‹ Les voies de l'oraison mentaleChapitre 311 sur 321 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Illusion de croire que les états mystiques puissent dispenser de cultiver les vertus chrétiennes, d'accomplir les devoirs d'état, d'observer les règles, etc. Au contraire, plus Dieu donne, plus il fautlui rendre; s'il nous confie dix talents, il exige que ce capital ne reste pas improductif : l'humilité, l'abnégation, l'obéissance, le recueillement, l'esprit d'oraison, et surtout la charité pour lui et pour nos frères doivent croître en proportion ; elles sont le but où Dieu veut nous mener, les états mystiques ne sont que le chemin ; si nos moyens de locomotion se perfectionnent, toutes nos vertus doivent accélérer leur marche ascensionnelle. Une haute oraison sans ce progrès mai que, c'est une illusion ; ou bien, c'est un talent enfoui. — Il faut donc recevoir les états mystiques avec humilité, y correspondre avec générosité, les craindre tout en les désirant, nous abaisser à mesure que Dieu nous élève, cacher le don divin à ceux qui n'ont pas le droit de le connaître, aimer plus que jamais la Règle qui est notre sauvegarde, fuir les exemptions et les singularités, mettre notre confiance non dans les grâces mystiques, mais dans l'humilité, le renoncement, l'obéissance et les autres vertus qui doivent en être le fruit.

Illusion de négliger les devoirs d'état pour donner plus de temps à la contemplation. « Il est sûr, au contraire, dit le P. Balthasar Alvarez, qu'on doit laisser la contemplation pour remplir son office ou subvenir aux nécessités du prochain... J'ai reconnu par expérience, ajoute-t-il ailleurs, que Dieu donne plus à un homme mortifié, en une heure d'oraison, qu'à

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un autre qui ne l'est pas, en plusieurs heures, et que les occupations dont me charge l'obéissance me profitent mieux que la lecture ou le repos » i.

Illusion de croire que tout doit être extraordinaire dans la conduite des mystiques, comme si Dieu se réservait de les guider lui-même par des inspirations intérieures, et qu'ils n'eussent plus besoin d'un supérieur ou d'un père spirituel. Déplorable illusion, fille de l'orgueil ! — Bien présomptueux, celui qui se croit inspiré et veut rendre des oracles ! Bien insensé, celui qui accueille des inspirations peu conformes au bon sens et à la foi ! Bien téméraire, celui qui base sa conduite sur un fondement aussi ruineux I « Jamais cette personne, dit sainte Thérèse parlant d'elle-même, n'a réglé sa conduite sur ce qui lui avait été inspiré dans l'oraison ; et quand ses confesseurs lui disaient d'agir autrement, elle leur obéissait sans la moindre répugnance » 2, Elle enseigne ailleurs ^ que « telle est la volonté de Notre-Seigneur » , mais elle ajoute : « Lorsque les paroles intérieures ne tendent qu'à vous consoler ou à vous avertir de vos défauts, quel qu'en soit l'auteur, ne tussentelles même qu'une illusion, elles ne sa-uraient vous nuire ». — Dieu aime les âmes contemplatives avec prédilection, leur prodigue ses grâces, et les mène plus que toutes les autres par la voie royale de la

1. Vie du p. Balth. Alvarez, par le Vén. Dupont, c. xixi et xu, 5* difficulté.

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