VOIX DES SAINTES
Jeannne ! Jeanne ! Courage !
CAUCHON
Un mot ! Rien qu’un seul mot à double sens.
{Blême de colère et d'effroi il essuie la sueur qui l'inonde)
J’enrage.
LOYSELEUR (livide et grelottant)
Je tremble.
JEANNE (les yeux au ciel)
J’obéis... Donc ce ne fut pas moi Qui délivrai la France et fis sacrer le Roi,
C^e sont eux, ce sont eux, mes Saintes, mon Archange ! Et ce n’est pas de moi, c’est d’eux que Ton se venge. On voudrait m’arracher l’ombre d’un désaveu.
Mais vous ne l’aurez pas le Silence de Dieu !
Contre ses Voix, pour vous il n’est plus de refuge.
{Elle fixe Loyseleur)
Toi ! Loyseleur...
LOYSELEUR (éperdu, défaillant)
Ces yeux... sont les yeux de mon juge. Malheureux !... Malheureux !... Du ciel abandonnés. Nous brûlons une sainte
{Avec un cri d'effroi)
Et nous sommes damnés !
{Il s'en va titubant)
JEANNE
A ce pauvre être dont la grâce se retire,
Seigneur, ne faites pas tro]) payer mon martyre.
C’est le commencement. Hélas ! Je crains encor Que plus d’un comme lui ne soulîre de ma mort.
Moi, Je pardonne à tous ; que chacun me pardonne !
Je n’ai [)lus qu’un désir au inonde ; qu’on me donne Le corps de mon Sauveur.
CAUCHON (la tète dans les mains, semble abattu, puis après un moment)
Un pouvoir surhumain
Me courbe... Vous pourrez communier demain.
{Caiichon se retire lentement avec la démarche accablée d'iin homme qui vient tout à coup de vieillir.)