AUBIN GAUTHIER
Le magnétisme, dans l’acception la plus restreinte du mot, est la connaissance du fluide nerveux, ou vital, et l’art de l’appliquer suivant sa puissance. Sous sa forme la plus étendue (et c’est ainsi que nous le comprenons), le magnétisme, est une vaste science, qui embrasse la connaissance des causes et des phénomènes naturels. C’est une puissance immense et qui, pour cela même, ne doit se révéler que par des bienfaits; c’est la faculté que possède l’homme, d’agir sur son semblable par la volonté; c’est un agent capable de modifier l’organisme, de transformer, d’exalter l’esprit humain pour le doter d’une faculté d’essence divine, la prévision ; c’est une force bienfaisante à l’aide de laquelle on soulage tous les maux physiques, par l’imposition des mains, et l’on guérit les douleurs morales par la conviction ; on peut, en effet, magnétiser par la parole comme par le regard, comme par le souffle, comme par les passes; mais dans tous les cas le concours d’une volonté ferme et énergique est indispensable pour l’eflicacité des pratiques extérieures.
Le fluide magnétique, étant un agent naturel, est aussi ancien que le monde ; ses effets se sont manifestés dans tous les temps, sous des no ms différents quelquefois, mais toujours sous des formes semblables; écrire l’iiistoire du magnétisme ce serait prendre l’esprit humain a sa naissance, et le suivre
dans tous ses progrès, car la connaissance du magnétisme a toujours marché de pair avec la civilisation, et c’est là peut-être le plus éloquent argument qu’on puisse employer en sa faveur. Prouver en effet que là où les sciences florissaient le plus , là où l’esprit humain a été porté au plus haut degré de développement, le magnétisme a été en plus grand honneur ; prouver que le magnétisme a été connu, exercé, pratiqué par les plus grands hommes dont l’humanité s’honore, dont nous admirons les œuvres, dont nous respectons les opinions, c’est prouver que le magnétisme doit être Considéré comme une science sérieuse, digne de la plus haute estime et d'une étude approfondie.
Or, aussi haut qu’il est possible de remonter dans les âges antérieurs de l’humanité, aussi loin que nos connaissances actuelles peuvent nous guider et nous éclairer, on trouve des témoignages irréfragables de la connaissance et de la pratique du magnétisme, non seulement appliqué à la production du somnambulisme, mais encore considéré comme médecine naturelle, primitive.
Les anciens, quand ils ignoraient la cause des effets qui se produisaient à leurs yeux, les -attribuaient à la puissance divine; c’est ainsi, parexemple, que nos aïeux qui ignoraient les causes de l’épilepsie, l’ont appelée haut mal, c’est à-dire mal dû à la colère céleste ; c’est aussi pourquoi le magnétisme produisant sur tous, des effets bienfaisants, mais inexpliqués, fut estimé d’origine divine, et comme tel, ne lut exercé que par les prêtres.
Dans le vieil empire indien, qui florissait 2500 ans avant l’ère chrétienne , et sur le sol antique de l’Égypte, on a retrouvé des statues, des bas-reliefs, des monuments qui établissent d’une façon incontestable l’existence du magnétisme. Telles sont, par exemple, dans l’Inde, les statues de Vichnou, Schiva, Ravanem, Parachiven, Paraxati, etc , toutes divinités représentées les mains étendues, geste particulier aux magnétiseurs (i).
(1) On pc'iîl voir ces Slalius dans l’Ailas des Voya;îes de Sonnerai, p. 34, 4', ai, 52.
En Égypte, les malades se rendaient dans les temples d’Isis, d’Osiris et de Sérapis, où ils étaient traités par l’action magnétique, et quand ils étaient guéris, ils accrochaient aux murs du temple des mains votives ou ex-voto (i), de marbre ou d’airain, où étaient représentées toutes les divinités médicales. Arcies Franco, qui rapporte ces particularités, dit que ces mains étaient appelées mains salutaires des Dieux, qu’elles étaient gardées religieusement, et qu’aux fêtes d’Isis on les portait avec pompe par les villes (2).
Enfin, une statue d’Isis magnétisant son fils Horus, qu’on peut voir dans le zodiaque de Denderah (3), ne peut laisser aucun doute sur l’exercice du magnétisme dans les Temples Égyptiens. Le Somnambulisme même y était connu; c’est ce qu’on peut conclure de ce que ditDiodore de Sicile (4) ; « Isis » se plaît à manifester aux hommes, pendant le sommeil, des » moyens de guérison;... elle indique cà ceux qui souffrent » des remèdes propres à leurs maux. »
L’Égypte recueillit toutes les sciences de l’Inde, et les transmit ensuite aux autres pays. Moïse, Orphée, Platon, Pythagore, Démocrite, Thalès, Mélampus, Chiron, Amphion, Solon et Lycurgue furent tous disciples des prêtres égyptiens ; il est donc naturel de penser que le magnétisme qui était si généralement connu et pratiqué sur le bord du Nil, dût se répandre chez tous les autres peuples. Moïse le porta chez les Hébreux , Chiron (s) l’enseigna à son élève Esculape, lequel avant de mourir le légua à ses disciples.
(1) Voir, Anliquités d’Herculanum, gravées par David, ex[)liquées par Sylvain Maréchal.
(2) Arcies Franco, Elysius juciind. quæstion. campùs., p. 30,
(3) Le savant Dupuis assure que ce monument a plus de 2000 ans d’existence. Voir, Origine de tous les Cultes, explic. du Zodiaque diculaire de Denderah.
(4) Diod. de Sicll., liv. i, paragr. 1.
(5) Chiron fut un médecin fameux de l’antiquité, que ses rares et profondes connaissances relatives ù la médecine et ù l’hygiène des chevaux, firent représenter par les poètes, sous la figure d’un centaure, c’est-à-dire moitié homme, moitié cheval ; il fiil rinstitiiteur d’Achille et d’Esculape.
(Aubry, orac. cos. dise, préliminaire.)
Il est donc vraisemblable que la Grèce emprunta la connaissance du magnétisme aux Égyptiens, d’autant plus qu’Atliènes eut pour premier législateur un Égyptien chassé de son pays, Cécrops , et qu’il est prouvé que les Grecs puisèrent en Egypte les premiers principes des sciences , et diverses croyances religieuses, telles que les fables du Taiiaroth, dont ils firent le Tartare, du lac Achéron, et du batelier Caron, le nocher des morts.
Esculape, fut après sa mort élevé au rang des dieux ; ses disciples formèrent un collège de prêtres, et on lui éleva en dilîérents endroits de la Grèce des temples magnifiques, où l’on exerçait le magnétisme, tel qu’il l’avait enseigné. De même que les Égyptiens couraient en foule aux temples d’Isis et de Sérapis, pour recouvrer la santé, de même les Grecs et les Romains allèrent aux temples d’Esculape pour être guéris de leurs infirmités. Les principaux de ces temples furent : celui de Cos, ville importante de la mer Égée, où naquit Esculape; celui d’Épidaure et celui d’Æges, dont Apollonius de Tyane fut prêtre pendant plusieurs années.
Les prêtres d’Esculape cachaient avec grand soin les moyens de guérison dont ils se servaient, et Hippocrate qui, selon toute apparence, fut grand-prêtre du temple de Cos, faisait prêter serment à ses disciples avant de leur confier les mystères de son art, de garder le plus profond secret, et leur défendait de rien révéler aux profanes, avant qu’ils ne fussent initiés (i). Il paraît prouvé que dans ces temples on se servait du somnambulisme pour le diagnostic des maladies. Hippocrate reproche amèrement aux prêtres de Gnide, a d’ignorer les principes à l’aide desquels on peut deviner ce « que les malades oublient dans leurs récits. (2). »
Les malades qui se rendaient au temple de Cos, étaient reçus dans de grands bâtiments hors des murs de la ville, car. Cos avait été déclarée ville sainte, et, ainsi qu’à Delos, il
(1) Serment (rHippocrale, part, ni, p. 32.
(2) 1(1. lic'ir. des malad. aig., liv. i, sect. 1, p. 367.
était défendu d’y naître et d’y mourir. Après avoir suivi le traitement des prêtres, quand les malades étaient guéris, ils laissaient inscrite sur des tables de marbre ou d’airain, l’iiistoire de leur maladie et de leur guérison ; c’est en recueillant ces tables et en les classant, qu’on parvint à faire de la médecine une science, qui succéda au magnétisme.
Les guérisons obtenues dans les temples d’Esculape furent très nombreuses, elles sont attestées par une foule d’historiens et d’auteurs contemporains, parmi lesquels on peut citer Celse (i), Jamblique (2), Strabon (3), Elien (4), Julien l’Apostat (5), Tertullien (g), etc.
Ce que nous en rapportent ces témoins oculaires étant irrécusable, les guérisons merveilleuses étant bien constatées, il reste à savoir comment elles ont été produites? A l’époque où existaient les temples d’Esculape, la médecine venait à peine de naître ; il est difficile de croire que les prêtres fussent des médecins bien savants; il ne reste donc qu’une alternative, si l’on a de la répugnance à admettre l’action protectrice du dieu Esculape, c’est de croire, que le magnétisme dont les prêtres seuls élaient propriétaires par tradition, joint à leurs observations médicales, était le seul moyen dont ils se servaient pour produire des cures aussi extraordinaires.
(1) Origenem adv. Celsus, lib. iii. — (2) Jarablichus 1. de Mysl, sert, ni, cap. ni. — (3) Slralio, lib. xxii et viii, Geogr. (4} Ælian. lib. xi, de Animal, cap. xxxiv. — (.5) Juliunus lmp. Ajiud Cyrilliim, lib. vu. (6) Tcrlul. in Apolog.