CHAPITRE PREMIER
Les voies de conduction de la sensibilité dans la moelle épinière.
L'étude des voies de conduction de la sensibilité dans la moelle, quelle que soit la méthode que l'on emploie, prend comme point de départ les racines rachidiennes postérieures. En effet, on sait, depuis les recherches expérimentales de Ch. Bell, Longet, Magendie, Cl. Bernard, que les racines antérieures de la moelle transmettent la motilité, tandis que les racines postérieures sont sensibles aux excitations et apportent à la moelle les impressions sensitives recueillies par les nerfs périphériques; plus tard, Waller, en étudiant l'état des racines spinales après une section expérimentale, établit le sens de leurs dégénérescences secondaires, centrifuges pour les racines antérieures, centripètes pour les racines postérieures ; enfin l'embryologie a prouvé que les fibres radiculaires postérieures proviennent, comme les nerfs sensitifs périphériques, des cellules en T des ganglions spinaux et qu'elles sont par conséquent d'origine extrinsèque (His).
Pendant longtemps, cette étude de la conduction de la sensibilité dans la moelle est restée dans le domaine de la physiologie expérimentale. Malgré l'usage des coupes microscopiques fines, l'histologie normale ne pouvait donner que la morphologie exacte de la substance grise et des faisceaux blancs dans les différentes régions de la moelle (Stilling, Deiters) ; elle distinguait les fibres radiculaires internes et externes des racines postérieures et, dans la substance grise, les fibres qui s'arrêtent dans les cornes postérieures et les fibres réflexes qui vont jusqu'aux cellules des cornes antérieures ; mais dans les cordons postérieurs on ne pouvait, par ce procédé, suivre le trajet des fibres radiculaires internes ; l'interprétation de ces résultats incomplets revenait aux physiologistes.
VOIES SENSTTIVES MÉDULLAIRES
Pour comprendre l'importance des travaux publiés sur ce sujet pendant un demi-siècle par la physiologie expérimentale pure, on peut se reporter au résumé que Vulpian (1) en a fait en y ajoutant le résultat de ses recherches personnelles.
11 est évident que dans les expériences sur les animaux, on ne juge le plus souvent de l'état de la conduction sensitive que par les manifestations de la douleur, conscientes ou inconscientes (dilatation de la pupille, modifications de la tension vasculaire, etc.), ou par les mouvements de défense que fait l'animal, et il est difficile de faire la part des mouvements réflexes et des manifestations conscientes ; il est évident aussi, et l'étude des localisations cérébrales a largement contribué à compléter cette doctrine, que les phénomènes fonctionnels ne sont pas tous comparables d'une espèce à l'autre ; ils se perfectionnent et surtout se spécialisent à mesure qu'on remonte dans la série animale. Mais tout en faisant ces restrictions, il faut reconnaître qu'après toutes les découvertes dues à l'anatomie pathologique et à l'histologie fine des centres nerveux, la neurologie conçoit actuellement le problème de la conduction de la sensibilité dans la moelle à peu près de la même façon que la physiologie expérimentale il y a vingt ans. Cette dernière, après de longues recherches sur l'excitabilité des cordons et la transmission de la sensibilité par les différentes parties de la moelle, pouvait déjà, avecCalmeil, Stilling, Brown- Séquard, Schiff, affirmer le rôle considérable delà substance grise dans cette fonction; d'autre part, Vulpian insistait avec raison pour qu'on n'acceptât pas sans réserves l'hypothèse d'une transmission distincte du contact et de la douleur par la substance grise et par les cordons postérieurs ; il s'opposait également à l'explication du syndrome de Brown-Séquard par un entrecroisement des voies sensitives à leur entrée dans la moelle.
Nous verrons qu'actuellement encore c'est sur ces divers sujets que porte la discussion.
| 1. — Documents anatomiques.
La méthode des dégénérescences secondaires a été la première à
(1) Volpian. Article Moelle (Physiologie). Bict. encyclopèd. des Sciences viédicales, 1877.