Le cahier des doléances des loueurs de carrosses
Le second texte cité développe les protestations des petits loueurs non privilégiés contre l’oppression et les injustices qu’ils subissaient. Il a pour titre : & Les doléances, souhaits et propositions des loueurs de carrosses de place et des loueurs des carrosses de remise avec prière au public de les insérer dans les cahiers de la ville de Paris (x).
Avant d'aborder l'étude de ces protestations, citons quelques lignes du préambule pour indiquer au lecteur l'esprit général de ces doléances :
(:) Répertoire général des sources manuscrites de l'Histoire de Paris pendant la Révolution française, t. 11, p. 361, n° 3400, à la date du 24 septembre 1789. — Imprimé et minute A. N., D. vr-8, n° 66; B. N., mss., nouv. acq. fr. 2634, fol. 44, 59, 63,
€ À travers tant de privilèges exclusifs qui s’entrechoquent et se nuisent mutuellement, il est impossible que nous servions le public d'une manière utile pour nous et agréable pour lui. Notre existence est vendue aux privilégiés ; ils nous soumettent à des contributions excessives ; sans cesse ils nous prennent en contravention ; la fraude ne se présume point et toujours la présomption de faute est contre nous. Semblables au Pénitent de la fable, partout on crie haro sur nous ; à tort ou à raison, nous sommes par provision condamnés, saisis, ruinés sans être entendus ni défendus ; nous n'avons ni le temps ni le moyen de nous défendre... Les privilèges exclusifs sont la cause de notre infortune. Pour comble de malheur, les plaintes du public frappent sur nous, sans faire attention aux causes du mauvais étal de nos cochers, de nos chevaux et de nos voitures. L'on traite comme vices les effets de notre misère; l’on regarde comme cris de l’insolence nos gémissements et les élans de noire désespoir... »
Les « doléances » des loueurs de carrosses de
place non privilégiés poursuivent un tout autre but que les « mémoires » des loueurs privilégiés. Alors que l'arrêt précité de 1787 s’efforçait de protéger les loueurs et le public contre les cochers, les doléances cherchent à montrer que, d’une part, les privilèges s'exercent d’une manière vexatoire et à leur détriment, et que d'autre part ils sont contraires à l'intérêt, à la liberté et à la commodité du public.
Ce document est un long réquisitoire divisé en cinq parties concernant respectivement les quatre privilèges généraux existant à cette époque (1) :
I. Le Privilège exclusif des sieurs Pierre Perreau et Cie pour les voitures de place et les voitures et messageries des environs de Paris;
IT. Le Privilège exclusif de la Compagnie des voitures publiques pour le service de Paris à la Cour ;
INT. Le Privilège exclusif de la Compagnie des diligences et messageries du Royaume et l’attribution d’un privilège exclusif faite à leur profit par les maîtres postes ;