‹ Les voix de Jeanne d'ArcChapitre 3 sur 57 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MENGETTE, HAUVIETTE, ÉLISABETH, GATHEtUNE. MAUVIETTE (la. voix presque basse., un peu honteuse)

C’est im péché.

MENGETTE (criant)

• Tant pis.

ÉLISABETH

Nous VOUS offrons, ô fées,

Ces guirlandes de fleurs par nos mains agrafées.

CATHERINE

Cet hommage de Mai toujours leur fut rendu,

MENGETTE (espiègle)

Et c’est très amusant puisque c’est défendu.

CATHERINE

Si nous les négligions, elles seraient moroses,

ÉLISABETH

Leur haguelte en chardons pourrait changer les roses.

CATHERINE

La vipère à leur gré reste captive ou sort.

HAUVIETTE

Jeanne en rit,

CATHERINE

Mais j’ai peur qu’on ne lui jette un sort !

HAUVIETTE

Comme à Pierrette,

MENGETTE

Qui s’est un soir envolée,

Dieu sait où !

CATHERINE

Mais quelqu’un l’avait ensorcelée.

ÉLISABETH

Le fou, son père, est mort hier sans la revoir.

MENGETTE

Jeanne n’est pas Pierrette, elle est toute au devoir.

HAUVIETTE

Un nuage a passé sur son âme rieuse.

CATHERINE

Elle est par trop dévote,

• MENGETTE

Et par trop sérieuse.

CATHERINE

A son âge, elle abuse un peu de l’oraison.

ÉLISABETH

Elle est comme un beau fruit mûr avant la saison.

HAUVIETTE

Bonne fille pourtant,

MENGETTE

Et brave villageoise Qui pour coudre et filer ne craint nulle bourgeoise.

HAUVIETTE

Par elle les cliagrins errants sont consolés.

ÉLISABETH

Elle est fange gardien de tous les exilés.

CATHERINE

Mais ces réfugiés que chez nous elle invite,

Lui font tant de récits...

MENGETTE

Que son cœur bat trop vite.

CATHERINE

Elle songe à la guerre, au sort des combattants.

MENGETTE

Bah 1 notre rôle à nous !...

{Elle s'interrompt comme si elle posait une devinette)

TOUTES

C’est d’être ?

MENGETTE [souriant]

Le Printemps

Laissons, à la forêt, rêveuse et rêverie.

ÉLISABETH

Oui, Mengette, et dis-nous le chant de la prairie. CHANSON DE LA PRAIRIE

La Prairie est une chanson Pas triste et pas mystérieuse.

La Pâquerette sans façon N’a pas des airs de précieuse Qui feraient sauver le pinson.

Je cherche les champs où la moisson bouge Lorsque de bleuets ils sont étoilés,

On dirait qu’il pleut du Ciel dans les blés !

Leurs coquelicots sont d’un si beau rouge,

Qu’il me semble voir le sol presqu’humain, Saigner fièrement pour donner du pain !

La Prairie est le rondel Des grillons sonores.

L’alouette, ivre de Ciel,

La chante aux aurores.

La Prairie est la chanson Du blé qui s’agite ;

Son rythme est fait du frisson De ses marguerites.

Dieu la crible de rayons Où l’amour pullule,

Dans le vol des papillons Et des libellules !

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