BE J FA A ES AMOURS
corps aux boulets clos ennemis. Pendant ce temps ce monstre parut (montrant Wol%ang), feiîjnit d'aimer cette créature trop crédule , et gagna son cœur innocent ; il souilla son fime pure par des idées voiuptaeuscs , peignit l'avenir à son imagination sous les couleurs les plus séduisantes, et la priva de son honneur et de la paix de sa conscience.
u Quand la pauvre viclime aperçut les conséquences de sa faute, elle versa des larmes amères de regict et de désespoir; le séducteur jura d'être un père pour son enfant, et la quitta seulement, à ce qu'il lui dit , pour obtenir le consentement de ses parens à leur union, et ensuite revenir dans ses bras. Chaque jour elle attendait son retour, mais chaque jour elle l'attendait en vain. Une lettre envoyée §ans qu'elle Je sut m'apprit ses
angoisses , et je volai pour la consoler. Je n'essaierai pas de peindre ce que je ressentis en la revoyant. 0 Dieu ! tu fus témoin de mes souffrances, tu entendis pour la première fois mes plaintes. La rose était tombée sur sa tige , son bonheur anéanti , toutes mes espérances détruites , tout mon avenir obscurci. Dieu ! je jurai en ta présence de demander, de tirer vengeance du misérable qui l'a si honteusement abandonnée , et qui peut-être dans quelque endroit éloigné se faisait un jeu de ses chagrins et de ceux de son père désolé. Mon cœur était endurci , mais ses larmes l'adoucirent, et j'accordai k ses prières irrésistibles de pardonner au malheureux s'il voulait épouser celle qu'il avait délaissée et reconnaître son enfant. « J'ai suivi ses traces avec elle jusqu'à cette cabane ; oii elle a donné le jour h un
enfant qui n'a point de père ; nourri de douleurs et de larmes dans le sein de sa mère , il mourut en venant au monde , et mourut bâtarde (// écarie la couverture du lit et montre un enfant mort étendu à côté de sa mère inanimée. ) Regardez-le , traître! c'est votre enfant; vous êtes son père et son meurtrier ; son âme sans tache est maintenant votre accusatrice devant le trône de la justice de Dieu. Cette innocente créature sacrifiée ainsi par vous, qui peut-être même à présent est délivrée par la mort de tous ses maux , fut mon enfant , fut ma fdle! Oh ! mon cœur se brise ! je ne peux plus supporter mon malheur, pardonnez-moi, Dieu tout-puissant , pardonnez-moi mes plaintes. Ah! j'étouffe,
je suffoque (// essuie les larmes de ses
j-ewo:.) Dieu éternel, que mes lamentations ne soient pas portées en jugement contre
leur auteur si , touché de mes maux , il se repent de ses crimes , si ses caresses rappellent cette infortunée à la vie, et s'il la remet dans mes bras , souriant comme je la voyais sourire dans des jours plus heureux.
(( Homme (// saisit la main de TV olfgang)^ si votre cœur n'est pas de pierre , si votre âme n'est pas entièrement dépravée , plaignez cette pauvre créature , qui, malgré tous ses chagrins , malgi-é les maux sans nombre que vous lui avez faits, vous aime encore, vous aime tendrement, sincèrement. Inhumain ! voyez combien elle vous aime! Quel trésor vous avez rejeté! Cet enfant mourut il y a deux jours , mais nous n'avons pas essayé de le lui ôter. Dans ses courts intervalles de connaissance , elle le presse ardemment contre son sein, et se désespère que la seule image qu'elle ait de
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vous lui soit arrachée. Ah ! vous pleurez ! vous êtes ému ! Dieu a béni mes paroles! j'ai fini, commencez maintenant; mais je dois vous dire que si vous aviez été insensible à ce spectacle, je vous aurais cassé la tête avec un de ces pistolets , et j'aurais été me livrer à la justice. « J'ai tué le mcur- « trier de ma fille et de mon petit-fils, (( aurais-jc dit. Condamnez-moi si vous « pouvez me condamner. »
La vue de la femme souffrante et de l'enfant mort et le langaj^c éloquent du père outragé avaient fait une si forte impression sur le cœur ingénu de Wolfgang, qu'il pleurait amèrement et maudissait l'auteur de tous ces maux aussi vivement que le malheureux père lui-même; il pouvait parler alors, car le vieillard gardait le silence et attendait sa réponse. Mais il se sentait trop affecté pour tenter d'entrer
dans l'explication nécessaire à sa justification, et il pensait bien qu'elle serait inutile jusqu'à ce que la femme évanouie revînt à elle , puisqu'il paraissait certain, d'après le discours du vieillard, que le séducteur n'était connu ni de lui ni de son fils , et qu'elle était par conséquent la seule personne qui pût attester la méprise. Quand il eut commencé un peu h rassembler ses idées, et qu'il eut réfléchi à ce qui s'était passé , il attendit impatiemment l'instant oil, reprenant l'usage de ses sens, elle s'apercevrait de son erreur et reconnaîtrait son innocence; mais ce moment ne vint pas. Déchirée et affaiblie par tout ce qu'elle avait sou fier t, cette infortunée créature ne put supporter la pensée que son coupable amant s'occupât d'une autre femme dans le temps même oii , d'après ses idées et ses espérances, elle croyait qu'il rêve-
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liait à elle. Ce dernier coup rompit les faibles liens qui l'attachaient encore à la vie , et pendant que son père s'efforçait d'attendrir pour elle le cœur de son séducteur , son âme s'était envolée vers un meilleur monde , pour y trouver la récompense de ses maux.
• Le vieillard qui épiait les émotions de Wolfgang, et qui vit avec quel intérêt il regardait sa fille , s'approcha enfin de son lit. « Clara, dit-il, chère Clara, revenez « à la vie ! revenez à la joie , au bonheur. « Votre séducteur pleure ! 11 vous aime « encore ! Que de fois en vous en donnant « seulement l'espérance, ne vous ai-je pas « tirée du plus profond évanouissement ; « la certitude ne vous en fera-t-elle pas « sortir? (Ilsaisit sa main.) Ecoutez ce que « votre pauvre vieux père vous dit ! Oh ! « Dieu ! sa main est raide , froide ! Clara,
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« étes-vous morte ? (Tombant sur le plarui K cher) Oh ! elle n'est plus ! Dieu toutrr « puissant, elle n'est plus ! »
James, qui n'avait rien dit jusqu'alors, se hâta de placer son père sur le banc; puis, avec l'air le plus consterné , il s'approche du lit de sa sœur , et d'un ton lamentable il confirma les craintes du vieillard. Un silence long et effrayant succéda : le père et le fils , dans le plus grand abattement , se sentaient privés de toute consolation j et Wolfgang, rempli d'inquiétude de ce que deviendrait Tissue de cette affaire , cherchait en vain à espérer que la conclusion pût lui en être favorable. Le vieillard rompit enfin le silence : tel qu'une lionne privée de ses petits , il s'élança tout à coup et saisit au collet le tremblant Wolfgang. « Vous me l'avez arrachée , vous fave?
« tuée ! s'écria-t-il d'une voix terrible.
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« Étes-vous tout-puissant? alors rendcz- « lui la vie. Mais si vous ne l'ctes pas ,
« tremblez ! Non , non , priez , priez ,
« votre heure est arrivée. Vous serez sa- K crifié pour mon enfant. Je ne veux pas « être responsable de vos crimes futurs. « Je neveux pas souffrir que vous séduisiez « désormais de jeunes filles, que vous ren- « diez des pères malheureux ! vous mour- « rez ! A'otre père sentira aussi ce qu'on t< éprouve quand le tombeau engloutit nos (( plus chères espérances , quand un seul « coup nous enlève toutes les joies de la (( vie. Pourquoi donna-t-il le jour à un tel « monstre ^ »
Wolfgang, qui avait le sentiment de son innocence , vit que le silence ne ferait qu'aggraver son malheur, et que, par l'aventure la plus extraordinaire , il était endanger d'expier la faute d'un autre. Il eut
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alors recours aux supplications; il conjura le père furieux de se calmer pendant quelques minutes, d'écouter ce qu'il avait à lui dire, et que, s'il ne le trouvait pas entièrement innocent de ce crime , il souffrirait de bon cœur la torture la plus ignominieuse et la mort la plus terrible qu'on pût lui infliger.
LE VIEILLARD (saifissanl encore ses pistolets et se mettant derant
Wolfgang. )
Que pouvez-vous dire pour votre défense? Comment excuser votre abandon, votre fuite, votre silence? Parlez j mais malheur à vous si vous ne dites pas l'exacte vérité ! Au premier mensonge que vous proférerez, je vous casserai la tête avec ce pistolet, et vous serez damné dans l'autre monde.
WOLFGANG
Permettez-moi seulement de vous faire
quelques questions, et réfléchissez bien d'abord que, par une fureur inconsidérée, vous nous rendez tous deux malheureux.
D'après ce que j'ai su de ce qui s'est passé, vous n'avez jamais vu le séducteur de votre fdle?
LE VIEILLARD
Non, je n'ai jamais vu le meurtrier de ma fille.
WOLFGANG
Vous l'a-t-elle souvent nommé ? vous at-elle souvent dépeint sa personne ?
LE VIEILLARD
Oh ! souvent ! que trop souvent ! il avait des cheveux noirs bouclés comme les vôtres ; il était , comme vous, hypocrite et flatteur, doux et souriant, plein de tendresse et d'amour. Et cependant son coeui';
ET UNE GRANDE FORTUNE. ç)5
aussi noir que ses clieveux, était rempli de fausseté et de perfidie.
WOLFGAXG.
Monsieur, je vous conjure, par l'ame de votre fdle expirée, par vos propres espérances de salut, d'examiner attentivement cette affaire et de m'écouter patiemment: je vous donnerai des preuves frappantes, irréfutables, que vous vous êtes trompé à mon égard ; que je suis entièrement innocent de la mort de votre enfant. Dieu en soit éternellement béni ! un tel crime n'oppresse pas ma conscience. Je suis un étranger qui
LE VIEILLARD furieai.
Comment ! vous niez le fai|; ? vous vous prévalez de ce que je ne vous connais pas personnellement? vous voulez faire
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tourner à votre avantage la mort de mon enfant? vous désavouez cet attentat peutêtre pour commettre à l'avenir des crimes semblables ! Ali ! un tel projet est encore plus honteux que son assassinat ! voilà donc votre repentir , voilà donc la cause de ces larmesr hypocrites que vous avez versées pour tacher d'émouvoir ma compassion ?
WOLFGANG
Au nom de Dieu , seulement écoutezmoi, seulement < , .
LE VIEILLARD plus furieux encore
Non , la pitié serait ici un péché.
Meurs, infâme séducteur, et essaie, si tu peux , de tromper aussi le Tout-Puissant !
Comme il^n^ononçait ces mots, il tira un coup de pistolet h Wolfgang; mais comme Ydp:e et la colère le faisaient Iremblerextré-
mement, la balle passa près de sa tête sans l'effleurer.
C'est un mouvement machinal de chercher à se défendre et à se conserver : celui qui tombe sans le savoir met ses mains en avant pour éviter le danger d'être blessé dans sa chute, et celui qui est attaqué cherche à se défendre par le même mouvement naturel. Quand le vieillard ajusta le second pistolet contre Wolfgang, celui-ci saisit son bras et combattit pour le lui arracher ; James accourut au secours de son père; dans ce moment le pistolet partit et lui traversa la tête , comme il s'efforçait de détourner la main de Wolfgang.
James tomba à l'instant, et, dans sa chute , renversa et éteignit la lumière qui brûlait auprès du corps de Clara. Le vieillard avait été jeté parterre, et, ne sachant pas qu'il avait tué son fils, il l'appelait à son
secours , et se plaif> liait du ton le plus lamentable.
Wolfgang, qui voulait seulement sauver sa vie , et qui n'avait aucun désir de se venger , saisit cette occasion pour essayer de s'échapper. Il avait déjà gagné la porte, quand elle fut ouverte par un paysan qui logeait dans la même cabane, et qui, alarmé du bruit des pistolets , entra suivi de ses garçons, et tenant à la main, pour s'éclairer, un tison enflammé ; ils forcèrent Wolfgang à rentrer, et voyant James à l'agonie et le vieillard se débattant la face contre terre, et déplorant dans toute la frénésie du désespoir le meurtre de son enfant, il n'est pas étonnant qu'ils prissent le premier pour l'auteur du crime; et, sans écouter sa justification , ils le lièrent et le firent à l'instant sortir de la maison ; ils le jetèrent dans la rue , et un des garçons resta pour vcilier
sur lui pendant que les autres rentrèrent dans la cliambre pour secourir le malheureux père et son fils.
Après un court intervalle , le paysan revint , et ordonna au garçon de se dépêcher de mettre les chevaux au chariot et de traduire sur-le-champ le meurtrier devant la justice : il garda lui-même Wolfgang pendant quon exécutait cet ordre; et quoique celui-ci fît tous ses efforts pour lui prouver son innocence , ses preuves ne firent aucune impression sur le paysan. « Défendez-vous comme vous pourrez devant la justice, dit-il; il est inutile que vous cherchiez à me convaincre ; mais ce sera une rude tâche de prouver votre innocence: l'homme blessé est déjà mort , le vieillard est à toute extrémité et sera bientôt mort aussi. Je ne sais pas ce qui arrivera de la fille , mais je ne la crois pas beaucoup
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mieux , car elle est froide comme la rvlace et raide comme un bâton : il est très-possible que vous ayez à répondre de toutes ces vies; je ne voudrais pas en prendre une sur ma conscience ! »
^Vol%ang; , qui frémissait autant de ce récit que le bon paysan lui-même , le conjura de le faire conduire chez le baron \oH Tiefentlial ou chez la comtesse Von M — H Tous deux me connaissent, ajoutat-il , et tous deux attesteront mon innocence.
« — Dites tout cela k notre justice , dit le paysan : si elle croit ce que vous dites , je ne m'en embarrasse pas ; j'ai rempli mon devoir et je m'en lave les mains ; mais vous pouvez être siir que je serai ouvertement témoin contre vous de tout ce que j'ai vu et entendu. Il est toujours horrible et cruel de tuer un homme, mais il est
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doublement horrible et cruel de tuer de si excellentes gens ; et si vous êtes l'oiseau fugitif que la malheureuse jeune créature cherchait si ardemment, Dieu ait pitié de votre âme ! vous serez alors certainement damné ; car la faveur des grands n'est pas de mise dans le ciel : le noble n'y est pas plus protégé que le simple paysan. ))
Ce fut avec ces paroles peu consolantes que le paysan entretint son prisonnier jusqu'à ce que les chevaux fussent attelés au chariot. Wolfgang demanda cjue, si l'on ne voulait pas défaire entièrement les cordes dont il était lié, on voulut au moins les desserrer un peu ; mais sa demande ne fut pas accordée : ils le jetèrent dans le chariot et ils partirent à l'instant.
.; : CHAPITRE y I.
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La. situation de Wolfgang devenait plus insupportable de moment en moment, car le paysan prévoyant l'avait tellement serré avec les cordes, que la ciiculation du sang était presque arrêtée dans tout son corps; il
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était couché dans le chariot et près de s'évanouir, quand il entendit tout d'un coup un grand bruit autour de lui , et plusieurs voix s'écrier fortement : « Arrêtez , arrêtez ! n II regarda et aperçut un grand nombre de cavaliers ; l'un d'eux reteiwit le charretier par son habit , et lui demandait qui il emmenait : « Un meurtrier, répondit l'homme ; ne m'arrêtez pas, car il vous en arrivera malheur.