‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 161 sur 321 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

gue habitude de la méditation que l'âme se trouve amenée à diminuer les considérations, puis à les supprimer presque entièrement pour se contenter d'un simple regard ou à peu près. L'oraison de simplicité marque donc, pour l'ordinaire, un long chemin déjà parcouru ; c'est le terme normal où aboutit l'oraison discursive, et il n'y a personne qui ne puisse espérer y parvenir à la longue, par la pratique généreuse de la prière mentale et de la vie spirituelle. Nous avonsdéjà fait remarquer que, dans les ordres contemplatifs, on y arrive vite et comme naturellement. Les âmes y deviennent facilement pures et les cœurs aimants. A force de méditer, de lire et d'entendre la parole de Dieu, on sent le besoin de se l'assimiler dans de pieux colloques ; l'esprit est saturé, le cœur veut parler à son tour. La longueur des offices où il est difficile de s'occuper par des méditations suivies, la sainte habitude des oraisons jaculatoires au travail et un peu partout, accoutument insensiblement l'âme à préférer des entretiens affectueux avec Dieu. « On a fait oraison pendant de longs siècles, avant de se livrer méthodiquement à la méditation comme on fait de nos jours. Bien plus, les règles des ordres religieux les plus fervents ne paraissaient pas considérer l'oraison comme un exercice à part* ». On se pénétraitdespenséesexpriméespar le saint Office ou l'Écriture, on les ruminait doucement dans les moments de liberté. Au chœur, on

\, Abbé Saudreau, I. Degré$, l Ul, 3* partis, c. m.

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faisait dès pauses entre les psaumes, et chacun priait en son parliculier ; dans un temps aussi restreint, ce ne pouvait être une méditation. Les oraisons jaculatoires étaient en grand honneur ; plusieurs Pères avaient coutume d'en faire quelques centaines par jour, leur nombre même indique ce qu'elles devaient être. Saint Benoît conseille de vaquer fréquemment à la prière privée ; mais il ne prescrit aucun temps, peut-être parce qu'en tout temps et en tout lieu on pensait aux choses célestes. Sa vie montre cependant qu'à Subiaco, chacun s'adonnait à cet exercice après la psalmodie^ . En tout cas, il n'assigne aucune méthode, il se contente de blâmer la multitude des paroles, et de recommander la pureté du cœur et la componction des larmes 2 , De tous ces faits, peut-être serait-on fondé à augurer que les Anciens se livraient surtout aux oraisons affectives.

Les âmes aimantes arriveront vite à une forme de prière où le cœur agit plus que l'esprit. C'est l'amour qui fait l'oraison de simplicité, tantôt se nourrissant par un regard silencieux, tantôt débordant en sentiments affectueux et en généreuses résolutions. Aimons, et nous trouverons facilement à nous occuper; et quand toute notre prière se passerait à redire, avec ou sans variantes, notre tendresse et notre dévouement, c'est un refrain dont le coa^v ne se lasse guère.

t. S. Grég., II. Dial., iv.

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