‹ Les voix champêtres [microforme]Chapitre 14 sur 15 · JEUNES GENS · texte numérisé non relu

JEUNES GENS

Soyez heureux, soyez ouverts, soyez vibrants : Les autres sont les morts, vous êtes les vivants ; Vos aînés sans attente admirent sans envie;

Car, n'ont-ils pas connu, pour lavoir éprouvé

Devant l'écrasement de ce qu'ils ont rêvé,

Tout le mensonge enclos dans la fleur de la vie!

Montréal, 29 mars 1911.

LE RETOUR

LE RETOUR

O nature éternelle, 6 nature bénie,

O jeunesse toujours de nouveau rayonnant,

Je viens la demander à ta sève infinie,

La jeunesse du cœur qui me fuit maintenant !

LE RETOUR

Oui, je viens la puiser au bord des sources claires, Je viens la respirer au sein de ton air pur, La chercher dans la paix des forêts séculaires,

Et la boire à pleins veux en buvant ton azur.

Ah! que tes souffles frais glissent sur mes paupières,

Laisse-moi me plonger tout le front dans tes caux, Refais ma volonté ferme comme tes pierres

Lorsque mon âme plie ainsi que tes roseaux.

A ton fils dont la force entière est en déroute, Accorde, sans tarder, le secours de ta main, Enseigne-lui ecmment l'on termine sa route,

Toi, qui toujours poursuis un inconnu chemin.

LE RETOUR

DE Rends-lui l'illusion sainte qui nous fait vivre, Et l'amour de l'amour, de la gloire, du beau, Tout ce mirage dont la jeunesse s'enivre, Sans lequel on est plus mort que dans son tombeau. ières : : e : | Certes, tu peux parler, je saurai te comprendre : “AUX,

Ton verbe mystique est intelligible encor A celui qui naguère apprit seul à l'entendre,

Je n'ai pas oublié l'alphabet des blés d'or,

O nature! 6 nature! en vain sur moi je pleure, Vers toi, je crie en vain, sans cesse tu souris. Hélas! t'importe-t-il qu'un de tes enfants meure! Car, si je te comprends, tu ne m'as pas

compris,

LE RETOUr

Non, tu n'as pas en toi la grandeur qu'on te prôte,

Ton murmure n’est rien qu'un bruit vide et charmant

Et, si chaque printemps revient comme une fête,

Tu dois cette jeunesse à ton avenglement.

Nos seules rides sont celles de nos souffrances, Et c'est par le malheur que l'on est vraiment vieux:

Nous voyons les motifs de nos désespérances,

Toi, nul regard vivant n'habite dans tes Yeux,

Voyageur prosterné, dès lors. je me relève!

Je reprends mon bâton, je reprends ma fierté, Et je pars, aimant mieux, sans le bandeau du rêve,

L'orgueii de ma douleur que toute ta gaîté

Montréal, 1906.

INTÉRIEUR a

INTERIEUR

Logis, logis tout neuf, dont J'ai passé le seuil,

Qui n'abritas jamais une existence humaine,

Le berceau ni la mort, la honte ni l'orgueil,

Que donneront tes murs de bonheur

ou de peine ?

INTÉRIEUR

Ah! quand je suis assis, heureux, à mon fover Ï J CT,

Sous le manchon du gaz à la blanche lumicre, Dans la petite salle au buffet de norer,

Avec ma jeune épouse exquise et printanière,

Je me dis: Goûtons bien ces radieux instants : Peut-être le malheur glisse aux fenêtres closes : Pour nous, comme pour tous, apparaîtra le temps

Où, sous le vent aigu, S'effouilleront les roses,

Ma bien-aiimée ic t'asscoir sur Oublions ce qu ire emporte dans sa Laisse baigner mc x dans 'S yeux

Mets sus mon cou t« radis € 1 de x

INTÉRIEUR

D'être ainsi savourons la longue volupté:

À l’oreille, ardemment, je te redis: je t'aime! Que ne puis-je, furtif. pour parer ta beauté,

De l'étoile des nuits dépouiller le ciel même!

Je veux, lorsque demain me Jette ses effrois, — Car le sort inconnu nous menace sans trêve — Comme de ce manteau qui rend sacrés les rois,

T'envelopper de ma tendresse et de mon réve!

Montréal. 22 oetobre 1907.

LE DINER 87

LE DINER

Bravo! l'assiette est pleine et le potage fume!

Mignonne, assieds-toi là, juste en face de moi: L'or de ce thé brûlant ferait envie au roi:

D'un arônie pareil jamais vin ne parfume.

sien loin l'ambition porte son amertume.

Mon féroce appétit te cause de l'effroi, Et câline. et riant. tu menaces du doigt,

Et je me sens le cœur léger comme une plume.

LE DINER

Devant mes yeux je vois l'horizon de tes Yeux,

La nappe, au tissu blane, les rend encor plus bleus :

Une blonde lueur dans tes cheux se joue.

Dans ce simple repas je possède un festin, Dont la musique sonne en ton rire argentin,

Par l'amour décoré des roses de ta joue.

Montréal, 15 mars 1909.

ee,

A ma femme.

Ma chère, les pommiers sont fleuris ce matin; Notre balcon est tout rempli de leur arôme,

Mais, plus que leurs parfums, ta tiède haleine embaume,

Et nulle fleur ne vaut ta joue au pur satin.

LES lV'OMMIERS SONT FLEURIS

Ma chère, vois l'azur de l'heure printanière: Pas un nuage encor ne ternit sa beauté, Mais ton regard contient plus de limpidité, Et le ciel lumineux n'a pas plus de lumière.

Ma chère, les oiseaux chantent au bord des toits,

Sous la feuille qui tourne au souffle de la brise, Mais, plus que leurs accents, ta parole me grise,

Suave est leur chanson, plus suave ta voix.

Ma chère, à l'horizon, vois ces nuages roses, Aux contours gracieux, amenés par le vent, Mais plus que du nuage au fond du firmament

Une grâce divine émane de tes poses.

Ma chère, le lilas au thyrse harmonieux Egaye le jardin où cireulent les sèves, Mais pour faire surgir et s'envoler les rêves

Le lilas le plus tendre est celui de tes yeux.

Ma chère, la verdure est comme une caresse,

Tant elle apparaît fraîche au sortir de la nuit,

Mais, plus que la rosée où de l'aurore luit,

Et plus que la verdure, est fraîche ta jeunesse

Montréal, mai 1909.

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