CHAPITRE IX
Les âmes simples, et celles qui ont peu d'imagination, de mémoire ou de connaissances, n'ont ni le goût ni les moyens de chercher des idées suivies et des raisonnements bien enchaînés; elles sont réduites presque forcément, si elles veulent faire l'oraison mentale, à penser à Dieu très simplement, à regarder plutôt qu'à méditer. C'est le contraire pour les esprits prompts et cultivés: souvenirs, images, pensées viennent à flots ; la variété captive, un regard toujours le même paraîtrait d'une monotonie désespérante ; on est tenté de faire de l'oraison une étude et un discours, et de laisser tant parler son esprit que le cœur n'a presque pas le temps de s'épancher devant Dieu ^ .
Art. 6. — Règles de conduite.
I. Avant Voraison. — On ne peut pas demander que tous nos entretiens avec Dieu soient préparés d'avance et roulent sur un sujet bien déterminé. Mais, pour nos oraisons régulières et pendant les intervalles, il nous sera bon de choisir un sujet, d'avoir quelques idées toujours prêtes, de prendre un livre au besoin, surtout au début de l'oraison, afin de faciliter l'attention amoureuse à Dieu et d'alimenter le colloque afTectueux, jusqu'à ce que l'expérience ait montré que ces moyens ne servent plus de rien. L'âme, arrivée à ce degré d'oraison, préfère des pu-
i. P. Poulain, Grâces d'or., Il, § 2, xï* 25 et suiv.
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jets courts, pieux, affectifs, conformes à ses tendances d'amour et d'union, comme il s'en trouve parloul dans « riinilalion de Jésus-Christ », dans « U's \'isites au Saint-Sacrement » et d'autres ouvrages ue saint Alphonse. Elle sait par expérience quelles pensées lui font plus de bien ; à force de les ruiiiitier, elle se les rend tellement familières qu'elle est toujours préparée * .
11. Pendant Vorahon. — Il va deux écueils à éviter : 1" Le premier consisterait à supprimer de parti pris les coiisidéraliocis et les affections, comme le pratiquaient les quiétistes.
Sainte Théièse 2 , s'appuyant sur saint Pien^' d'Alcantara, enseigne avec raison qu'on ne doil jamais se faire violence pour supprimer les raisonnemenls et suspendre l'esprit. « L'effort que l'on s'impose pour ne point penser fera peut-être penser davantage »; il rendra a l'imagination plus inquiète »; « u'^us demeurerons là sottement inactifs » ; « l'âme reste dans un désert, en proie à une grande sécheresse, froide comme les êtres privés de raison .. l'oiaison mentale échappe et Ton ne s'élève pas à la contemplation». Il faut donc méditer, jusqu à ce que « Dieu, élevant l'âme à une oraison plus haute, la tienne unie à lui par l'amour ».
\ \ . F'unlain, Grâces cTor., c. 11, § 4, n. (>4.
2. Sie I lipiese, lie, xu. Château, IV' dem., C- m - Voir P. Surin. Cat. Spir., I"-* part , c. ui. — Courbon, Inslr fam. or. ment., -2« paît., 2« inst. et 3* p. 2« inst. Vie du P. Baltb. Alvarez, xu. — S. Jean de la Croix, l""" Auif, x.