte) s'arrêtent dans le thalamus, d'où repart un autre
CONCLUSIONS
système f fibres thalamo-corlicales) qui passe par la capsule interne.
Il n'existe pas de faisceau sensitif distinct dans le segment postérieur de la capsule interne ; les fibres corticopèles sont mélangées avec les autres fibres verticales ou transversales, et en particulier avec les fibres de la voie pyramidale qui occupent le genou et le segment postérieur de la capsule interne jusqu'à la région rétro-lenticulaire exclusivement.
| 2. — We riiémiancsthésie dans les lésions centrales des
hémisphères.
Historique. — Jusqu'au moment de la découverte par Fritsch et Hitzig de l'excitabilité de la zone motrice du cerveau, la doctrine de Flourens faisait de l'écorce cérébrale une masse homogène sans centres spécialisés, et c'était le plus souvent dans les masses grises situées plus bas qu'on plaçait les centres importants de l'élaboration des mouvements et de la perception de la sensibilité.
Pour la sensibilité en particulier, on admettait l'existence d'un sensorium commune, aboutissant final de toutes les impressions sensitives, qui devenaient en ce point conscientes et pouvaient ensuite être transmises à d'autres régions des centres nerveux. Vulpian(l), se basant sur des expériences physiologiques, accepte la théorie de Longet, Serres, Bouillaud, Gerdy, ,ï. Mùller, et place dans la protubérance annulaire ce sensorium commune ou, pour employer son expression, le centre perceptif des impressions sensitives, tandis que d'autres auteurs remontaient plus haut et attribuaient cette fonction à la couche optique.
C'est surtout en Angleterre que cette dernière théorie fut défendue, d'où le nom de théorie anglaise qu'on lui a donné, en opposition avec la théorie française de Longet et Vulpian. Fille fut créée par Todd et par Carpenter qui font de la couche optique le centre de perception des impressions tactiles, tandis que le corps strié doit donner naissance aux faisceaux moteurs. Elle fut défendue par Broadbent (2) qui compare la couche optique à l'axe gris de la moelle et admet que l'intégrité d'une petite portion de ce noyau suffit pour assurer la conservation de la perception sensitive, et par Jackson (3)
(1) Vulpian. Leçons sur la physiologie du système nerveux, 1866, p. 543.
(2) Broadbent. Médical Society. London, 1865.
(3) Jackson. Note on the fuuctions of the optic thalamus. Londou, Hospital Reports, 1869, t. III, p. 373.
HISTORIQUE
qui attribue dans les cas de lésions centrales du cerveau la production de l'hémianesthésie à la destruction de la couche optique et non pas à la lésion de la capsule interne. En Allemagne, cette théorie fut admise par Schrœder van der Kolk (1) ; en France, elle fut considérablement amplifiée par Luys (2). Partant d'une conception théorique de l'organisation du système nerveux, Luys admettait que les corps opto-striés sont des points communs de convergence de tout les systèmes de fibres nerveuses, qu'il divise en fibres convergentes inférieures provenant de l'axe spinal et du cervelet, et en fibres convergentes supérieures provenant de l'écorce cérébrale ; la couche optique est affectée aux fonctions de la sensibilité, elle se compose de quatre noyaux en relation : le noyau antérieur avec les fibres afférentes olfactives, le noyau moyen avec les fibres visuelles, le noyau postérieur avec les fibres acoustiques et le centre médian avec les fibres ascendantes de la sensibilité générale ; elle perfectionne et épure ces impressions centripètes qu'elle transmet à l'écorce cérébrale, où se passent les actes plus compliqués de l'intelligence et de la conscience. A l'appui de ces idées théoriques, Luys citait des observations d'hémiplégie avec hémianesthésie dans lesquelles l'autopsie montrait une lésion intéressant la couche optique.
La découverte par Fritsch et Hitzig (1870) de l'excitabilité électrique d'une région de l'écorce qu'ils nomment zone psycho-motrice, donna naissance à la doctrine des localisations cérébrales qui jusqu'alors était limitée à la connaissance du centre de l'aphasie, découvert par Broca. Pour la motilité, la pathologie humaine fournit bientôt de nombreuses observations confirmant cette théorie, et on chercha ensuite à expliquer les autres phénomènes symptomatologiques par des lésions atteignant des centres distincts ou des faisceaux en connexion avec ces centres.
C'est surtout en France que la localisation de l'hémianesthésie a été étudiée. En 1872, Charcot(3), après avoir étudié avec soin l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle observée chez des femmes hysté-
(1) ScniiŒDER van deeKolk. Pathologie vmA Thérapie der Geistcshrankheiten. BrauDschweig, 1863.
(2) Luys. llceherches sur le système nerveux cérébro-spinal. Paris, 18(55.
(3) Chaucot. Œuvres complètes, t. I, 1872, p. 278.
LOC.VLISA.TION CENTHA.LK DE L'HÉMIANESTHÉSIE
riques, est amené à faire remarquer que les troubles de la sensibilité clans les hémiplégies organiques sont nuls en général, et dans quelques cas très marqués ; on a alors affaire le plus souvent à une lésion siégeant dans les régions centrales du cerveau. Il en cite comme preuves des observations déjà anciennes de Tûrck rapportées par Rosenthal (1). D'autre part, comme on avait remarqué que l'hémianesthésie accompagne souvent des troubles anormaux de la motilité (tremblement unilatéral, hémichorée, etc.), on devait eu tenir compte dans le diagnostic clinique et la recherche de la lésion anatomique de l'hémianesthésie. C'est ainsi qu a l'occasion d'un malade présenté par M. M a gn an (2) et qui était atteint à la suite d'excès alcooliques d'un tremblement unilatéral et d'une hémianesthésie sensitivosensorielle complète, Charcot parle de ses recherches personnelles sur ce sujet; il cite des cas dans lesquels l'hémiplégie se compliquait de mouvements choréiformes et d'hémianesthésie de la sensibilité générale avec intégrité des sens spéciaux, et le résultat des autopsies lui permet de conclure que « l'anesthésie est très prononcée dans les lésions de la couche optique et manque habituellement dans les lésions du corps strié » ; « il doit exister dans les centres nerveux un point dont la lésion produit l'hémianesthésie de la sensibilité générale ; quant à l'hémianesthésie des sens spéciaux, il est fort difficile de concevoir son mode de production » (3).
L'insuffisance des connaissances anatomiques sur les voies de la sensibilité et la complexité des lésions notées dans les observations de Jackson, de Luys, de Charcot ne permettaient pas de faire une localisation plus précise. Le mémoire de Turck (4), dont on donna une traduction peu de temps après, comprenait également quatre cas avec des lésions en foyer plus ou moins étendues, portant en général sur les parties postérieure et externe delà couche optique, la troisième portion du noyau lenticulaire, la partie postérieure de la capsule interne et la partie correspondante de la substance blanche du lobe
(1) Bosenthal. Wochcnblatt der Wiener Aerzte, 1870.
(2) Magnan. Société de biologie, 1G mars 1872.
(3) Charcot. Société de biologie, 16 et 23 mars 1872.
(4) Tûrck. Ueber die Beziehung gewisser Krankheitsherde des grossen Gehirnes zur Anasthesie. Sitiungsberichte der math-natur. Masse der Akadcmic der Witsenschaften. Wien, Bd XXXVI, 1859. Analyse dans : Progrès médical, 1873, p. 117 et Œuvres de Cltareot, 2» édition, t. I, p. 315.
HISTORIQUE
supérieur : la couche optique y était notée deux fois lésée et deux fois intacte.
Ainsi se trouve posé à cette époque ce problème avec ses deux propositions fondamentales : L'hémianesthésie par lésion organique estelle, au point de vue clinique, absolument semblable à l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle des hystériques ? Cette symptomatologie estelle due à une lésion de la couche optique ou à l'interruption des faisceaux blancs qui passent par la capsule interne ?
La réponse à la première question fut bientôt donnée par la publication d'une série d'observations cliniques. Les premières et les plus importantes sont celles de M. Magnan (1) ; il ajoute au premier fait cité plus haut un certain nombre d'autres cas dans lesquels on observait une hémianesthésie presque absolue de la sensibilité cuta- • née , de la sensibilité profonde et du sens musculaire, s'étendant aussi aux muqueuses et aux sens spéciaux ; il y avait en particulier de l'amblyopie du côté de l'hémianesthésie et parfois de la dyschromatopsie ; les troubles de la motilité chez ces malades s'amélioraient parfois rapidement, tandis que l'anesthésie persistait, ou bien les deux ordres de symptômes, moteurs et sensitifs, suivaient une marche parallèle. Le début se faisait souvent par un ictus apoplectiforme, et, d'après M. Magnan, ces symptômes doivent être soumis, malgré l'absence de vérification anatomique, à la même interprétation que ceux de Tùrcketde Gharcot ; on peut supposer chez ces alcooliques une lésion centrale du cerveau et plus spécialement de la partie inférieure delà couronne rayonnante, qui est en réalité la région la plus souvent compromise.
Bien que la symptomatologie des cas vérifiés à l'autopsie fût loin d'être aussi nette, on pouvait en la complétant ainsi par ces observations cliniques, admettre l'analogie complète de l'hémianesthésie relevant d'une lésion organique avec l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle observée chez les femmes hystériques (Veyssière, Rendu).
On sait quel fut le résultat de cette affirmation pour l'interprétation des troubles visuels dans les lésions cérébrales. On fut obligé d'admettre que l'hémiopie n'existe que lorsque la bandelette optique est
(1) Magnan. Hêmianestliêsîe delà sensibilité générale et des sens dans l'alcoolisme chronique. Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 1873, uos 46 et 17.
LOCALISATION CENTRALE DE l'hÉMUNESTHESIE
atteinte, et qu'au delà un foyer central produit del'amblyopie croi avec rétrécissement du champ visuel, ce que Charcot expliquait par un second entrecroissement partiel des voies visuelles dans la région des tubercules quadrijumeaux (1).
En même temps, la localisation anatomique de l'hémianesthésie, indécise encore et rapportée le plus souvent à la couronne rayonnante et à la couche optique, devient plus précise. Les recherches anatumiques de Mey nert et de Hugue nin sont connues à cette époque (2) et on admet l'existence du faisceau sensitif qui passe par le segment externe du pied du pédoncule et la partie postérieure de la capsule interne avant de se diriger vers les circonvolutions postérieures du cerveau. L'hémianesthésie cutanée croisée s'explique par la lésion de ce faisceau, mais bien que Huguenin n'en eût pas très exactement indiqué la topographie, le dessin schématique dans lequel il le montre se recourbant dans la partie postérieure de l'expansion pédonculaire obligeait à abaisser un peu le niveau de la localisation, et à partir de ce moment on parle moins de la couronne rayonnante et on met surtout en cause la partie postérieure de la capsule interne.
Expérimentalement on pouvait chercher à produire la section de cette partie postérieure de l'expansion pédonculaire; c'est ce que fait Veyssière(3), qui opère en faisant passer par un trocart un ressort dont la torsion produit la dilacération des fibres, et le résultat de ses expériences et de celles de Carville et Dur et (4), malgré les lésions complexes produites par l'opération, fut regardé comme la preuve que l'hémianesthésie est liée à la section des faisceaux postérieurs de la capsule interne.
(1) Charcot. Œuvres complètes, t. TV, 1893, p. 128.
(2) Meynbet . StricJier'8 Handbuch der Lehre von den Gemeben, 1871 . Huguenin. Allg . Pathologie der Erankheiten, 1873, p. 119. Bournuville. De l'hémianesthésie liée à une lésion d'un hémisphère du cerveau. Progrès médical, 1873, p. 244.
Berger. Distribution et parcours des différents ordres de fibres pénétrant dans la composition de l'axe cérébro-spinal d'après quelques travaux modernes. Arch. de physiologie, I874,p. 383.
(3) Vgyssière. Recherches expérimentales à propos de l'hémianesthésie de cause cérébrale. Arch. de physiologie, 1874.
(4) Carville et Duret. Sur les fonctions des hémisphères cérébraux. Arch, de Physiologie, 1875.
HISTORIQUE. — LE CARREFOUR SÉNSITlF
Aussi un grand nombre de travaux et de thèses publiés à cette époque nefont que confirmer cette localisation (Virengue (1), Veyssière(2),Pierret (3), Lépine (4), Rendu(5), Pitres (6), Raymond, Lafforgue (7), Balle t (8), etc.). Dans la plus grande partie des cas rapportés dans ces publications, on remarque que la couche optique est lésée en même temps que la capsule interne et qu'ils ne sont donc pas plus démonstratifs que les premières observations de Tùrck et de Charcot; et cependant, sous l'influence des idées régnantes, ils sont constamment interprétés dans le sens de la localisation capsulaire.
En combinant ainsi l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle observée cliniquement sans contrôle anatomique, et l'hémianesthésie fruste des cas anatomo-cliniques, on arrivait à cette conclusion : « Dans les localisations cérébrales, la capsule interne seule donne par sa lésion des symptômes permettant une localisation exacte. Au niveau du tiers postérieur de cette région, une lésion produit une anesthésie portant sur la sensibilité générale et spéciale ; elle peut exister seule, mais si la lésion s'étend plus en avant, elle produit une hémiplégie. Cette hémianesthésie est la seule localisation centrale connue aujourd'hui (9). »
C'est la doctrine du carrefour sensitif. Ce dernier devait être peu étendu dans le sens de la hauteur ; en effet, au-dessous, dans le pédoncule cérébral, on admettait qu'une lésion ne pouvait pas donner une hémianesthésie complète, les sens spéciaux en étant exclus ; et au-dessus de ce carrefour, l'épanouissement des fibres de la couronne rayonnante et le trajet divergent des fibres de la sensibilité générale et des fibres des sens spéciaux devaient également s'opposer à la réali-
(1) Virengue. De l'hémianesthésie. Thèse de Paris, 1874.
(2) Vbyssièee. Recherches cliniques et expérimentales sur l'hémianesthésie de cause cérébrale. Thèse de Paris, 1874.
(3) Pieeket. Société anatomique, 1874, page 700.
(4) Lépine. De la localisation dans les maladies cérébrales. Thèse d'agrégation,
(5) Rendu. Las anesthésies spontanées. Thèse d'agrégation, 1875.
(tî) Pitres. Sur l'hémianesthésie d'origine cérébrale. Société de biologie, 1876.
(7) Lafforgue. Etude sur les rapports des lésions de ta couche optique avec VhénidaneithéxîB d'origine cérébrale. Thèse de Paris, 1877.
(8) Ballet . Recherches sur le faisceau sensitif et les troubles de la sensibilité, etc. Thèse de Paris, 1881.
(9) Charoot. Société de biologie, 1876, p. 256.
LOCALISATION CENTRALE DE ï/lIKMIANESTliÉSIE
sation de l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle. Par contre, on admettait l'existence d'une région placée dans le segment postérieur de la capsule interne, entre le faisceau moteur et le faisceau sensitif, et dont la lésion était en relation avec la production de l'hémichorée de l'hémiathétose, du tremblement unilatéral, etc. (Raymond) (1).
Il n'est pas nécessaire de rappeler que cette théorie du carrefour sensitif est restée intacte jusqu'à présent, ni de citer les thèses plus récentes et les nombreux ouvrages d'anatomie et de pathologie dans lesquels elle est exposée.
En dehors de l'école de la Salpêtrière, cette localisation paraissait moins certaine. Meynert, en même temps qu'il décrivait le faisceau sensitif, faisait cependant arriver à la couche optique une partie des fibres ascendantes et comme ce noyau gris, d'après lui, devait être en relation, d'une part avec l'écorce, et d'autre part avec le champ moteur de la calotte, il en faisait un centre pour les réflexes d'ordre élevé (2). C'est également l'opinion de Bechterew (3), et de Nothnagel. Ce dernier dans ses recherches expérimentales (4), après avoir fait des injections interstitielles dans la couche optique, n'obtient aucun trouble moteur ou sensitif appréciable, mais seulement une altération du sens musculaire ; d'autre part, dans ses études sur les localisations cérébrales chez l'homme (5), il préfère, comme la plupart des pathologistes allemands, ne pas prendre position dans cette question et il conclut que « s'il est peu probable que les lésions de la couche optique engendrent de l'anesthésie, on ne peut cependant mettre l'ensemble des faits d'accord avec cette opinion ».
Documents actuels. — Que sont devenus les différents termes
(1) Raymond. Étude anatomique, physiologique et clinique sur l'hémichorée, l'hémianesthésie et les tremblements symptomatiqucs. Thèse de Paris, 1S76.
(2) Meynekt. Eine Diagnose iiber Sehhiigelerkrankung. Medi:. Jahrbiiehr, 1872. — Psychiatrie Klinik der Kranlteiten des Vorderhirns. Wien, 1884, p. 149.
(3) Bechterew. Die Functionen der Sehkûgel. Neurol Central!)., 18S3. — Die Bedeutung der Sehbiigel auf Grund von experimentellen und pathologischen Daten. Virchow's Archir, 1887, Bd 110.
(4) Nothnagel. Experirnentelle Untersuchungeu iiber die Functiouen des Gehirns. Virchow's Archiv, 1873, Bd. 52.
(5/ Nothnagel Topische Diagnostih der GehirnkranMuiitcn, 1879. Traduction française : Traité clinique du diagnostic des maladies de l'encéphale, 1885, p. 220.