SCÈNE X
M". de MELVAL, ARMAND.
M»'. DE MELVAL
Ce bon M. Dormeuil! toujours enthousiaste des merveilles de la capitale ! Eh bien! mon cher A» mand, vous devinez sans doute les motifs de mon voyage en Anjou?
ARMAND
M. Dormeuil m’a dit que des affaires importantes
M m '. DE MELVAL.
Ingrat! c’est exprès pour vous que je viens ici.
ARMAND
Pour moi !
M“'. DE MELVAL
Vous m’écrivez, il y a huit jours, que vous adorez la fille de M. Dormeuil, qu’elle vous aime, et que vous n’oserez jamais demander sa main, à cause de la médiocrité de vos biens : petite fortune et beaucoup d’amour! c’est l’usage. Mais, votre père fut mon tuteur, il m’a rendu de grands services. La meilleure manière de s’acquitter envers un père , c’est de travailler au bonheur de son fils. Les femmes, je ne dis pas moi, font cent coups de tète par amour; par amitié, j’en ai voulu faire un, et, subitement, j’abandonne Paris, les fêtes, les adorateurs : j’en avaisde charmans, que je dé-
solais! Quel sacrifice! en un mot, je viens en poste, jour et nuit, pour tâcher de décider M. Dormeuil à vous donner U main d’Élise. Votre père était riche! La fortune vous a maltraité! c’est une inconstante : on dit depuis long -temps qu’elle est femme, et je veux réparer, si je le puis, les tortè de mon sexe envers vous.
ARMAND
Je vous reconnais a ce langage ; mais ce n’est pas seulement de la part de M. Dormeuil que je
cfbins des obstacles cet oncle que j’ai à Paris,
mepresse depuis deux mois de le rejoindre. Amoureux dans ce pays, je n’ai pu me résoudre même à lui répondre; et par sa dernière lettre, qu’il m’adresse à Angers, où il me croit, il me menace de me déshériter.
M“«. DE M EL VAL
N’est-ce que cela! soyez tranquille, nous arrangerons tout ? Parlons maintenant de votre bonheur , de votre amour. Eh bien , mon cher, on vous adore donc?
ARMAND
Eh! madame, au contraire, on ne m’aime plus!