‹ Les voix de Jeanne d'ArcChapitre 32 sur 57 · VOIX DIVERSES · texte numérisé non relu

VOIX DIVERSES

Non ! arrêtez î ne nous la prenez pas !

JACQUES d’arc

C’est ma fille

LES FEMMES (ensemble)

Mais non, c’est notre sainte.

JEANNE

ANNE

Hélas !

Elle a guéri mon homme,

MARIETTE

Elle a par sa prière

Sauvé l’âme du mien.

JACQUELINE

C’est la vierge guerrière,

ANNE

C’est l’ange des combats,

LOYSE

C’est la petite sœur.

MARIETTE

Elle a tant de courage,

LOYSE

Elle a tant de douceur.

TOUTES (criant)

Laissez-nous la.

JACQUES d’arc

Vos cris n’ont rien qui m’épouvantent.

Je la renmène.

MARIETTE

Non !

TOUTES

Jamais !

MARIETTE

Pas moi vivante !

JEANNE

C’est mon père, et son droit...

ANNE

N’est pas le droit de Dieu.

JEANNE

O mes sœurs ! laissez-moi pourtant vous dire adieu. Vous savez si mon cœur est infidèle ou lâche.

Mais je dois vous quitter car j’ai fini ma tâche.

JACQUELINE

Au nom du ciel.

ANNE

Et de la France.

MARIETTE

A VOS genoux,

Nous vous crions, ô Jeanne, ayez pitié de nous !

Que deviendront nos fils, nos hommes et nos maîtres ?

JACQUELINE

Ce qu’ils étaient avant

ANNE

Des pillards et des reîtres.

Ils jureront,

MARIETTE

Ils voleront.

JACQUELINE

Abandonnés,

Ils vivront en païens et mourront en damnés.

Nous entendrons encor dans nos nuits d’insomnie.

Le cri désespéré de leur lente agonie ;

Nous les verrons errer en hurlant de remords, Spectres qui n’ont plus droit aux prières des morts.

LOYSE

Je n’ai pas tout à fait vingt ans et je suis veuve.

Mes yeux ne riront plus. Pourtant malgré l’épreuve Je mets, ô doux absent mes pas dans tous tes pas. Jeanne un jour nous a dit « La mort n’existe pas »

Pour couronner les champs d’honneur, criblés d’entailles, Les Ciels les plus peuplés sont les ciels de batailles, Regardez ! A travers l’azur des firmaments,

C’est la superbe ascension des régiments,

Sous l’armure de gloire où l’éternité brille,

L’ange qui les conduit ressemble à votre fille. »

C’est elle qui m’apprit le difficile espoir :

Quand nous sommes moins lourds pour nos pensers, le soir. Elle joignait mes mains pour des ferveurs paisibles.

Et nous sentions tout près de nous les invisibles.

Elle m’a dit comment le mien a su s’offrir,

Et les gestes qu’elle eut pour l’aider à mourir.

Aimant à répéter pour ennoblir mes plaintes (( Les veuves des héros devraient être des saintes »

Et c’est presque facile, ô Jeanne, à ton côté.

JACQUELINE

Vous voyez bien qu’elle est à nous en vérité.

MARIETTE

Nous la prendre, la prendre à la France meurtrie, C’est nous vendre à l’Anglais,

TOUTES

C’est trahir la Patrie.

JACQUES d’arc

Jeanne ! n’écoutons plus.

JEANNE

Oh ! pauvre père.

MARIETTE (appelant)

Holà !

Manants ! Soldats ! Bourgeois ! Vous tous

TOUTES

Arrêtez-la !

(Hommes d'armes et habitants arrivent de tous côtés. Bientôt se produisent des discussions et des bagarres.)

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