‹ Les voix de Jeanne d'ArcChapitre 28 sur 57 · JEANNE LA TRÉ.MOILLE · texte numérisé non relu

JEANNE LA TRÉ.MOILLE

Peut-on vous demander pourquoi Votre étendard venait au sacre après le Roi,

Au risque d’offusquer plus d’un grand capitaine ?

JEANNE

Il avait été mis tant de fois à la peine

Qu’il était juste enfin de le mettre à l’honneur.

LA TRÉMOILLE

11 VOUS venait dit-on ?..

JEANNE

De la part du Seigneur.

Mon étendard ! il fut pour moi l’arme parfaite,

Et dans un vol de gloire emporta la défaite !

LA TRÉMOILLE

Mais l’étendard enfin ce n’est qu’un oripeau,

C’est moins qu’une arme

JEANNE {avec transport)

C’est bien plus, c’est le Drapeau !

Un bout d’étoffe dites-vous ? Oh ! non c’est Elle !...

Et ses hameaux autour des clochers de dentelle Sont accroupis, tels des poussins, ou sont perchés Au flanc des monts ainsi que des chèvres. Couchés, Contre l’Eglise, au pied d’un vitrail qui s’allume.

Les morts y ont moinspeuret moins froid dans leur brume; Le cimetière où des nids chantent dans les ifs.

Est un jardin tout comme un autre, plus pensif...

Leur mémoire y bourdonne aux groupes le Dimanche... Une haie enfantine et que Mai fait très blanche Laisse voir les foyers où sont les tout-petits.

Et les vieux trépassés n’en ont plus l’air partis.

Elle est la Terre douce entre toutes les terres,

Ses ciels d’aube et ses ciels de soir, dans leurs mystères Semblent une marée exquise d’ Angélus !...

Pour tout cela je l’aime et je l’aime bien plus Parce que je sens, là, bruissant dans mon âme Des rires de héros et des chansons de femme.

Quelque chose de gai, de tendre, de vainqueur !

Quelque chose qui m’enamoure !... Et c’est son cœur !

Je l’aime : Elle est le Droit contre la Force immonde.

Et quand son glaive brille il fait jour dans le monde ! Elle, qui sur son fils le plus déshérité.

Verse un peu de splendeur et toute sa clarté.

Qui chasse l’étranger comme une valetaille.

Lorsque ses champs de l)lé sont des champs de bataille Et que le coq gaulois réveillant les échos.

Fait ])leuvoir son beau sang sur les co([uelicols ;

On dirait qu’il suffit d’entendre ses fantares Pour voir fuir les oiseaux de nuit et les barbares ;

C’est elle qu’on invoque à travers les barreaux Pour venger les martyrs et punir les bourreaux.

Elle, la Nation apôtre et maternelle !

r.A TllKMOTl.LE

De (fui j)a liez-vous donc ?

.lEANNE

De la France éternelle !

LA IIIRE (à la foule)

Jurons tous de lutter pour elle en rangs épais.

LA FOULE

Nous le jurons !

(La Trémoïlle à l'écart sourit silencieusement)

JEANNE (à La Trémoïlle)

Et vous, vous songez

LA TRÉMOÏLLE

A la paix !

JEANNE

La paix dans la Victoire, oui, pas une paix fausse. Regardez ! Le pays est une immense fosse.

Des milliers de ses fils y sont entremêlés Et les petites croix qui tremblent dans les blés Semblent crier à tous : « Le- sang qui nous arrose Ces héros Font donné comme on offre une rose 1 »

... Jusqu’à ce que la Bête ait sous les dents le mors Si nous faisions la paix nous trahirions les Morts !

(La foule écoute muette et frémissante)

LA trémoïlle

Je vous laisse à La Hire, il saura vous comprendre.

(Il salue et va pour se retirer. La foule l'imite en criant)

LA FOULE

Noël pour Jeanne !

JEANNE (émue)

Ce peuple est bon !

LA TRÉMOÏLLE (s6 vetoume et entre ses dents)

Bon à prendre !

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