‹ Les voisins de l'autre côté (volume 2)Chapitre 9 sur 13 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

N'avez-vous jamais aimé , et ne savez-vous pas que les chaînes de l'amour se composent de larmes amères , de joies qu'une seule heure suffit pour nous faire oublier, de chagrins qu'on se rappelle pendant un gi'and nombre d'années?

Que le bonhelir brille dans les yeux des amans sans que l'art d'aucun peintre puisse en donner une idée , mais cpie souvent ils poussent de secrets soupii'S qui ternissent leui's yeux et déchirent leurs cœurs ?

Amour, enfant chéri de la conti'adiction , donné aux mortels pour les chai-mer ou pour les punir j tour à tour on te bénit et on te méprise ; tu es tantôt l'enfer et tantôt le ciel.

Hélas ! je n'avais que trop de raison de

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craindre que son amour ne lui causât que des peines !

Le jour qu'elle avait fixé pour son retour je ne fis qu'aller et venir dans la maison et dans le jardin , et pendant les deux dernières heures qui précédèrent son arrivée , je regardai sans cesse à la fenêtre dans l'espoir d'apercevoir sa voiture.

Elle me revit en versant des larmes , en m'adressant un faible sourire j elle portait sur sa physionomie une expression de souffrance et de résignation qui me déchira le cœur , et qui rappelèrent au dehors de moi toutes les marques de tendresse que je pouvais lui donner en ce moment. Pendant un instant elle parut ranimée ; mais lorsque je lui demandai si elle s'était beaucoup amusée pendant son absence, elle ne me répondit qu'en versant un torrent de larmes dont je ne connaissais que trop bien

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la cause, et sortant aussitôt elle se retira dans sa chambre.

Quand nous nous revîmes , elle était tout-à-fait remise, mais ses yeux ternes et ses joues décolorées montraient trop bien qu'elle avait pleuré amèrement.

Le temps s'écoula ; Caroline perdit de nouveau l'espoir d'être mère, et ses joues pâles devinrent plus éteintes encore. Mais elle disait qu'elle était bien , et j'étais toujours disposé à éloigner les idées qui pouvaient m'attrister et me tourmenter, ressource ordinaire des égoïstes.

Je fus alors obligé, contre mon attente et h mon grand regret , d'aller dans le Worcestershire , pour des affaires qui pouvaient m'y retenir pendant quelques semaines, ou être terminées en peu de jours. Cependant, quoique je pensasse d'abord à emmener Caroline avec moi, je renonçai

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à ce projet , et me contentai de la presser d'inviter madame Belson à rester avec elle pendant mon absence ; mais elle ne voulut pas y consentir; car elle savait, ce que j'ignorais , que madame Belson avait été offensée de la froideur de ses manières, et avait conservé peu de relations avec elle.

Sans doute madame Belson en rejeta entièrement la faute sur moi , mais j'en étais tout-à-fait innocent. La vérité était que Caroline , craignant que sa clairvoyante amie ne s'aperçût qu'elle était malheureuse , et ne découvrît que j'en étais la cause , se sépara volontairement et par degrés de la personne qu'elle aimait le mieux après moi, et sacrifia l'amitié à ces idées qu'elle se formait des devoirs d'une épouse.

Le jour de mon départ arriva, et Caioline me parut tellement plus faible qu'à

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l'ordinaire que je pus à peine me décider à la quitter , et si elle avait seulement exprimé le plus léger désir de m'accompagner , j'y aurais consenti avec joie. Mais elle était si pénétrée de l'idée que je préférais partir sans elle, qu'elle ne pensa même pas à me faire cette demande , et je la quittai après lui avoir répété plusieurs fois que je lui écrirais exactement.

Faut-il croire aux pressentimens ? ou les regards altérés de Caroline suffisaient - ils pour expliquer le désespoir que j'éprouvai quand je perdis de vue ma maison, et cette figure si pale et si défaite que je croyais encore apercevoir sur le perron , cherchant a recueillir le dernier regard que je jetais sur elle en ouvrant les glaces de la voiture? Je l'ignore, mais il est certain que je fus tenté de retourner sur mes pas

et de l'emmener avec moi ; mais l'espoir de venir la rejoindre peu de jours après me retint, et je continuai ma route.

Les occupations indispensables que me donnaient mes affaires éloignèrent d'abord de mon esprit les sombres pensées qui l'oppressaient , et ayant reçu une lettre de Caroline qui m'assurait que si elle n'était pas mieux du moins elle n'était pas plus mal , bien qu'il fût évident qu'elle était fort abattue en l'écrivant, je repris un peu de calme et de confiance. Mais je fus bien affligé en voyant qu'il faudrait nécessairement que mon séjour dans le Worcestershire fût beaucoup plus long que ne l'avais pensé.

Les semaines succédaient donc aux semaines, et contre mon attente , et surtout contre mes désirs, mes affaires ne finissaient pas } elles m'occupaient et m'absor-

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baient tellement, et j'en étais si contrarié, que mes lettres, qui ne lui avaient dans aucun temps exprimé ce que j'éprouvais pour elle , se ressentaient de l'aridité et de la déplaisance de mon esprit ; et mal^^ré tout mon désir de lui écrire tendrement, je m'apercevais moi-même que j'étais froid et contraint. Je fus bientôt fort alarmé en voyant que les lettres de Caroline devenaient de plus en plus courtes , et qu'elle cessait même d'exprimer le désir de me voir revenir promptcment. Elle paraissait avoir emprunté ma plume, et on aurait cru que ses vives expressions de tendresse avaient été glacées par un sentiment nouveau et inconnu jusqu'alors , avant d'arriver au papier. Son écriture aussi devenait mal rangée et illisible, et je fus saisi d'une si grande terreur , que je hâtai par tous les moyens possibles les ailuircs qui me rc-

tenaient, étant bien déterminé à ne pas être plus de trois jours sans retourner près d'elle.

Après avoir pris cette résolution, je reçus par le premier courrier une lettre d'un vieux domestique de confiance, par laquelle il m'informait qu'il était certain que sa maîtresse était malade , très - malade , quoiqu'elle ne voulut pas en convenir; qu'enfin elle avait envoyé chercher un médecin, et que bien qu'elle eût positivement défendu au docteur d'écrire, il voyait bien qu'il en était fort inquiet ; mais que comme elle ne lui avait pas fait à lui la même défense, il avait pensé qu'il était de son devoir de m'en avertir. Caroline m'écrivait par le même courrier, me disant qu'elle avait été malade et l'était encore, mais qu'elle espérait être mieux bientôt , oJi ! beaucoup mieux ! et elle me de-

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mandait de ne pas presser mon relour à cause d'elle.

Je ne sus que penser en recevant ces lettres, mais la terreur fut le sentiment qui l'emporta sur tous les autres. Quelque inquiétant que fût le récit que contenait la lettre de mon domestique , il y avait dans celle de Caroline des mots plus terribles encore. Que voulait -elle dire par ces paroles : (pi' elle serait mieux bientôt ^ oh ! beaucoup mieux !

Ces nouvelles me rendirent entièrement incapable de continuer à m'occuper de mes affaires, et ayant tout arrangé de manière h pouvoir retourner chez moi du moins pendant quelques jourS; je me préparai à partir le lendemain aussitôt que la poste serait arrivée.

Elle m'apporta ime lettre du médecin , qui me demandait de venir à l'instant ,

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craignant que ma femme ne fût sm' son lit de mort !

INIon domestique m'écrivait aussi et me disait : « Oh ! monsieur , venez tout de suite , si vous désirez voir encore ma pauvre maîtresse vivante. »

Caroline elle - môme m'écrivait : oh ! quelle lettre ! la voici :

u On vous trompe, mon époux chéri, si on vous dit que vous pouvez encore arriver à temps de me revoir avant que j'aie rendu mon dernier soupir; car lorsque vous recevrez cette lettre , je sens que le dernier combat sera fini. Laisse -moi donc, d'une main tremblante mais d'un cœur ferme , t'envoyer mon dernier adieu et te conjurer de me pardonner les erreurs de sentimens qui , en troublant ton bonheur, m'ont aliéné tes affections et ont fini par détruire ma tranquillité et ma santé ; mais

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le châtiment est juste et je le reçois sans murmurer.

« J'ai été, je l'avoue, trop exigeante. Je n'ai pas eu , il est vrai , les exigences qu'impose un caractère difficile, mais celles que donne un trop tendre amour. Cependant, quoiqu'elles différent dans leur nature, leur effet est le môme. Et, soit qu'une femme trouble le bonheur de son mari par sa mauvaise humeur , ou par tiop de douceur et de faiblesse , elle viole également le devoir qui lui est imposé de chercher à le rendre heureux .

(< Oh I pourquoi ne m'a-t-il pas suffi d'être aimée comme vous pouviez m'aimer, et d'après vos idées sur les exigences du cœur ? pourquoi ai-je été assez faible pour espérer que l'amour serait l'unique affaire et l'unique intérêt de votre vie, comme il l'était

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de la mienne? pourquoi ne me suis-je pas rappelé, avant qu'il ne fût trop tard, qu'une passion même vertueuse, si elle est portée à l'excès , peut devenir un grand tort! Lorsque, prosternée devant Dieu, j'ai eu à répondre à cette solennelle injonction : « Tu ne te feras pas d'idole de lui ! » que de fois mon cœur m'a reproché, ô mon époux chéri! de t'adorer avec idolâtrie ! Le sentiment de ma désobéissance faisait alors couler des larmes de mes yeux et excitait mes remords. Mais j'oubliais bientôt ces avertissemens salutaires, et ton image régnait de nouveau trop exclusivement dans mon âme.

« Oui, j'ai souvent employé les heures que je consacrais autrefois à cultiver mon esprit et mestalens, ou à des actes de bienfaisance, à me livrer aux craintes que m'inspirait voire froideur, et à de dou-

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loiireiises reveries, ou l\ former des projets pour tacher de regagner cet amour que je croyais avoir perdu ! Mais, avec un cœur aussi susceptible , une conscience aussi facile à s'alarmer, et une constitution aussi délicate, je ne pouvais soutenir long-temps ce terrible combat intérieur; et ma faiblesse a contribué à la fois à mon châtiment et à ma délivrance.

(( Et cependant suis-je destinée à mourir sans vous avoir revu encore une fois ? Je devrais peut-être le désirer; car si, au moment d'expirer, je croyais m'apercevoir que vous éprouvez moins de chagrin que mon trop ardent amour ne le mérite, je sens que mon désespoir me ferait déroljcr à mon Dieu mes dernières pensées pour les reporter sur vous. Si, au contraire, votre douleur était violente, et vos remords déchirans , je gémirais , même k

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l'heure de ma mort, du malheur dont j'aurais été la cause.

(( Non ! il est plus sage que vous ne me voyiez plus jusqu'au moment oii je goûterai la froide tranquillité de la tombe, et où vous pourrez avoir la consolation d'apprendre que ce cœur troublé a enfin trouvé le repos.

« Puissiez-vous vivre long-temps et heureux! puissiez-vous être uni à une femme plus fortunée que moi, qui vous aimera assez pour uotre bonheur, et pas trop pour le sien! Oh! je le sens, j'ai eu de grands torts, et j'ai été très-faible. Ne von s reprochez donc rien, et rappelez-vous que c'est ma dernière demande en mourant :

mes yeux s'obscurcissent; il faut que je m'arrête ; recevez ma dernière bénédiction.

« CArxOLLNE. »

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Mon désespoir me donna de l'énergie, me permit même de prendre un parti. Je ne parlai à personne, mais, me rendant dans la première écurie qui se présenta , je louai le premier cheval que je pus tl•ou^ er, et partis en toute hâte pour cette maison où j'étais si douloureusement rappelé. Je ne m'arrêtai que lorsqu'il fut impossible à mon cheval d'aller plus loin. Je jn'cn procurai à l'instant un autre , et je poursuivis ma roule. J ai à peine la force de continuer; il le faut cependant, il faut accomplir la lâche que je me suis imposée, et ne rien omettre de mon récit.

Le second cheval me fit arriver au terme de mon voyage, et ayant aperçu un homme que je connaissais, je descendis à la porte du parc, et lui laissai mon cheval. Je courus jusqu'à lamaison avec toute la rapidité possible ; mais je me trouvai arrêté par

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des groupes d'hommes, de femmes etd'enfans, qui s'entretenaient du danger et des vertus de leur bienfaitrice, et cherchaient à recueillir les nouvelles les plus fraîches qu'on pouvait leur donner de son état; car elle était leur guide, leur institutrice, et elle savait les consoler et les secourir.

Lorsqu'ils m'aperçurent, ils formèrent une espèce de haie pour me laisser passer. Mais personne ne parlait : enfin une femme s'écrie : « Que Dieu vous soutienne, monsieur! » Et une autre dit : « Amen. » C'en était trop! Je redoublai de vitesse, et ne m'arrêtai qu'au moment oii je fus à la porte de la maison. Je trouvai mon fidèle William dans le vestibule.

(( Oh! monsieur ! je crains ! » Ce fut tout ce qu'il put articuler. J'escaladai les escaliers , et me trouvai à la porte de sa chambre. Deux des femmes qui sanglotaient

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violemment me demandèrent de ne pas entrer; mais ce fut en vain. Et en examinant la physionomie de la garde et celle du médecin, je vis bien que tout était fini.

Oh ! qui pourrait peindre le désespoir de ce moment oîi je me précipitai sur cette créature pâle et évanouie , oii je l'appelai par les noms les plus tendres que la langue puisse prononcer; oh je la conjurai de me parler encore une fois! ou je l'assurai que je ne pourrais pas, que je ne voudrais pas lui survivre ! Le médecin essaya de m'engager à me retirer; mais je résistai et continuai à baiser ses lèvres froides, et à la presser contre mon sein palpitant! Je répétais son nom avec les plus tendres accents de l'amour , et la conjurais de me parler et de me regarder encore une fois.

Cette voix, ces accens, rappelèrent son âme errante , et lui rendirent un instant

l'usage de ses sens. Elle fit un mouvement, ouvrit les yeux , me regarda , et me reconnut, tandis que je lui prodiguais toutes les expressions d'amour et de douleur, qu'une faible lueur d'espoir rendait un peu moins amères.

{( L'ai-je bien entendu? dit-elle d'une voix rauque, sépulcrale, et à peine articulée. Yous m'aimez donc! Vous m'aimez avec tendresse! Oh ! alors, plus heureuse au moment de ma mort que pendant ma vie ! »

Elle ne put continuer. INIais elle sourit, me regardant avec tant d'amour et tant de pitié ! Je la serrai contre mon cœur , je sentis ses bras s'entrelacer autour de mon cou , et ses lèvres froides presser les miennes; bientôt ses bras se séparèrent, et le moment d'après tout était fini

Je n'ai conservé aucune idée des mois

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qui suivirent cette horrible catastroplu'. Quand pour la première fois je repris quelque sentiment, ce fut pour regretter d'a- \oïv recouvré cette faculté qui nie faisait connaître toute 1 étendue de mon malheur. Mais des pensées meilleures et plus pieuses succédèrent à cet état de trouble , quoique l'image de celle que j'avais perdue fût toujours présente à ma pensée , et que mes regrets et mes remords fussent toujours les mêmes.

J'avais été emmené hors de chez moi, mais j'insistai alors pour y retourner. Et je ne tardai pas à rentrer dans cette maison autrefois si heureuse , et que j'avais rendue un désert. Sir Charles D*** et mon iidèle William m'accompagnèrent.

11 se passa quelques jours avant que je pusse décider sir Charles à me laisser h moi-même, et quand il le ht, je sus qu'il

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avait donné l'ordre à William de ne jamais me perdre de vue. Mais de telles précautions auraient été inutiles , comme elles le sont toujours, si j'avais eu l'intention de commettre un suicide ; or un tel projet était bien loin de mon esprit. Cependant je finis par persuader à William qu'on pouvait me laisser seul, puisque ma religion m'enseignait que c'était pour moi un devoir et une sorte d'expiation que de vivre , en supportant patiemment le poids des maux que j'avais amoncelés sur ma tête. Enfin je pris la résolution d'entrer dans la chambre à coucher de Caroline, qui, au moment de sa mort, avait été fermée par les ordres de sir Charles. Rien n'y avait été changé : sur sa table k écrire était le portefeuille qui contenait ses papiers et ses manuscrits; près de là était la dernière plume qu'elle eût jamais touchée.

Je ne crois pas que j'eusse répandu une seule larme depuis le funeste événement ; mais alors elles coulèrent en abondance. Quelques fleurs fanées étaient près de la plume ; c'était le dernier bouquet qu'elle eût porté. Je les ai encore !

Le premier et le seul but de mon cœur fut alors d'obéir en toute chose au plus léger désir que Caroline eût jamais exprimé , et de faire exactement tout ce qu'elle m'avait recommandé; mais, malgré sa dernière prière , il me fut impossible de ne pas me reprocher amèrement de m'étre abandonné ainsi à l'extrême bizarrerie de mon caractère. Je reconnaissais bien qu'elle avait eu tort d'aimer si vivement , et d'une manière si fatale pour elle , un être aussi coupable que moi. Mais je savais que j'avais ru tort en persistant dans le silence et en lui cachant la force

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véritable de cet attacliement qui aurait rendu son âme tendre complètement heureuse.

Quel emploi m'avait-elle laissé ici-bas î celui de prendre soin des personnes qu'elle chérissait, d'aimer et de servir ceux qu'elle aimait et servait , de nie rappeler tout ce qu'elle avait cru qu'il serait bien de faire , et d'agir d'après sa recommandation.

Je me souvins alors qu'elle avait dit une fois qu'elle pensait qu'il pourrait être utile à nous-mêmes et aux autres de retracer non-seulement nos actions et les événemens de notre vie, mais les sentimens et les impressions qui avaient pu les faire naître. Je résolus donc d'écrire ce récit, croyant qu'en agissant ainsi , je ferais ce qu'elle aurait approuvé, et aussi pour infliger à ce caractère dont la réserve et la bi-

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zarrerie m'ont été si fatales , une punition méritée , en me forçant à dévoiler les secrets de mon cœur, et à révéler mes chagrins et mes torts à des étrangers et à des personnes indifférentes.

IMon récit est terminé : mon but et mes désirs seront remplis , s'il peut apprendre à celui à qui le bonheur d'un autre est confié, qu'il doit réfléchir h quel point ce dépôt est sacré, et éviter avec soin de se livrer à cette personnalité et à ces défauts de caractère qui doivent finir par le détruire entièrement ! 0 Caroline , s'il est permis aux âmes des personnes qui ne sont plus d'être témoins de ce qui se passe sur la terre, puisse alors ton àme si douce éprouver quelque consolation en voyant que je n'ai pas souffert et que tu n'as pas succombé en vain !

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