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MÉTHODE EXPÉRIMENTALE

tact et dépression, la perte des représentations de position et de mouvements et de celles du toucher; les prétendus centres corticaux forment la sphère sensïlioe (Fùhlsphaerc) et les mouvements sont les résultats de l'évocation des images ou représentations mentales de la sensibilité générale et de la motilité (1).

Toutes ces théories, dans cet énoncé que l'on a le droit de trouver un peu abstrait, cherchent donc à expliquer les fonctions de la zone excitable par des propriétés diverses réunies en ce point, mais en général elles accordent peu d'importance aux fonctions motrices proprement dites. François-Franck (2) arrive à une conclusion presque analogue : Les centres moteurs sont plutôt des centres d'association volontaire qui envoient une incitation motrice aux véritables centres qui sont les cellules nerveuses du bulbe et de la moelle. Ils sont cependant indépendants du reste de l'écorce, car après la circonvallation ou isolement de ces centres, ils conservent leurs propriétés, et ne les perdent que par l'ablation.

D'autres physiologistes ont, au contraire, tenté de localiser les représentations corticales du mouvement et de la sensibilité dans des régions distinctes. Ferrier, dès le début de ses recherches expérimentales, sépare nettement les centres moteurs des centres de la sensibilité générale ; cette dernière doit être localisée à la face interne du cerveau dans la région de l'hippocampe et dugyrus fornicatus (3). On a objecté avec raison qu'une lésion de cette région ne peut se faire sans atteindre en même temps les fibres qui viennent de la région motrice. PourBecht ere\v(4). il existe bien de véritables centres moteurs dans le gyrus sigmoïde, mais la sensibilité tactile, douloureuse et musculaire est localisée plus en arrière, dans la région correspondante

(1) Munk. Ueber die Functioncn der Grossliirnrinde, 1" édition, 1S81; 2e édit.,

(2) François-Franck. Système nerveux (Physiologie). Dict. eno/clop., 2e série, XII, 577.

François-Franck. Les fonctions motrices dit, cerceau, 1887, p. 299.

(3) Ferkier. Croonian, Lectures, 1875.

Les fonctions du cerceau. Edit. française, 1878, p. 282. Leçons sur les localisations du cerveau. Edit. française, 1880.

(4) lÏECHTEREW. CJeberdie Localisation der Hautsensibilitiit uud des Muskelsinncs an der Oberfliiche des Grosshirnhemisphiiren . Murolog. Centrait . , 1888, n° 10. — Wie sind die Erscheinungen zu verstehen. die nach Zerstorung des motorischen Rindenfeldes der Thiere auftreten. Arch. fiir die gesammte Physiologie, 1885, Bd XXXV, p. 137.

LOCALISATION CORTICALE DE l'hÉMIANESTHÉSIE

aux circonvolutions pariétales chez l'homme ; il est même possible que la sensibili té tactile n'ait pas la môme localisation que les sensibilités douloureuse et musculaire.

C'est à Tripier (1) que l'on doit la démonstration expérimentale de la zone seiisitivo-motrice : l'ablation du syrus sigmoïde chez le chien produit des troubles de la mobilité et de la sensibilité générale qui coexistent, mais les troubles de la mobilité ne sont pas la conséquence des troubles sensitifs.

Luciani, Tamburini, Seppilli admettent également cette association des fonctions motrices et sensitives dans les centres psychomoteurs (2), et plus récemment, Schàfer, Horsley (3), Mott (4) en opérant sur des singes ont insisté sur la fréquence des troubles sensitifs qui accompagnent les phénomènes paralytiques proprement dits, consécutivement à l'ablation d'une zone limitée de l'écorce cérébrale.

Les expériences faites sur des animaux plus perfectionnés ont donc confirmé les idées de Tripier. On est arrivé ainsi à localiser la sensibilité et à affirmer en même temps la fonction motrice de la zone excitable. On ne suppose plus que la faible intensité des troubles moteurs soit un obstacle à cette théorie et on a reconnu l'importance de cet axiome : Les fonctions du cerveau ne sont pas comparables d'une espèce animale a Vautre. C'est ce que disaient déjà en 1878 Luciani et Tamburini. « L'ablation produit des phénomènes paralytiques et non ataxiques ; ils sont d'ailleurs transitoires, mais durent d'autant plus longtemps que l'animal appartient à une espèce plus développée et que les mouvements abolis sont plus complexes. » A la même époque Richet (5) écrivait : « Les paralysies corticales

(1) Tripier. Congrès international de médecine. Genève, 1877.

Recherches cliniques et expérimentales sur l'anesthésie produite par les lésions

des circonvolutions cérébrales. Bévue mensuelle de médecine et de chirurgie, 1880, noa 1 et 2.

(2) Luciani et Tamburini. Ricerche speriinentali sulle funzioni del cervello.

Bivista sperimentale di freniatria, 1878, 1879, IV, V. Luciani et Seppilli. Le Localisazioni fumionali délie cer vello. Napoli, 1855.

(3) Horsley. Nineteenth, Centnry, 1891.

(4) Mott. British Médical Journal, 23 septembre 1893, p. 685.

(5) Richet. Structure des circonvolutions cérébrales. Thèse d'agrégation, 1S78, p. 146 et 148.

HISTOIUQUE. — MÉTHODE A.NA.TOMO-CLINIQTJE 111

sont transitoires chez le chien, elles sont permanentes chez le singe et chez l'homme. L'appareil psycho-moteur est imparfait et mal isolé chez le chien. Il représente un appareil de perfectionnement qui se développe tardivement et ne survient que chez les animaux très supérieurs. »

Ce n'est pas seulement pour les centres corticaux que cette conclusion s'impose, mais aussi pour les fibres qui en partent. On sait que l'importance des pyramides motrices n'est pas la même chez l'homme et les animaux, et qu'une section des deux pyramides chez le chien ne produit que des trouhles à peine appréciables de la motilité (Brown-Séquard, Schiff, Starlinger (1), Redlich (2), Wertheimer (3)].

Ce perfectionnement des fonctions cérébrales dans la série animale se rattache à la loi de la division du travail physiologique qui sert aujourd'hui de base aux classifications zoologiques, et sans entrer dans plus de détails, il est cependant nécessaire de le rappeler à propos des localisations cérébrales expérimentales. Si les fonctions motrices ou sensitives semblent à peine affaiblies après l'ablation d'un centre moteur chez le chat ou le chien, on ne peut en conclure qu'il faut chercher ailleurs leur localisation. Une fonction cérébrale ne doit pas forcément être conservée ou disparaître en entier ; la motilité et la sensibilité doivent comprendre des processus multiples et plus ou moins compliqués, pour lesquels la suppléance par d'autres éléments fonctionnels se fait probablement dans des proportions variables. Ce n'est d'ailleurs pas seulement en physiologie expérimentale qu'il faut tenir compte de ces faits, c'est aussi dans l'étude des localisations cérébrales chez l'homme.

En résumé : la méthode expérimentale ne conclut pas en faveur d'une localisation corticale différente pour la motilité et pour la sensibilité.

11° Méthode anatomo-clinique. — A la suite des premières recherches sur les localisations cérébrales, on n'a accordé qu'une faible importance, aux troubles de la sensibilité qui peuvent se mani-

(1) Staulinuek. Die Durschneidung beider Pyramiden beim Hunde. Neur. Centrait., 1895, ]i. 390.

(2) Riîdlich. Nmrol. Centrale., 1897, p. 818.

(3) Wertheimer. Dictionnaire de Physiologie, article Bulbe, p. 279.

LOCALISATION CORTICALE DE iAlICMIANESTHKSIE

fester en dehors d'une lésion centrale capsulaire. Les observations cliniques paraissaient prouver que dans ce cas ils ne pouvaient être que passagers et de faible intensité, et môme manquer complètement ; (Charcot, Rendu, Lépin e) ; on expliquait ce fait par la disposition anatomiquc du faisceau sensitif qui, ramassé dans la capsule interne, doit s'épanouir dans la couronne rayonnante, et comme on admettait la terminaison de ce faisceau dans les circonvolutions postérieures du cerveau, on supposait avec Charcot (1) que les centres delà sensibilité générale et du sens musculaire étaient séparés des centres moteurs, et pour Cl. de Boyer (2) ils devaient « siéger dans la zone latente pour la motilité sans qu'on puisse établir leur existence et à plus forte raison leur localisation ».

Nothnagel (3) de son côté, en faisant le relevé de tous les cas anatomo-cliniques publiés à cette époque, pense à localiser la sensibilité générale dans le lobe pariétal, mais sans être bien affirmatif : « S'il est admissible, dit-il, que les circonvolutions pariétales, abstraction faite de la pariétale ascendante, doivent entrer les premières en ligne de compte à propos des troubles de la sensibilité, d'autre part on ne connaît aucun cas dans lequel une lésion de surface pure se soit accompagnée d'anesthésie persistante ; les troubles de la sensibilité n'ont encore aucune signification pour le diagnostic des lésions de surface. »

Tripier (4) au contraire admet qu'il existe chez l'homme, comme chez les animaux, une zone sensitivo-motrice servant en même temps à l'élaboration des mouvements volontaires et à la perception des sensations périphériques. On doit, d'après lui, admettre que les lésions de la zone dite motrice donnent naissance à des troubles de la motilité et à une diminution de la sensibilité ; et il le démontre par des observations de lésions des circonvolutions motrices dans lesquelles les circonvolutions postérieures et la région centrale du cerveau sont intactes.

(1) Charcot. Œuvres complètes, tome IV.

(2) Clauzel de Boyer. Études topographiqiws sur les lésions corticales des hémisphères cérébraux. Thèse de Paris, 1879.

(3) Nothnagel. Traité clinique du diagnostic des maladies de l'encéphale, édition française, page 441.

(t) Tripier. Loc. cit.

HISTORIQUE

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