‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 219 sur 321 · S. François de Sales, Amour de Dieu, vi · texte numérisé non relu

S. François de Sales, Amour de Dieu, vi

292 DE l'oraison

une flèche acérée qui blesse jusqu'au fond de i'âme et fait souffrir un vrai martyre ; parfois le corps en est presque privé de sentiment. Cette torture est en même temps si vive que l'on ne peut retenir ses gémissements, et si délicieuse qu'on n'en voudrait jamais guérir. Elle dure tantôt assez longtemps en augmentant et diminuant ; tantôt assez peu, soit que cette flamme s'éteigne, soit que le tout se termine dans un ravissement.

Dieu acheva de purifier sainte Thérèse par une peine plus douloureuse encore et plus spirituelle que la précédente : dans la blessure d'amour, le corps participait à la souffrance et aux suavités ; ici, il est admis à souffrir et non à jouir, « l'âme seule savoure les délices de ce martyre t> nouveau. Là, Dieu se faisait sentir tout près, on comprenait qu'il appelait ; ici, Dieu se montre de très loin. Là, transportée d'amour, éprise d'un violent désir de voir Dieu, l'âme mourait presque de ne pouvoir mourir ; ici, c'est la même faim impatiente et torturante, mais avec ce caractère particulier que l'âme, cherchant la vue de Dieu et ne la rencontrant nulle part, se sent comme dans un immense désert^ crucifiée entre le ciel qu'elle ne possède pas encore et la terre qui ne lui est plus rien. Dieu lui communique une connaissance très vive de ses amabilités ; cette lumière aiguise les désirs et le tourment. La douleur est si cruelle que le corps en est disloqué : on ne s'en aoerçoit cependant pas en ce moment, tant la blessure de lame est plus cuisante encore. « C'est un martyre de douleurs et de délices » ; martyre

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