‹ Les voix de Jeanne d'ArcChapitre 57 sur 57 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

JEANNE {seule)

O bonheur ! Quand demain la pâleur de l’aurore S’unira sur l’autel au cierge qui le dore,

Quand le ciel s’emplira d’harmonie et d’amour,

Comme pour acclamer mon pauvre dernier jour,

Un bon prêtre vêtu de la chasuble blanche Dira sa messe lente ainsi qu’un beau dimanche.

Et je suivrai d’un œil fixe ses gestes doux Pareils à ceux que fait le Curé de chez nous ;

Car, malgré la distance et malgré les frontières,

C’est le même latin et les mêmes prières.

Que je ne comprends pas et que j’aime pourtant.

Comme un langage familier que l’on entend...

Puis quand le prêtre aura dit : « Je ne suis pas digne . » Quand il aura mangé Ton froment, bu Ta vigne,

Alors, je m’en viendrai vers Toi, Toi le trésor Qu’on cache avarement dans le ciboire d’or.

Je m’agenouillerai toute pâle de joie.

Le prêtre Te prendra de son doigt qui flamboie.

Et puis Tu T’en viendras vers moi. Seigneur Jésus !

Toi qui m’as faite, à Qui je vais, pour Qui je fus !

Toi qui seras en moi pour la grande souffrance. .

SAINT MICHEL {apparaissant dans une gloire de lumière)

Lui ! Qui sera pour toi la grande Délivrance .

JEANNE {transfigurée)

Délivrée ! Ab ! vraiment je le serai demain.

Je n’avais pas compris. Mon esprit trop humain Donnait un sens mesquin aux promesses des Saintes. Plus de combats... plus de douleurs... plus de contraintes... Des ailes ! comme vous et pour l’éternité.

Vous ne vous trompiez pas, voilà la liberté !

{La prison tout entière s'emplit de clarté et les saintes apparaissent à leur tour.)

Mon Dieu ! quelle clarté douce et surnaturelle I

SAINTE MARGUERITE

C’est le commencement de l’aurore éternelle.

SAINTE CATHERINE

C’est la couronne après les labèurs accomplis.

Des lys ! encore des lys ! Voilà qu’il pleut des lys !

(On entend une musique lointaine et très douce, puis un chœur qui se rapproche.)

Jamais je n’entendis une telle musique.

{On distingue de plus en plus les paroles du chœur. C'est Vhijmne (( Jesu corona Virginum ». )

SAINTE MARGUERITE

C’est le chœur virginal et le chœur angélique.

JEANNE {extasiée)

Ah ! Jesu Maria ! je vois tous les élus !

Qui me tendent la main... Je vois... ^

{On lui touche l'épaule. C'est Cauchon hagard d'épouvante)

CAUCHON

Tu vois ?

JEANNE {avec un cri de triomphe)

Jésus !

— : RIDEAU

MAMERS. - IMPRIMERIE Gabriel ENAULT. — 1117.

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