‹ Les voisins de l'autre côtéChapitre 30 sur 31 · ET DERNIER · texte numérisé non relu

ET DERNIER

Tous les liabitans du château, excepté le duc, prenaient part alors à la joie générale : car la perte de sa fille était trop récente, et trop profondément sentie, pour qu'il pût la partager. Comme ils étaient

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un jour à table , la comtesse demanda à Emilie si elle ne songeait plus à son Wolfgang : tf II n'est pas Lien , lui dit-elle , d'avoir si tôt oublié un si tendre amant. » Les joues d'Emilie se colorèrent d'une vive rougeur à cette question :'< L'oublier! répondit-elle; je ne l'oublierai jamais, je l'ai toujours aimé, et sa mort et son anneau me rendent sa mémoire encore plus chère ; j'oublierais tons mes malheurs passés s'il vivait encore.

LA COMTESSK

Il est possible qu'il vive. Je vous ai crue morte, et cependant je jouis encore du bonheur de vous voir. Que feriez-vous s'il vivait encore ?

EMILIE

Ah! alors je pleurerais de joie; mais

<'cla n'est pas possible.

LA COMTJlSSE.

Eh bien ! vous serez satisfaite. »

Dans ce moment, Wolfgang entra dans la chambre, simplement mais élégamment vêtu ; il avait appris depuis long-temps l'arrivée d'Emilie, et s'était empressé de la voir comme elle montait l'escalier. Il se croyait alors assez préparé à cette entrevue; mais sa résolution s'évanouit quand il s'approcha pour lui baiser la main et la féliciter sur son heureux retour : il trembla, regarda tendrement Emilie, des larmes de joie brillèrent dans ses yeux, et il ne put que soupirer.

Emilie était dans la même situation , et peut-être encore plus troublée : revoir d'une manière si inespérée un homnîc qu'elle aimait et dont elle pleurait la mor( , c'était trop pour elle; elle lui prit involon-

tairement la main, et tomba dans ses bras en sanglotant.

La comtesse contemplait ces témoignages de tendresse avec beaucoup d'émotion . (( Vous avez raison, dit-elle à Wolfgang, les liens du véritable amour sont éternels. — Ob ! oui, éternels ,» s'écrièrent à la fois Wolfgang et Emilie. Quand celle-ci commença à se remettre un peu de son étonnement, elle lui demanda comment il était possible qu'il vécût encore, et qu'ayant été si cruellement blessé elle le vît si parfaitement rétabli?

Comme mes lecteurs font sans doute la même question, je vais raconter son histoire le plus brièvement possible pour les sjitisfaire en même temps qu'Emilie.

Wolfgang avait en effet reçu deux coups de poignard du misérable Jacob, mais l'un

d'eux avait seulement effleuré la peau , et l'autre l'avait blessé sans attaquer aucune partie noble. Mais , succombant à la douleur et à la crainte, il tomba sans donner aucun signe de vie; Jacob, qui n'était pas habitué à manquer son coup , le croyant mort, prit la fuite avec son camarade, et Emilie courut chercher du secours.

Wolfgang reprit bientôt l'usage de ses sens, et son imagination lui représentant ses meurtriers en ligue avec les sorciers, il réunit toutes ses forces et s'échappa. Quoiqu'il eût tenté de panser ses blessures, il perdait beaucoup de sang ,• enfin il s'affaiblit tellement qu'il s'évanouit au bout du bois. Un berger le trouva dans cet état, le porta dans sa cabane et le soigna assidûment. Comme les pâtres de ce pays ont en général quelques connaissances médicales, il appliqua sur ses blessures le jus de

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certaines herbes, et la nature opérant encore plus puissamment que les remèdes, il fut en état, au bout d'un mois, de quitter son lit de paille.

A cette époque, son bienfaiteur, qui habitait un lieu solitaire, apprit d'un chasseur qui passait, l'histoire desbandits etles particularités ci-dessus rapportées. Quand il vit que cette découverte avail été faite parles , aveux de quelques hommes blessés appartenant à cette troupe , des soupçons s'élevèrent dans l'esprit du berger, u Peut-être, pensait-il , mon hôte est-il un de ces misérables ? » Et la certitude qu'il était Italien confirmant celte conjecture , afin de se laver de toute imputation de crime pour lavoir secouru , il conlia son troupeau à son fils, et alla trouver le juge de paix de la comtesse a qui il révéla ce qu'il sou[>-

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connait ; la conséquence naturelle de ce récit fut de faire arrêter à l'instant Wolfgang et de le jeter en prison.

Son interrogatoire leur ayant fait connaître qui il était , il fut entièrement disculpé de ces soupçons , et la comtesse eut la satisfaction de voir qu il vivait encore. Il fut sur-le-cbamp tiré de sa captivité, et comme ses blessures étaient devenues plus graves en prison, elle le lit venir chez elle pour le soigner jusqu'à ce qu'il fût entièrement rétabli. La confession de Jacob lui avait appris qu'elle s'était trompée en le prenant pour un riche marquis, et en croyant qu il avait la connaissance de trésors cachés; mais comme son cœur était particulièrement porté à la compassion depuis la perte de son enfant , qu'il avait souffert cruellement de sa méprise à son égard et que sa fille l'aimait tendrement ,

l'inclination et la justice la portaient à lui témoigner cet intérêt.

La comtesse voyait souvent Wolfgang ; elle découvrait chaque jour en lui de nouvelles qualités , et gagnait surtout son affection par la part sincère qu'il prenait à sa douleur do la perte d'Emilie , qu'il pleurait avec une tendresse si naturelle, qu'elle mêlait aussi ses larmes aux siennes, et elle était souvent obligée de le consoler au milieu de son propre chagrin.

Aussitôt que la santé de Wolfgang fut rétablie, la comtesse lui donna la place de son secrétaire , l'habilla proprement et le lit manger à sa table. Il sentit profondément tant de bienfaits , étudia avec le plus grand zèle, et fit tous ses efforts pour se rendre digne du titre cpic sa bienfaitrice lui avait donné , et auquel il avait si peu de droit. Son application continuelle ,

sa reconnaissance sincère et ses constans regrets de la perte d'Emilie lui gagnèrent tellement le cœur de la comtesse , qu'elle Faima bientôt tendrement. Enfin elle avait, comme le vieux duc , formé un plan qu'elle désirait exécuter : elle espérait que Wolfgang, s'il ne remplaçait pas sa fille, adoucirait au moins pour elle le regret de l'avoir perdue, quand Emilie revint.

Je ne serai pas diffus dans la conclusion de mon histoire, qui tend à sa fin , comme mes lecteurs le devinent sans doute.

Au bout de trois mois , Wolfgang et Emilie devinrent , avec le consentement de la comtesse, mari et femme. Et, si quelques-uns de mes lecteurs s'étonnent qu'une dame d'un si haut rang ait consenti a marier sa fille unique à un pauvre jeune paysan savoyard, je leur représenterai humblement qu elle clait un enfant na-

hiiel, et que, ii'ayaiil aucune géiiéalojjle à produire , elle ne pouvait espérer qu'un noble légitime voulût l'épouser.

Le vieux duc, qui s'attachait chaque jour davantage à ces jeunes gens, fut présent à leurs noces. Son intention avait d'abord été de quitter le château immédiatement après la certitude de son malheur avec les restes de sa fille; mais, avaut qu'il partît, un courrier lui apporta la nouvell ^ de la mort de sa femme qui n'avait pu survivre à la nouvelle de la perte de son enfant. Il avait alors plus besoin de consolations que jamais, et on lui persuada aisément de rester et d'en recevoir d'Emilie, qui ferait tous ses efforts pour adoucir son affliction .

D'après les conseils du duc, la comtesse Yon ]\P** vendit bientôt sa terre , et alla s'établir en Italie avec lui cl se.*

ET UNE GRANDE FORTUNE. 34ç,

enfans ; il donna à notre Savoyard des possessions considérables , et , par son influence, parvint bientôt à le faire noble. La famille de Wolfgang y fleurit encore aujourd'hui , généralement honorée et respectée.

Le duc et la comtesse Von M''^*''^ passèrent le reste de leurs jours avec leurs enfans , dans le sein du plus parfait bonheur.

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