VOIX DIVERSES
Non ! arrêtez î ne nous la prenez pas !
JACQUES d’arc
C’est ma fille
LES FEMMES (ensemble)
Mais non, c’est notre sainte.
JEANNE
ANNE
Hélas !
Elle a guéri mon homme,
MARIETTE
Elle a par sa prière
Sauvé l’âme du mien.
JACQUELINE
C’est la vierge guerrière,
ANNE
C’est l’ange des combats,
LOYSE
C’est la petite sœur.
MARIETTE
Elle a tant de courage,
LOYSE
Elle a tant de douceur.
TOUTES (criant)
Laissez-nous la.
JACQUES d’arc
Vos cris n’ont rien qui m’épouvantent.
Je la renmène.
MARIETTE
Non !
TOUTES
Jamais !
MARIETTE
Pas moi vivante !
JEANNE
C’est mon père, et son droit...
ANNE
N’est pas le droit de Dieu.
JEANNE
O mes sœurs ! laissez-moi pourtant vous dire adieu. Vous savez si mon cœur est infidèle ou lâche.
Mais je dois vous quitter car j’ai fini ma tâche.
JACQUELINE
Au nom du ciel.
ANNE
Et de la France.
MARIETTE
A VOS genoux,
Nous vous crions, ô Jeanne, ayez pitié de nous !
Que deviendront nos fils, nos hommes et nos maîtres ?
JACQUELINE
Ce qu’ils étaient avant
ANNE
Des pillards et des reîtres.
Ils jureront,
MARIETTE
Ils voleront.
JACQUELINE
Abandonnés,
Ils vivront en païens et mourront en damnés.
Nous entendrons encor dans nos nuits d’insomnie.
Le cri désespéré de leur lente agonie ;
Nous les verrons errer en hurlant de remords, Spectres qui n’ont plus droit aux prières des morts.
LOYSE
Je n’ai pas tout à fait vingt ans et je suis veuve.
Mes yeux ne riront plus. Pourtant malgré l’épreuve Je mets, ô doux absent mes pas dans tous tes pas. Jeanne un jour nous a dit « La mort n’existe pas »
Pour couronner les champs d’honneur, criblés d’entailles, Les Ciels les plus peuplés sont les ciels de batailles, Regardez ! A travers l’azur des firmaments,
C’est la superbe ascension des régiments,
Sous l’armure de gloire où l’éternité brille,
L’ange qui les conduit ressemble à votre fille. »
C’est elle qui m’apprit le difficile espoir :
Quand nous sommes moins lourds pour nos pensers, le soir. Elle joignait mes mains pour des ferveurs paisibles.
Et nous sentions tout près de nous les invisibles.
Elle m’a dit comment le mien a su s’offrir,
Et les gestes qu’elle eut pour l’aider à mourir.
Aimant à répéter pour ennoblir mes plaintes (( Les veuves des héros devraient être des saintes »
Et c’est presque facile, ô Jeanne, à ton côté.
JACQUELINE
Vous voyez bien qu’elle est à nous en vérité.
MARIETTE
Nous la prendre, la prendre à la France meurtrie, C’est nous vendre à l’Anglais,
TOUTES
C’est trahir la Patrie.
JACQUES d’arc
Jeanne ! n’écoutons plus.
JEANNE
Oh ! pauvre père.
MARIETTE (appelant)
Holà !
Manants ! Soldats ! Bourgeois ! Vous tous
TOUTES
Arrêtez-la !
(Hommes d'armes et habitants arrivent de tous côtés. Bientôt se produisent des discussions et des bagarres.)