UN SECOND CAVALIER
Que diable ! camarade, ne parlez pas tant ! rappelez-vous que nous ne sommes pas des juges. HoUmann, montez k cheval, car il n'est pas encore en état de voyager; allez aussi vite que vous pourrez. Vous serez bientôt k la frontière , et vous vous arrêterez au grand chêne; nous vous y attendrons , ou nous serons bien près d'y arriver. »
Hollmann monta k cheval et jeta son manteau k Wolfgang : « Allons , dit-il , enveloppez -vous Ik-dedans, et tâchez d'endormir vos craintes ; car, quand vous se-
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rez arrivé, nous nous divertirons. Nous avons tous résolu de boire ce soir à votre santé. » Il donna alors un coup de fouet à son choval , et se dirigea vers la gauche; la troupe des cavaliers le suivit d'abord, et prit ensuite une autre route.
Il est impossible de peindre ce que Wolfgang éprouvait de toutes les aventures incroyables qui lui étaient arrivées depuis deux jours ; les terribles incidens de la chaumière et sa délivrance extraordinaire lui paraissaient les plus inexplicables de tous. Et quoiqu'il pût seulement supposer qu'ils tenaient comme les autres à une erreur, il se tourmentait en vain pour trouver ce qui donnait lieu à ces méprises , et il se perdit tellement dans la multiplicité de ses conjectures sur ce sujet, qu'il resta quelques instans comme uno personne qui rêve. INIais quand son sang
commença à circuler plus librement, et lui rendit l'usage de toutes ses facultés , le souvenir du passé s'effaça par degrés , et il ne pensa plus qu'à examiner sa situation actuelle. Il conclut bientôt, d'après les discours et la conduite de ses libérateurs, qu'il n'était pas en très-bonne compagnie; il résolut d'abord d'entrer en conversation avec son conducteur. Mais quand il réfléchit qu'il contribuerait par-là à lui faire apercevoir son erreur à son égard, et que cet homme pourrait bien être furieux, en découvrant qu'il emmenait un inconnu, il pensa qu'il valait mieux se taire. Se rappelant alors le pauvre charretier et l'indifférence avec laquelle on l'avait assassiné , il crut, non sans raison, que la fin de cette aventure était à craindre , et il se détermina à s'échapper s'il était possible.
Quand il prit cette résolution, ils gra-
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vissaient une montagne haute et boisée. Il faisait si sombre , que Wolfgang ne pouvait distinguer ni les chevaux ni le conducteur; et, profitant de cette favorable obscurité, il se glissa doucement et sans bruit hors du chariot. Ils étaient alors arrivés au sommet de la montagne, et il s'aperçut, à sa grande satisfaction, que l'homme descendait très vite.
Seul , et sans aucune connaissance du pays , Wolfgang resta quelque temps indécis sur la route qu'il devait prendre ; il pensa d'abord à retourner h un village au pied de la montagne , par lequel il avait passé. Mais se rappelant que les cavaliers pourraient bien être derrière lui, et craignant par-dessus tout de les rencontrer , il rejeta cette idée et chercha un sentier qui pût le conduire en sûreté, à droite ou à gauche de la route. Après s'être avancé
htâtons pendant quelque temps, il vit, malgré l'obscurité, un chemin battu du côté gauche , dans lequel il se précipita le plus vite possible; il devint plus étroit par degrés , et finit par être si touffu et si raboteux , que le pauvre Wolfgang s'assit , n'en pouvant plus , aimant mieux attendre le retour du jour que d'aller plus loin dans une telle incertitude.
Il s'endormit bientôt et ne se réveilla que lorsque le soleil fut levé , et lui donna l'occasion d'examiner son nouveau losement , qui était situé dans une vallée escarpée, au milieu de roches élevées à travers lesquelles il aurait vainement essayé, dans l'obscurité, de se frayer un passage. Après avoir monté pendant un temps considérable , il arriva à une espèce de sentier qui conduisait de cette vallée sauvage dans une autre dont l'aspect était d'une
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nature beaucoup plus agréable. Une belle prairie émaillée de fleurs, et entourée d'un bois épais , se déployait devant lui , et le mugissement d'un petit troupeau de bétail qui passait près de là , lui donna l'espérance qu'il n'était pas loin de quelque habitation. Tremblant encore de l'aventure de la veille , il désira d'abord de voir les babitans de la vallée d'une certaine distance, avant de risquer de s'introduire parmi eux ; dans cette intention , il resta sous un arbre pendant quelque temps. Mais comme, excepté le troupeau, il ne vit aucune créature vivante, il se décida enfin à continuer sa route et arriva bientôt à la vue d'une petite cabane. Agité par la crainte et par l'espérance , il s y dirigea enveloppé dans son manteau , et frappa à la porte , espérant y trouver les moyens
ET UNE GRANDE FORTUNE. m
de satisfaire son appétit , et un guide pour lui indiquer son chemin.
Après avoir frappé plusieurs fois , une vieille femme ouvrit, et lui demanda, d'une manière assez brusque, pourquoi il faisait tant de bruit et de quoi il avait besoin.
WOLFGANG
Bonne femme, je me suis perdu hier dans ce pays solitaire. J'ai couché la nuit dernière dans le bois, je ne connais pas mon chemin , et je cherche un guide qui puisse me conduire à la grande route.
LA VIEILLE, d'un ton plus doux.
Restez ici un petit moment; quand j'aurai fini ma soupe, je vous conduirai moimême.
Wolfgang, fort satisfait, la suivit dans une petite chambre très-propre, dont les
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murs étaient ornés de jolis dessins, ce qiii ]ui donna l'idée qu'elle n'appartenait pas à des possesseurs vulgaires. Il venait d'accepter la chaise qu'on lui offrit, quand il aperçut dans un coin de la chambre une jeune fille vêtue d'un joli habit de paysanne, qui peignait ses longs cheveux et qui ne paraissait pas s'inquiéter de l'arrivée d'un étranger. « Dépêchez-vous de vous apprêter! » lui dit la vieille, et elle alla achever son potage. La jeune fille tressa et releva ses cheveux , et vint s'asseoir près de son hôte.
« Bonjour, monsieur, lui dit-elle en souriant-, d'oii venez-vous si matin ? » ^^ olfgang crut se rappeler d'avoir déjà entendu cette voix. 11 la regarda, et sa surprise fut portée au plus haut degré , car nonseulement sa voix , mais son visage , sa personne et ses manières étaient parfaite-
ET lNE GRA?^DK FvOUTUNE. m 3
ment semblables à celles de la comtesse Von M...., avec laquelle Use promenait le soir d'auparavant. Doutant cependant de la possibilité de la trouver là, il regarda de nouveau la jeune fille, et la ressemblance lui parut si fojtc que l'évidence remplaça ses doutes. ïl était au moment de lui demander par quoi miracle elle se trouvait dans cette cabane , quand la vieille femme revint avec une écuclîc de soupe et l'empeclia de commencer ses questions.
LA VIEILLE (alnjciincnile).
Etcs-vous prête enfin? venez, mangez vite quelques cuillciécs et allez-vous-en ; il en est bien temps.
LA JEUNE FILLE (se mrltant i lal.if).
11 ne viendra pas si tôt, n. 8
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