s. Lig., Vrr. épouse de J.-C, xv, § i
154 DE l'oraisow
La charité est à son enfance dans les commençants, elle grandit dans la voie illuminative, et trouve son plein épanouissement et son règne dans la voie unitive. Les actes de cette vertu conviennent donc excellemment aux âmes qui ont déjà dépassé la simple méditation ; mais celles qui sont encore aux débuis dans le chemin de l'oraison peuvent et doivent faire aussi des actes d'amour ; car la charité parfaite, étant commandée à tous, n'est impossible à personne. Les âmes, plus purifiées, plus détachées, plus ornées de vertus, réussiront mieux dans l'exercice du saint amour ; cependant les autres peuvent s'y essayer, et Dieu leur tiendra compte de leurs bons désirs, de leurs efforts et du regret qu'elles ont de ne pouvoir mieux aimer.
Amour d'affection où le cœur s'épanche dans le cœur du Bien-Âimé. A la vue des perfections de Dieu, et spécialement de sa beauté et de sa bonté, l'âme s'éprend de Dieu, le met dans son estime audessus de tout, l'admire, et le loue (les psaumes sont pleins de ces divines louanges) ; elle le regarde avec complaisance, soupire après lui, le cherche amoureusement, le veut et ne veut que lui ; elle se réjouit de ses perfections, de la gloire qu'il trouve en luimême et dans ses créatures, elle s'afflige de le voir méconnu, oublié, offensé, haï et persécuté, et s'armant de zèle, elle voudrait renverser ses ennemis et les mettre en adoration devant Celui qui atout son cœur. Notre-Seigneur sera spécialement l'objet de ces actes : ses perfections divines l'en rendent infiniment digne; comme homme-Dieu, il est notre
CHAPJTHB IV 155
Sauveur, notre modèle, notre béatitude, notre tout.
La sainte humanité met la divinité à notre portée, et lui donne auprès de nous un charme incomparable. C'est Dieu devenu notre frère, notre ami, notre époux, le conquérant des cœurs.
C'est par ces actes et autres semblables que l'âme s'épanche en son Bien-Aimé. Comme ils seraient beaucoup trop élevés pour les commençants, ceuxci peuvent se contenter d'abord de la formule usitée et dire à Dieu tout simplement qu'ils l'aiment et qu'ils voudraient l'aimer davantage.
Amour d'action qui tend à se traduire dans la conduite. La preuve de la véritable affection n'est pas dans les belles paroles ou les douces émotions, mais dans les œuvres. G'e.st pourquoi, tout en répandant notre cœur dans le cœur de Notre-Seigneur, nous devons plus encore nous efforcer de mettre notre volonté à l'unisson de la sienne. Dès lors que nous aimons Dieu, nous aspirons à lui faire plaisir, à nous concilier son amitié ; et le vrai moyen, c'est de n'avoir qu'un même vouloir et non vouloir avec lui. Nous nous efforcerons donc de dire à Dieu, dans toute la sincérité de notre âme : « Mon Dieu, je vous aime, je veux vous faire plaisir et gagner votre cœur ; et c'est pourquoi je veux tout ce que vous voulez, je hais tout ce qui vous déplaît. Telle faute, telleimperfection, telle attache, telle mauvaise inclination vous oHènsent encore en moi ; je veux, avec votre sainte grâce, les faire disparaître, aidez-moi , vous désirez de moi tel sacrifice, je veux enfin m'y résoudre, donnez-moi la force ».
156 DE l'oraison
Parmi toutes les volontés de Dieu, nous aimerons surtout nos règles et les ordres de nos supérieurs, qui sont nos devoirs d'état ; nous nous résignerons de bon cœur aux dispositions de la Providence qui nous imposent des sacrifices, comme maladie, infirmités, sécheresses, peines morales, etc. Car tout cela nous est un vouloir divin plus intime et plus personnel. Dire à Dieu qu'on l'aime pleinement et regimber contre ses volontés, c'est lui mentir en face et nous bercer d'une illusion ; non, cette alfection n'est pas sans réserve, nous aimons Dieu avec mesure, nous lui marchandons notre dévouement. Mais si nous voulons tout ce qu'il veut, comme il le veut, parce que nous désirons réjouir Notre- Seigneur et lui plaire, cet amour est mille fois plus amour que les affections les plus tendres.
« Conformément à cette doctrine, dit le P. Desurmont, et pour achever la conversion du cœur par l'oraison, notre saint (Alphonse de Liguori) demande qu'à l'acte d'amour proprement dit on ajoute ceux qui attaquent de plus près la volonté : c'est-à-dire le renoncement, la résignation, la conformité et l'offrande ; de telle sorte que l'âme dise : Seigneur, je vous aime, je renonce à ma volonté, je me résigne à la vôtre, je veux tout ce que vous voulez, je m'offre tout à vous, disposez de moi selon votre bon plaisir *. »
L'oraison ainsi faite est une oraison radicale : l'habitude de la confession spirituelle fera disparaître