Les voix du coeur et de l'âme
Mes frères que la Mort a bien pris maintenant, Je parle peu de vou^ en paroles humaines, Et sur vous, mon silence élève un monument Où j'entre à pas muets, retenant mon haleine.
Mes frères, vous les fils d'un sol dur, vous dormez Dans la plaine crayeuse, en tombes de passage, Et vos regards vivants au fond des yeux fermés Cherchent en vain la mer autour du paysage.
La Mort vou^ a choisis dans son besoin pressant Il te fallait alors, ô ma ployayite France, Des âmes claires mêlées à du jeune sang, Et tu les vis, rieurs, sur le seuil de l'enfance.
Et pourtant, nous aussi nou^ avions besoin d'eux, Notre vieux clan comptait sur leurs jeunes épaules; La maison, maintenant qu'ils sont partis tous deux. Sur Veau des souvenirs se penche comme un saule.
Elle vous voit, au temps des vacances, joueurs, Sur les cailloux des jours.tout débordants de sève, Mais là-haut, sous le toit, ouvrant vos graves cœurs, Mûrissant au soleil votre gerbe de rêves.
Et la vieille maison était gonflée d'orgueil. Tout l'avenir entrait par la fenêtre ouverte Dès que vous secouiez vos pieds vifs sur le seuil, Et pour vous, le jardin mettait sa robe verte.
Mes frères, votre sang a passé dans mon sang : Ce sont vos blés semés qu'il faut que je relève; Ce qui tomba là-bas, c'est mon être impuissant. Je possède aujourd'hui un corps de triple sève.
Et comme U est bien temps de fleurir vos tombeaux, De reprendre à nouveau le poème de vivre. Ainsi qu'aux jours où vous étiez jeunes et beaux. Mes frères d'au-delà, je vous dédie ce livre.
1er octobre 1920