JACQUES D’ARC, ISARELLE, JEANNE
{La porte s'est ouverte doucement et Jeanne apparaît, un peu triste. Elle va pour embrasser ses parents. Le père la repousse)
JEANNE
Vous aurais-je offensé, Père ?
JACQUES d’arc
Oui, je m’inquiète
Des folles visions qui te troublent la tête.
Jeanne, tu n’es plus sage, et comme nous t’aimons.
Nous voulons t’arracher au pouvoir des démons.
JEANNE
Comment !... Vous savez donc ?
JACQUES d’arc
Que ta pauvre cervelle Invente tous les jours des sottises nouvelles.
Mais tu deviens démente à te faire enfermer.
JEANNE
Mon père, arrêtez-vous, vous allez blasphémer.
JACQUES d’arc (continuant son idée)
Ma femme me blâmait d’exagérer mes craintes.
' ISABELLE (doucement)
Oui, Jeanne a trop de foi...
JEANNE (avec fermeté)
Pour renier mes Saintes.
JACQUES d’arc (furieux)
Si tu parles encor de tes Saintes... Malheur !
ISABELLE (conciliante)
Ne prends pas avec elle un ton si querelleur.
Notre Jeanne est toujours digne de notre estime.
C’est quelque sortilège. Elle en est la victime.
Les Saints ne quittent pas le beau Ciel triomphant.
Jésus le quitte bien pour le cœur d’un enfant.
ISABELLE
C’est orgueil de vouloir toucher leur auréole
JEANNE
Mais c’est humilité de croire a leur parole.
ISABELLE
Ecoute ton curé, ton père et les apiis,
Jeanne, mais ne crois plus que le Ciel ait permis Que les Saints, revêtant des formes naturelles.
Puissent venir causer avec des pastourelles.
Tant de présomption cache bien des dangers.
JEANNE
Les Anges cependant parièrent aux bergers.
ISABELLE
C’était pour annoncer la grande délivrance De la terre.
JEANNE {avec éclat)
Aujourd’hui, c’est celle de la France I ISABELLE {avec découragement)
Que c’est triste, mon Dieu. Cette enfant qu’on aimait Plus que les autres presque.
JACQUES d’arc {avec un rire amer)
Eh bien ! elle promet.
J’aurais dû m’en douter ; lorsque chez nous naguère,
Je laissais raconter les malheurs de la guerre.
L’enfant devenait grave, au fond de ses regards On aurait vu passer des fantômes hagards.
La malédiction qui leur est coutumière.
Avec tous ses vaincus, entra dans ma chaumière.
JEANNE
Non ! mon père, leur voix nous disait « Haut les cœurs » Les vaincus d’aujourd’hui sont demain les vainqueurs ; Dieu nous frappait hier, mais demain Dieu nous venge.
iSABEi.LE {étonnée)
Quoi ! c’est Jeanne qui parle ainsi.
J EANNE
Non ! mais l’Archange,
L’Archange saint Michel. Père pardonnez-moi.
Ah î si vous aviez vu mon trouble, mon émoi Depuis quatre ans. Ce soir, je me suis débattue Contre la mission qui m’aceable et vous tue.
Mais LArcbange que j’ai supplié vainement,
Est implacable et beau comme le diamant !
Il faut le suivre.
JACQUES d’arc
Où donc ?
JE A'SNE {voyant sa mère en larmes adoucit V expression de sa voix)
Ala mère désolée,
•Et vous, père, oh I pardon.
JACQUES d’arc
Où donc ?
JEANNE (après une hésitation)
Dans la mêlée.
JACQUES d’arc
Laisse-moi rire !
JEANNE
Et sbl fallait partir demain ?
JACQUES d’arc (cui comble de la colère)
Eh ! bien ! j’aimerais mieux te noyer... de ma main. (Après un moment)
Je vous laisse, j’ai peur que ma raison ne sombre Et je vais me terrer avec mon chagrin sombre.
(Jacques d'Arc s'en va grondant entre ses dents. Jeanne apeurée se serre contre sa mère. Celle-ci rentoiire de ses bras et fait le geste de la bercer.