‹ Les voix champêtres [microforme]Chapitre 6 sur 15 · L'ARRIVÉE · texte numérisé non relu

L'ARRIVÉE

Vers nos chambres grimpant, le petit escalier Dont, sans peine, en deux bonds, nous touchions le palier 4

Ces choses de jadis me demeurent fidèles.

Je t'évoque surtout, ma chambre fraîche, toi Où, sous le frôlement des feuilles sur le toit,

Je m’éveillais au gazouillis des hirondelles.

Montréal, 3 Juln 1910.

le palier

LES SAULES

LES SAULES

A mon frère Olivier.

Frère, te souviens-tu du portique de saules,

4 De ces trois saules verts sous les soleils

ardents, AQui, pleins de nids dehors

, Pleins de sève dedans,

Voyaient, au renouveau, venir deux petits drôles, ]

*\ peine de retour, écoliers hors des geôles,

ur la pointe des pieds, du rire e

ntre les dents, ous abaissions vers nous leurs longs r fin de f,

ameaux pendants, abriquer, pour la pêche, des saules,

LES SAULES

Pourtant, malgré l'aspect verdoyant de son front, L'un d'eux souffrait déjà d'une blessure au tronc:

Une invisible griffe arrachait son écorce.

Tous, aujourd'hui, sont laids, presque sans feuilles, vieux

Je sens mon cœur serré d'avoir devant les yeux

Tant de misère après tant de vie et de force.

Montréal, 24 mnf 1910,

s, vieux

PREMIER MATIN

Se

PREMIER MATIN

Le soleil se brisait aux lames des persiennes. Pieds nus sur le bois froid, les veux lourds de sommeil, J'ouvrais, tout lapidé de plaques de soleil :

Des moineaux me venaient les voix aériennes,

Lointain pâle, buissons, fleuve bleu, vertes plaines! Papillon strié d'or, au pétale pareil !

Le songe de la nuit demeurait au réveil.

Des pigeons roucoulaient, lustrés. à gorges pleines.

PREMIER MATIN

Fureteuses, gloussant, dans l'herbe de la cour, Deux poules; dix poussins jaunes couraient autour.

Je verrai le goret dans son réduit de planches :

Tournant le taquet de la porte du jardin,

J'irai cueillir, — un taon bourdonnera soudain —

Aux touffes du muguet, de fines grappes blanches.

Montréal, 7 juillet 1190,

MA MAISON

MA MAISON

Au printemps, où l'oiseau recouvre une voix neuve,

Les deux pentes du toit de la vieille maison, La petite lucarne ouverte sur le fleuve,

Où le flot traîne sa toison,

MA MAISON

Le modeste logis, ombragé de trois saules, Voyait réapparaître un doux collégien., — La vie était alors légère à ses épaules,

Tout le futur lui semblait sien.

La brise des beaux jours lui gonflait la poitrine,

Un espoir inouï le soulevait du sol.

Il sentait sur son front une flamme divine,

Et son rêve prenait son vol.

Îl voyait l'avenir comme un horizon rose, it au bruit des battements de mains, Génie incontesté, maître de toute chose,

Sans soupconner les lendemains.

MA MAISON

di Car trop d'oiseaux chantaient dans les feuilles vernies,

Au parfum du lilas et du muguct en fleur:

À k j tl Ï f

Lorsque les pommiers blancs éclataient d'haïmonies,

Pouvait-il t'évoquer, douleur?

x Ayant devant les Yeux les blés à peine en herbe, Au cœur l'illusion de tous ses projets faux, Pouvait-il done prévoir, avant le temps des gerbes,

L'acier décisif de la faux?

Le grand jardin ouvrait ses étroites allées, Où l'enfant revenait songer à petits pas, D'où les moineaux criards Senfuvaient par volées,

Pour s'abattre aux buissons. là-bas.

MA MAISON

Le soleil couvrait d'or Ja terre sèche et gris

Un peuplier tremblait av

A l'écorcs pendu,

frôlement de l'air; sous la voix de Ja brise,

Montait, en tournant, le pivert,.

Les fleurs

de la n'aison qu'au jardin l’on tran Allaient toutes

splante ; bientôt, fleurir comm

€ autrefois, Et le ciel étendait &

a pureté brillante

Au loin, sur des prés ou des bois,

Montréal, 13 Juillet 1906,

LA MOUCHE VERTE 29 a ——————————————————————]—]]

Page 1