POST-FACE
Bien des gens, sans doute, me feront un crime de la publication de ce livre; ils diront que si mon expérience du magnétisme me permettait d’écrire sur cette matière, ma profession eût dû me l’interdire. ~ Je ne serai point surprise de leur jugement sévère, car longtemps j’ai partagé cette opinion.
Voici ma justification anticipée ;
Depuis que j’exerce le magnétisme, je me suis, bien souvent, trouvée en relation avec des hommes remarquables à divei's titres , médecins ou littérateurs célèbres ; lorsque je leur parlais du magnétisme, et de la nécessité qu’il y a que quelques hommes éminents prennent hautement la défense de ce pauvre calomnié, je recevais une réponse toujours semblable : On ne peut faire encore d’ouvrage sérieux sur le magnétisme, parce que les faits manquent.
J ai tenté de combler cette lacune ; je n’ai point voulu taire de propagande magnétique, mais seulement de l’histoire antique ou contemporaine. Je n’attribue pas à mon oeuvre une valeur qu elle n a pas, sans doute, je n’espère point avoir fait des convictions, mais je désire ardemment qu’il vienne en aide aux écrivains magnétiques de l’avenir.
Après cette défense, en ma faveur seulement, il en est une autre, beaucoup plus grave, plus sérieuse, et d’une toute autre importance, que je dois pi’ésenter au nom du somnambulisme dont je me ferai 1 interprète en cette pirconstance ;
Dans un ouvrage publié dernièrement, contre le magnétisme, M. Mabru, lauréat de l’Académie des sciences (non comme champion de cette cause assurément), après avoir, au nom de ses opinions personnelles, prononeé le verdict de condamnation du magnétisme , termine cependant en portant aux somnambules le défi de lire un mot écrit dans une boîte fermée; promettant 3,000 francs de récompense à celui ou celle qui lui apportera la conviction.
Bien que cette proposition me paraisse dépourvue de gravité, en raison de son point de départ ou des conséquences qu’elle peut avoir, comme le défi qu’il porte a déjà été proposé maintes fois par des incrédules de toutes nuances; voici ce que je lui répondrai en mon nom propre :
J’ai dit dans un chapitre de cet ouvrage qu’on ne pouvait que désirer ardemment, pour le progrès du magnétisme, qu’on établît bientôt des certificats d'aptitude à l'exercice du somnambulisme-, voici quelques expériences qui pourraient entrer dans le programme à remplir :
1® La somnambule, devant un jury de Docteurs, serait mise en rapport avec un malade amené secrètement. Elle devrait faire le diagnostic complet de la maladie, indiquer le point de départ, les souffrances, la durée des crises s’il y en a, et leurs époques, si elles sont périodiques ;
2® La même expérience répétée sur les cheveux d’un malade absent;
3* Conduite dans un amphithéâtre, et mise en face d’un cadavre, la somnambule devrait dire la cause ayant produit la mort, et indiquer les organes affectés ou les lésions existantes. — Aussitôt, par l’autopsie, les médecins s'assureraient de la vérité de ses indications.
'Icelles sont les expériences que toute somnambule devi’ait produire, dans des conditions données. Je suis prête, moimême, à m’y soumettre, soit au sein des Académies, soit seulement pour donner au magnétisme de nouveaux prosélytes. Je les accepte, parce que j’y vois un but d’utilité réelle; parce qu’en les produisant, mes efforts tendront à faire progresser l’art de guérir; mais je refuse formellement de me soumettre à des expériences, qui ne tendent à satisfaire qu’une curiosité puérile ou ridicule.
Telle est ma réponse à tous les prix Burdin, Mabru et autres, pour lesquels j’accepterai de concourir, loi’squ’on m’aura démontré Futilité qu’il y a à lire dans une boîte fermée.
JosÈriiiNE MONCKHEL.
appendice
put I.E D' 4MÉDÉE MOUIIE.
Vouloir -’touvoir - savoir.
J. — Dans la situation où se trouve actuellernent le magnétisme, par rapport à la médecine olficielle, cest un devoii d’iionneur, pour ses adeptes, pour tous ses croyants, de se lever en masse pour proclamer hautement leur croyance , et pour déclarer les motifs de leur adhésion.
En effet, se renfermer dans un silence systématique, repousser le magnétisme sans vouloir 1 étudier, leniei en public, tout en le pratiquant en secret , me paraît incompatible avec la dignité de l’homme et du médecin , et porter un égal préjudice à la science et à l’humanité.
Par ce préambule, on peut comprendre que je viens, après de sérieuses études, faire ici une loyale piofession de foi.
H.— L’homme, pour moi, est formé d’une Trinité, c’est-àdire, qu’il y a en lui trois parties bien distinctes : le Corps, l’Ame, et le Principe fluidique.
Le corps, assemblage d’organes fonctionnant d’une manière harmonique, sort de la terre, a besoin de la terre pour croître et se maintenir, et doit retourner à la terre.
L’âme, émanation de Dieu, estime entité dans' la vie générale, une entité capable de joie et de douleur, et destinée à rentrer dans le centre commun de toutes choses. C’est \e principe vital, V archée, \a pensée, Vesjmü, la conscience, le yovi des médecins et des philosophes. C est la vie p«ir" tielle de chacun dans l’ensemble des vies. C est le moi qui fait la force et qui imprime le mouvement individuel.
Enfin, le principe fluidique, est l’agent spécial répandu partout dans la nature, dans tous les organismes; qui donne l’impulsion à l’univers, comme à la machine humaine, bans lui, rien ne saurait être, excepté Dieu. C’est \q nous qui relie l’individu aux masses, et celles-ci à Tuniversalite des mondes, et qui est également indispensable à la vie geneiale et à la vie individuelle. Que ce fluide se manileste dans fP’^lques êtres sous le nom A'instincf, que ce fluide s’appelle attraction,, cohésion, aimant, électricité, magnétisme, élhei , peu
— lÜO —
importe; il n’en est pas moins, lui aussi, une entité distincte, bien qu’insaisissable et impalpable, et, comme l’àme, se manifestant uniquement par ses effets. C’est en un mot la vie éthérée, la vie fluidique.
Si l’on fouille la formation et l’existence la plus secrète des mondes, si l’on examine tout ce qui existe, tout ce qui est, on voit que ce principe Iluidiquc forme, baigne et imprègne toute chose. Partout il s’annonce par des phénomènes analogues. Dans les métaux, dans les plantes (la sensitive), dans les reptiles, dans les poissons (la torpille) , dans les insectes, dans les oiseaux (le vautour, l’aigle, l’alouette), dans les animaux (le tigre, le chien d’arrêt, le chat), etc., etc.; c’est V aimant , la phosphorescence , la contractilité , la fascination , le miroitement, l’électricité, la puissance magnétique, etc. Dans l’air atmosphérique, c’est l’accumulation de l’électricité donnant naissance au tonnerre. Dans les corps, c’est la cohésion; dans les grandes harmonies des mondes, c’est l’attraction.
m. — Un seul être serait-il donc dépourvu du principe fluidique ! Et ce serait précisément celui dontles regards embrassent les espaces, mesurent et dénombrent lesmondes; ce serait l’homme! L’homme, ce chet-d’œuvre de'la création 'sublunaire; cette synthèse. manifeste de tous les attributs épars dans les autres êtres! Évidemment, il ne peut en être ainsi.
En effet, dans les relations d’individu à individu, il y a constamment action du principe fluidique, et ce principe n’agit pas seulement dans les rapports des hommes entre eux, il se produit encore et opère sans cesse, dans toute l’échelle animale. Mais dans l’être humain , il se fait sentir par deux courants contraires, exactement comme l’électricité, et il produit attraction et répulsion, sympathie ou antipathie. N’y a-t-il pas des personnes qui attirent et d’autres qui repoussent?
Que plusieurs hommes soient réunis, il en est toujours un qui domine. N’est-ce pas là un effet du principe fluidique (|ue ce dernier possède à un degré supérieur, et qu’il peut dégager volontairement, ou même à son insu , avec plus de force, avec plus d'intensité !'
Le timbre d’une belle voix, les sons harmojueux de la musique, une lecture agréable, la contemplation des grandeurs de l’univers, pour ne parler que de ces canoës de sensations et de sentiments, nous charment et nous remuent profondément. Qui ne voit encore là l’action du principe fluidique! L’amour, l’amitié, (jue dis-je? les agglomérations
sociales elles-mêmes n’ont d’autres raisons d’être que de secrets et continuels échanges d’effluves de ce principe général qui est en nous.
Si le corps humain est une machine que l’âme vivifie et dirige, c’est parce que le principe Iluidique lui donne son mouvement d’action. Le corps, sans aucun doute, obéit h lame qui lui imprime la volonté que seule elle possède, mais il est aussi sous l’empire de la vie iluidique, qui constitue, elle, la série des agents extérieurs, dont l’influence sur l’homme physique et moral se fait forcément et directement ressentir, au dedans comme au dehors de lui-même.
Le corps est donc conduit par l’âme, mais il est mù par l’activité du principe iluidique.
IV. — Il ressort, comme conséquence logique de cette Trtnité, que l’existence animale est complexe, et qu’en outre, chaque rouage des organes de l’intelligence, fonctionnant dans la double sphère d’attraction et de répulsion invaria blement tracée par le Créateur, voit se développer ou disparaître les aptitudes diverses et multiples de l’individu, selon que ces aptitudes en germes et à l’état latent, mais inégales, sont mises en mouvement par l’action du principe fluidiqne’ dans l’inégalité originelle de leur nature.
L’homme, dont tous les besoins sont exclusifs et personnels, ne peut donc satisfaire aucune des exigences de sa nature physique, sans qu un agent extérieur ne vienne lui fournir des secours. Il faut à sa nature morale, et essentiellement aimante, la douce affection de ses semblables Cette sympathie de 1 homme pour 1 homme a créé et maintient la société, de meme que cette affinité mystérieuse, qui relie entie elles toutes les choses creees, forme et protège aussi les harmonies de l’univers.
V. Le principe Iluidique a été démontré existant chez 1 homme, à un degre supérieur, comme cet homme possède avec la même supériorité chacun de ses attributs. Qu’il prenne là le nom d’agent magnétique, d’électricité, le principe Iluidique n’en agit pas moins activement. Et d’abord une preuve physique et appréciable pour tous : à l’approche d’un orage, alors que l’atmosphère est chargée d’électricité les êtres, hommes et animaux, qui ne possèdent point en eux une somme suffis’ante de la vie Iluidique , en absorbent l’excès dans l’air ambiant, et s’en trouvent mieux. Ceux , au contraire, en qui le fluide abonde, sentent que l’air leur
maiKiue; ils sont accablés par cet excès d’électricité; ils éprouvent, par suite de l’oppression, un malaise général, et souvent même sont frappés de congestion cérébrale et de mort.
De même, si par d’autres causes, il s’est fait dans une partie du corps, une déperdition trop considérable du principe Iluidique, on y constate la débilité, l’alfaiblissenient, l’asthénie : tandis que, si au contraire, ce fluide vient à s’accumuler dans un point de l’organisme, il y aura alors sur ce point excès de vitalité, congestion, inflammation. C’est sur ce fait, par parenthèse, que l’illustre Broussais a basé son système général de l’irritation.
Il est évident que ce principe fluidique pourra être déplacé en plus ou en moins , dans certaines limites, et qu’on pourra le diminuer ou l’accumuler. En chassant ce principe iluidique des extrémités, pour l’agglomérer aux centres nerveux, au cerveau par exemple, on verra se produire dans cet organe l’excès de vitalité dont nous avons parlé, un excès d’action, un excès de phénomènes. Dans ces cas, des effets particuliers, dans l’ordre moral et intellectuel, seront la conséquence de la perturbation survenue dans l’économie du corps humain ; une exaltation singulière de la puissance cérébrale se produira ; ce qui pourra déterminer une surexcitation de toutes les facultés mentales , l’extase contemplative, l’hallucination, le délire et jusqu’à la frénésie. Alors la vie de relation déborde le monde terrestre ; elle allonge la chaîne qui la retient au corps et se transporte, malgré lui, dans une sphère d’action différente et supérieure. Cette sphère d’action n’a plus de bornes ; la distance , l’opacité des corps environnants ne sont plus des obstacles pour cette vision magnétique. Ce que l’individu n’eût pu voir ni entendre, dans l’état normal , la vision magnétique le perçoit distinctement. Elle acquiert, non seulement une conscience plus exacte du présent, un souvenir plus clair du passé, mais encore un prolongement inouï de la faculté ordinaire de prévision que quelques-uns , frappés seulement de ses résultats, désignent journellement par l’appellation pittoresque de seconde vue, et qui, pour moi , n’est autre que la faculté de prévision qui voit dans l’avenir comme dans le passé.
VI. — Comment se fait-il donc, qu’on ait voulu refuser à l’homme une faculté aussi nécessaire à ses besoins, à son essence que la prévision! Quoi! l’homme doué d’instinct et de raison, doué de facultés si nombreuses, si étranges, si
merveilleuses, aura lejugemeul qui lui fera
choses réelles et üctives, il aura la mémoire qui lui
le passé, il «tura la conscience (jui lui donnera de ^ ;
le présent, et il n’aura rien qui lui nidique 1 avenir? l e
doit donc vivre iiue par le passé, puisque le présent u est deja plus alors qu’il en a le sentiment !
Certes, Von n’eût jamais songé à refuser à l’homme la faculté de prévision, ou de vue à distance, si POur lonctionM elle n’avait besoin d’être, pour ainsi dire, degagee de l enveloppe matérielle de l'individu!
Eh bien ! que l’on dégage l’àme de son écorce terrestre, qu’on l’enlève doucement à son enveloppe de chair, et en la confiant au principe fluidique, on reconnaîtra les effets dt son action par la lucidité de sa faculté de prévision. Le corps frissonne, devient froid, insensible, il semb e pleurer le depart de son hôte , mais celui-ci porte sur les ailes ardentes du courant fluidique, court, vole , ainsi que le mot b’^nsmis le long du fil électrique, au point ou son guide le conduit, il examine Là chaque chose et voit tout ce qui s y passe. Il en a la perception qu’il nous transmet avec une rapidité et une vérité remarquables.
C’est ainsi que, par l’imagination, par la pensée, l’homme peut à l’instant se transporter là où il lui plaît, quels que soient les lieux et les distances, dans le passé comme dans l’avenir.
Cette faculté de prévision est si naturelle, qu’elle s’exerce souvent d’elle-raême chez l’individu, dans le dehre, dans l’extase, dans le moment de la mort.
VII. — J’ajouterai , comme conséquence de tout ce qui précédé, que les effets que le principe fluidique produit de luimême, et par son jeu naturel sur l’âme et sur le coips, peut être déterminé artificiellement. En d autres termes, je soutiens qu’il est donné à l’homme d’employer, de déplacer et de diriger à son gré , dans une certaine proportion, la quantité du principe fluidique qui est en lui ou dans autrui. C’est ce que l’on appelle l’action ou la puissance magnétique.
On voudrait nier cette faculté, parce qu’on n’a pas encore su la dégager de toute erreur! Mais, qu’on me le dise : .\t,on jamais eu l’idée de nier 1 imagination , paice que certains hommes en sont dépourvus! La mémoire, parce qu’elle est souvent nulle ! La pensée et la raison, parce qu il V a des idiots et des fous!
Los organes tle la vision physique , de l’odorat, de l’ouie, peuvent quelquefois transmettre à la perception cérébrale, on le sait, dos impressions fausses et incomplètes, a-t-on jamais mis en doute la vision occulaire pas plus que l’odorat et l’audition!
Pourquoi ne voudrait-on pas admettre que la perception magnétique, mal disposée, viciée, ou mal interrogée ne puisse, aussi parfois, recevoir mal ou d’une manière fausse, l’impression des objets soumis à son appréciation, et dès lors n’être pas exempte de toute erreur! Certes, des erreurs d’appréciation et de transmission, peuvent qiiehiuefois se manifester, mais ce sont la des faits, qu’une étude sérieuse et approfondie de la science magnétique et de scs p'/.cnomènes, parviendra facilement à corriger, surtout pour toutes les personnes qui , avant de s’y livrer, possèdent déjà une instruction convenable, et qui sont dotées de connaissances spéciales aussi étendues que sérieuses; ainsi que'le réclame la haute mission qui leur est départie. .
Le médecin ne saurait donc dédaigner son étude, sans manquer à Dieu et aux hommes. Car, il ne lui est pas permis de négliger un seul des dons que la Divinité a bien voulu déposer dans ses mains, afin qu’il lui soit donné d’accomplir la mission d’humanité qui, ainsi que nous l’avons dit ailleurs (i), est de guérir, soulager, ou tout au moins consoler.
D' ÂMÉDÉE MOÜRE, D. M. P.
(1) VADE-IÏIECUIfl OU MÉDECIN PRATICIEN, par le Dr Aniédée 9IOURE,
Docteur en Médocine des Facultés de Paris, Buenos-Ayres et Oorientes (Confédération Argentine), Médecin en Chef et Pliarmacien piincipal des Hôpitaux civils et militairers de Cuyaba (Bésil), de la Commission Sanitaire de Paris pour le Clioléra en 1832, Ex-Chirurgien militaire, Délégué au Congres Médical de Paris 18K, Membre du Cercle Médical de Montpellier, des Sociétés Linnéennes de Bordeaux et de Normandie, d’Agriculture de la Gironde, des Sciences naturelles de La Rochelle et de nie Maurice, d' Agriculture . Sciences et Arts, de Metz, de Saint-Quentin, du Mans, du Département du Nord, etc.. Chevalier de l'nrdre impérial de la Rose (Brésil).
lmp. de Joles-Juteau, r. St-Denis, 3il.
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