ACTE I , SCÈNE Y. ti
l’arrivée prèsqu’inattendue de la jeune et jolie Parisienne, madame de Melval.
ARMAND
Il se pourrait ! ( à part. ) Quel bonheur!
dormeuil.
Avant son veuvage je la vis souvent à Angers, chez feu votre père, son excellent tuteur; elle revient en ce pays pour affaires, et me fait l’honneur de s’arrêter quelques jours à Dormeuil. Eh! bien, vous me paraissez ravi.
ARMAND
' Ah ! monsieur, c’est une femme si intéressante !
DORMEUIL
Et que vous aimez beaucoup à ce que je vois?
% RM A N D.
Et qui ne l’aimerait? elle unit à la gaieté la plus vive une délicatesse parfaite de sentiment et d’expressions. C’est une étourdie remplie de raison, aussi bonne que spirituelle, aussi sage qu’enjouée; dans le monde, il est beaucoup ue jeunes femmes que l’on croit folles et qui ressemblent à ce portrait.
DORMEUrti lu» frappant sur l’épaule.
C’est bon!.... c’est bon!.»., j’y vois clair.... il ne me faut qu’une minute.
A. R M AND, a part.
Et depuis huit jours il ne s’aperçoit pas que j’adore sa. nièce!
Au reste , si vous avez vos raisons pour être enchanté de son arrivée, je n’en suis pas moins satisfait. Tout mon bonheur est de recevoir , des
Parisiens : ils m’instruisent des changemens dans la politique et dans les mœurs. Je m’y conforme aussitôt. Trois jours après l’explosion j’avais le Bolivar; en un mot je fais de mon château une école pour toute la province. On sait d’ailleurs que je réunis ici tous les plaisirs, et qu’on y voit
la meilleure société Grâce aux Parisiens qui
me font l’amitié de verser au Bout de mou parc.
ARMAND
Comment? grâce à ceux qui versent?
DORMEU1L.
Oui, mon ami, mon jeune ami ; depuis peu de jours que j’ai le bonheur de vous posséder, vous ne savez pas encore cela. J’ai l’avantage d’avoir, ici près , le chemin le plus diabolique ; et ce n’est pas un des moindres agrémens de ma terre.
M. le préfet me rend le service de ne pas le faire raccommoder, c’est tout simple, il n’y passe jamais. Presque tous les jours il me verse là quelques voitures. Le mois dernier, trois diligences, deux jumelles et deux vélocifères. J’offre mes secours aux voyageurs. On verse dans le sable ; jamais de blessés : des contusions seulement , quelques côtes enfoncées , des riens J’en ai le plus grand soin
et cela me fait la société la plus agréable.
ARMAND
Charmante manière de s’en procurer!
dormeuil.
Charmante ! on passe , on culbute ; il faut qu’on se repose ou qu’on se guérisse ; qu’on racommode les voitures. Vous savez que je fais les honneurs d’une certaine manière ! J’ai le meilleur cœur ! les meilleurs lits ! la meilleure table ! On