CHAPITRE III
qui épouvante la nature, mais dont l'âme ne voudrait jamais sortir, parce qu'elle en connaît le charme et le prix. Il est relativement bref et ne dépasse pas quelques heures ; la vie y court un véritable danger et par les tortures qui le constituent, et par le violent ravissement qui le termine. Heureuses les victimes que tourmente ce mal divin ! Hélas ! oserionsnous dire que nous avons jamais aimé Dieu ?
Ces saintes violences arrachent l'âme à tout le créé ; l'effroi qu'elle éprouve à la vue de ses misères extirpe les dernières racines de l'orgueil ; le creuset de l'amour divin achève de consumer tout ce qu'il restait d'humain ; les facultés, réduites à un vide plus profond, sont devenues souples et dociles pour recevoir l'^tion de Dieu ; désormais, l'âme est purifiée, disciplinée, illuminée, embrasée ; elle est prête à la parfaite union divine.
En -résumé, c'est la contemplation elle-même qui tantôt obscurcit, dessèche, torture et purifie les âmes, tantôt les investit d'une pure lumière et les inonde d'un amour savoureux. Elle diversifie ses effets, selon les dispositions de 1 âme ; un même feu produit de suite une flamme claire et ardente, si le bois est sec ; mais il commence par noircir, dessécher et préparer un bois vert, avant de l'envelopper dune flamme pure et délicieuse ^. Cela dépend aussi de la volonté de Dieu, qui, toujours sage et miséricordieux, communique à la contemplation
t. Auir, liv. II, c. X.
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une activité tantôt purgative, tantôt illuminative et embrasante. Il sait faire succéder le Tliabor au Calvaire, humilier Tâme et l'anéantir en la crucifiant, la réconforter et la préparer à de nouvelles épreuves en se manifestant. Dans la douceur de ces rencontres, les agonies passées se dissipent comme un songe et s'oublient ; l'âme sent cependant comme d'instinct que le Calvaire l'attend encore, parce qu'elle n'a pas fini de mourir ; car ces épreuves ne cesseront entièrement que lorsque le feu de la contemplation ne trouvera plus rien à purifier et que les facultés seront bien disciplinées. Si l'action divine est plus forte et l'âme plus docile, l'épreuve sera moins longue ; que 1 ame s'y prête avec courage et ne se plaigne pas ; la rigueur et la durée de ces peines mystérieuses annoncent et préparent les hautes ascensions dans l'oraison et la perfection.
Est-il besoin de faire observer que la purification passive des sens marque les premiers pas dans les voies mystiques, et que celle de l'esprit nous conduit aux sommets ? Elles appartiennent cependant à un même ordre d'idées et forment un tout complet ; c'est pourquoi nous avons cru devoir les joindre dans un exposé unique, bien que, pour l'ordinaire, la purification passive de l'esprit ne se produise que très longtemps après la plupart des états d'oraison qu'il nous reste à faire connaître.