‹ Les voix du cœur et de l'âmeChapitre 2 sur 8 · Livre premier · texte numérisé non relu

Livre premier

La rose naît rose au matin.

La rose naît rose au matin ; Le soir elle meurt, une rose, Sans changer sa robe en satin.

Elle meurt, quelle simple chose.

Toi, cœur changeable, cœur humain, Tu voudrais être cette rose, Droit sur ta tige, et puis demain T'en aller sans métamorphose.

Coanime elle, au revers du chemin, Te contenter d'être une rose.

Sans chercher à fuir ton destin, Sans trouver le chemin morose.

Puis, quand on ferme le jardin.

Partir sans regret et sans pose.

Voir ses pétales un à un Crouler dans leurs cendres de rose !

Les yeux ont mal.

Les yeux ont mal de prendre un air indifférent,

De se durcir dans le visage ; Les yeux ont mal de regarder tout droit devant, De recourir à l'expression fermée et sage.

La bouche a mal, et saigne presque à se figer

D'un sourire qui s'exagère.

Contre les dents, que oous la lèvre on sent ronger La même chose, on ne sait quoi, d'odeur amère.

La voix a mal, forcée aussi de s'asservir,

Posément, aux propos du monde, Et pour ne pas se mettre à nu de revêtir Les falbalas des mots empruntés à la ronde.

0 cœur, illégitime enfant dont il nous faut

En naissant étouffer la vie.

Serre les poings, revêts ta robe comme il faut. Saigne en toi si tu veux, mais dehors fais envie ;

Bande ton arc, mesure et ton geste et ton pas,

Et puis tout seul, pose le masque.

Et connais la douceur âpre de n'avoir pas Ton front de chair devenu d'airain sous le casque.

Le bonheur que Von vit d'avance.

Le bonheur que Von vit d'avance, Qui se forme on ne sait comment, Qui n'a pas d'âge, pas d'enfance, Qui naît et meurt en un moment ;

Qui sans être vu se faufile.

Quand il est le moins attendu, Dans les souvenirs à la file, Vers notre cœur mal défendu ;

Le bonheur qui n'a pas de face.

Rien d'humain, ni forme ni voix.

Qui de se préciser s'efface.

Et se sauve dès qu'on le voit ;

Le don de l'été qu'on accueille Craintivement, en sachant bien Qu'il s'épuisera feuille à feuille Et que nos soins n'y peuvent rien

Qui soudain nous rit au visage Et s'en va, sans même savoir Que nos cœurs conquis au passage Voudraient peut-être le revoir ;

0 bonheur aux courtes années

Qui prends pour tombe et pour berceau

Nos cœurs et leurs roses fanées,

0 nid bâti sur un roseau,

Coup d'aile dans le vent, ô rêve.

Nous t'acceptons, bien convaincus Que d'un coup nous bûmes ta sève Pour t'avoir d'avance vécu.

Les petits pieds blancs de la neige.

Les petits pieds blancs de la neige Se sont posés dans les sentiers, Et les oiseaux blancs de la neige Tremblent au bout des églantiers.

Les roses blanches de la neige Empanachent les jardins gris, Et l'âme blanche de la neige A nos âmes d'hiver sourit.

Corbeilles blanches de la neige.

Sur nos pas, semez vos flocons.

Plumes de cygne de la neige, Autour de nous, dansez en rond.

Berceaux capitonnés de neige, Bercez-nous de vos doigts ouatés, De vos rideaux tissés de neige.

Recouvrez nos fragilités.

Et puis, petit cercueil de neige, Le long d'un fleuve lent et blanc, Dans le satin de votre neige.

Sous vos bouquets de lys tremblants,

Emportez notre cœur de neige Au pays sans forme ou couleur.

Où du soir au matin il neige, 0 neige blanche sur nos cœurs !

On s'éveille dans un chemin.

On s'éveille dans un chemin Où ne passe jamais personne, On tient quelque chose à la main, On est aveugle et l'on frissonne.

Sur le seuil du monde inconnu, Ah ! que l'homme se seait fragile, De n'avoir entre ses doigts nus Qu'un informe morceau d'argile.

Et qu'on a peur, car on sait bien Que de soi dépend la matière :

Devenir tout, tourner à rien.

Semence au vent ou bien poussière.

Alors, quand dans le cœur la voix Des vierges craintives s'est tue, Tous les rayons de l'aube aux doigts.

On change l'argile en statue.

On lui modèle un large front.

De doux yeux mi-clos sur le monde.

D'affables mains qui s'en iront Se nouer à l'humaine ronde.

Puis on la prend sous son manteau, On brave le remous du fleuve, On marche au destin le front haut, La lance au poing, face à l'épreuve.

On veut tendrement la cacher.

Car quoi qu'on fasse et quoi qu'on feigne, Tous nos efforts n'ont pu boucher, Dans la poitrine, un trou qui saigne.

Et quand le soir sur les chemins Dresse ses portiques fragiles.

On se retrouve avec aux mains Une statuette d'argile.

Repose ta pensée.

Repose ta pensée et repose ta gerbe,

Au jour suffit une moisson ; La fleur même a toesoin de boire au flot de l'herbe,

L'oiseau de taire sa chanson.

Le sommeil est le sable aux pieds nus de la marche,

L'eau courante dans le fossé ; Suspendue aux liens d'or de nos rêves, c'est l'arche

Sur le dôme du front lassé.

Ainsi, laisse tes yeux s'en aller vers les mondes D'oiJ sans nul doute ils sont venus,

Et chercher près des mers les empreintes profondes Qu'y firent jadis tes pieds nus.

Que ton rêve hardi, délivré de sa tombe. Prenne le vent comme un voilier,

Car sous le chaume, il n'est permis à la colombe De voler loin du cololmjbier.

Et puis, quand sur ton front, Demain aux yeux de source

Remuera son vert éventail, Quand le rouet de l'aube aura repris sa course

Autour des roses du vitrail ;

Que ton cœur libéré bondisse à la conquête,

Avec des désirs rafraîchis, Pétales frais autour du cou des pâquerettes.

Par le clair de lune blanchis-

Clos le jour et le livre, ô nuit, éteins la lampe,

Mets ton ombre sur le soleil.

Et fais flotter, avec les astres de tes rampes,

Un dais d'or sur notre sommeil.

Qui souffre en moi?

Qui souffre en moi, la bête ou l'ange ? Pour mes blessures, je voudrais Pouvoir cueillir le disque frais De la lune au sein de la fange.

Comme la chaîne d'un vieux puits.

Les maux rouilles grincent de rage Mon coips est un jardin sauvage Où galopent les loups la nuit.

Mais quand j'appelle, ou que je crie Au secours, comme un chat retors Qui reflète dans ses yeux d'or Une nonchalante ironie.

Mon cœur a pris la clef des champs.

Libre à son tour, et le navire Du corps pesant lentement vire, Dans l'eau bour'beuse jusqu'aux flancs.

Les douces et grises années.

Les douces et grises années S'enroulent autour de mon cou, Chapelet aux perles fanées, Avec une croix dure au bout.

Mais chaque grain est une rose, Une rose en bois ciselé, Que le temps, une à une, pose Au bout du fil qu'il a filé.

Ah ! sous la couverture en soie Du ciel bleu, de soleil broché, N'être plus qu'un rameau qui ploie Sous son collier de gi'ains séchés ;

Dans le vert berceau de la terre, Mettre au repos ses bras pesants.

Et dire l'ultime prière Au long du chapelet des ans !

Eau mystérieuse.

Eau mystérieuse du puits Sur laquelle on cherche un visage ; Nos vingt ans s'y penchent, et puis Déçus, continuent leur voyage.

L'eau est basse et le puits profond ; Ah ! que nous prendrions d'années Pour soulever jusqu'à nos fronts Les jeunes Muses enchaînées.

Le sentier nous paraît étroit.

Et la route nous fait envie ; Sources vives et sillons droits, Il nous faut le champ de la vie.

Il nous faut les profonds labours, Les cieux nouveaux sur le visage, Il faut qu'une lettre d'amour Nous attende au prochain village.

Et l'on revient en pénitent Vers le puits des jeunes années, Dans le jardin moins éclatant Où les mousses se sont fanées.

On a peur de l'ombre qui dort, On s'accoude sur la margelle...

0 merveille ! Jusques aux bords, L'eau s'épanche en fraîche dentelle.

Et toi, près des aulnes sacrés, Elevant tes deux mains transies, Aux jeunes faunes délivrés Tu tends ta coupe, ô Poésie !

En passant près d'un jeune bois.

En passant près d'un jeune bois, Vert et sombre comme une source, Un instant, j'arrêtai ma course.

Un écheveau de laine aux doigts.

Puis j'entrai, je choisis un frêne Qui portait un seul nid d'oiseau ; Le long des branches en fuseau, Je pendis l'écheveau de laine.

Je repassai, le soir venu, Et j'eus grand' peine à reconnaître Le taillis que j'avais vu naître.

Frêle alors, maintenant chenu.

Aux branches qui n'étaient plus vertes, L'écheveau pendait dans le vent.

Comme un lamentable abat-vent Qui tape à la vitre déserte.

Ah ! n'allons plus aux bois jolis Dérouler les fils de jeunesse, Au vieux rouet de la sagesse, Nous en filerons les débris.

A la lueur du feu de frêne.

Nous referons à petit bruit.

Dans le silence et dans la nuit, Un humble peloton de laine.

Je choisirai pour mon logis.

Je choisirai pour mon logis une île sombre,

Dans l'île une colline, au sommet la maison,

Le sable pour jardin, la mer pour horizon,

Un sentier sans passant sur un plateau sans ombre.

La maison sera nue, et si près du rocher,

Qu'on pourrait, en creusant le sol, trouver des sources,

Et mon pas solitaire aura comme ressource,

Sur le plancher pierreux, de s'entendre marcher.

Mais le jour et la nuit, j'aurai du feu dans l'âtre, Et mon unique soin, sur mon ilôt marâtre Comme un vaisseau pourri dans son limon ancré,

Grattant le sol ingrat de mes mains qui s'écorchent, D'arracher le silex, la résine et la torche. Pour qu'au fond du logis tu flambes, feu sacré !

Persistance.

Persistance de la pluie aux carreaux brouillés, Voyageurs inconnus drapés de somnolence, Lampe de catacombe et linceul de silence, Au dehors fleuve jaune et peupliers noyés.

Tunnel qui se déroule en monstrueux reptile, Panique de l'esprit de fatigue repu, Cerveaux hallucinés dans les ciânes rompus, Et ce train de démon qui vers l'abîme file !

0 mon cœur au flanc rouge, ô sauvage coursier Que la vie éperonne entre ses rails d'acier. Que le train qui rugit écrasera s'il bute.

Et dont mes bras liés d'invincibles torpeurs, Succombant sous la lourde armure de la peur, Ont peine, au bord du gouffre, à retenir la chute.

Mon esprit a des pieds dansants.

Mon esprit a des pieds dansants, Et sur le vert tapis des choses, Il bondit sans rime et sans cause, Et danse son ivresse au vent !

Comme une écharpe, il a sa joie Enroulée autour de ses reins ; Sa folie est son tambourin, Son rire le chausse de soie.

Un désir anime son sang :

La vie est une pomme rouge.

Qu'au bout de la branche qui bouge, Il veut cueillir, tout en dansant.

0 mon âme en petite robe.

Essayant ses pas incertains Dans la chambre immense où soudain Devant elle, tout se dérobe ;

Ce joyeux danseur de ballet, Dans ta détresse t'a suivie.

Et sur les marais de la vie, T'emporte comme un feu follet !

Quand je remue un vers léger comme un grelot.

Quand je remue un vers léger comme un grelot, Qui tinte sous mes doigts dans sa prison d'ivoire, Il arrive parfois qu'en heurtant l'écritoire Mon hochet enfantin fasse un bruit de sanglot.

Et lorsque en artisan ma patiente plume S'amuse à buriner quelque objet délicat, La lance de son fer prend de fauves éclats. Et l'établi des vers sonne comme une enclume.

Lorsque enfin je m'attable à mon repas du soir Où seuls les souvenirs plaisants devraient s'asseoir, Pourquoi t'invites-tu, vieille mélancolie ?

Pourquoi, lorsque je tends ma coupe au vin nouveau, Un sombre vigneron monte-t-il du caveau Pour mettre à mes côtés un verre plein de lie ?

0 terre au cœur guerrier.

0 terre au cœur guerrier sous ton manteau de sainte, Louve blanche endormie au fond de tes forêts, Neige que notre pas ne foule qu'à regret, Vaguement inquiet d'y laisser son empreinte.

Terre aux réveils d'enfants en robes à longs plis, Aux cœurs renouvelés à chaque aurore blanche, Où les souois d'hier dorment sous l'avalanche D'églantiers effeuillés et de gerbes de lys.

Terre du givre en fleurs et des blanches abeilles, Terre au passé de preux et de rudes forbans ; Tes bruns fils d'aujourd'hui chantent dans les haubans Quand l'hivernal vaisseau pour le Nord appareille.

Terre aux grands cieux flambants dans les espaces froids, Foyer aux mille feux au-dessus de nos têtes, Où tout ce qui frissonne au milieu des tempêtes Monte hâtivement chauffer ses frêles doigts.

O Canada, cœur chaud sous ta face de marbre. Où palpitent des yeux vivants, profonds et bleus, Ainsi qu'au pied des monts, l'eau de tes lacs frileux Glisse un regard d'azur sous les cils blancs des arbres.

Ta te rappelles, ma Bretagne.

Tu te rappelles, ma Bretagne, Quand nous jouions toutes les deux, Tu te rappelles la montagne Et nos deux cœurs aventureux.

De là-haut, ta voix était douce.

Tu m'encourageais à grimper, A travers la lande et la brousse, Les cailloux roulant sous le pied.

Et quand j'arrivais à la cime, Haletante et les yeux brillants.

Tu me repoussais vers l'abîme, D'une chiquenaude, en riant.

Ah ! la belle dégringolade Et le désir, à peine au fond.

De recommencer l'escalade Sur ses pieds têtus de Breton

lyarracher ta coiffe, traîtresse, De te défier au combat, Et de lutter avec l'ivresse Du précipice sous nos pas.

La vie a pris, ô pastourelle, Ta chère place à mes côtés, Et m'a fait gravir après elle Bien des coteaux accidentés

Mais de nos jeux d'adolescentes Sur les sommets éblouissants, Le goût de remonter les pentes Me reste à jamais dans le sang.

Que les choses sont illusoires!

Que les choses sont illusoires !

Il me Testait bien peu pourtant, Mais c'était des rames d'argent Sur ma barque, dans les eaux noires.

Voilà mon cœur vide et léger Comme un chapeau de printemps frêle Auquel on a cousu des ailes, Mais qui ne pourrait plus voler.

J'étais assise sur la grève A jouer dans le sable fin :

La mer a couvert mon jardin Et je n'ai pu sauver mon rêve.

Qu'ai-je à pleurer, qu'ai-je perdu ?

Ce beau jardin, ce rêve tendre ?

Si mes bras ne surent défendre.

C'est qu'ils n'ont jamais rien tenu.

Et pourtant, dans mon cœur qui verse Sous tant de peine et de rem.ords, Je crois porter un enfant mort Que douloureusement je berce.

La rue au mois de mars.

La rue au mKDis de mars, l'orgue de Barbarie, Un refrain guilleret qui poursuit le passant Comme un vol de moineaux aux cris étourdissants. Une note qui s'offre, et l'autre qui mendie.

Des yeux napolitains luisant sous le foulard, De maigres doigts rageurs tournant la manivelle. Et sourde aux airs joyeux qu'elle sème autour d'elle, Une vieille qui suit les gens de son regard.

Ne sais-tu pas quelqu'un qui les soirs de bounrasque S'en va courir la rue, effrayé sous sooi masque, Mais de sa gaîté folle amusant les badauds.

Et soudain, écœuré de sa propre grimace.

Réglemente son pas et compose sa face.

Puis rentre en son logis, sa lourde boîte au dos?

Jour qui finis.

Jour qui finis, jour qui finis, ô jour qui penches Comme une fleur au bord de i'eau.

Jour qui glisses de mon épaule et de ma hanche, Au bord du lit, comme un manteau ;

Laisse-anoi te poser tendrement sur ta couche. Puis allumer ces deux flambeaux,

Et pour que rien du monde étranger ne te touche, Laisse-moi fermer les rideaux.

Je place à tes côtés le bâton d'aubépine

Que le matin t'avait donné.

Et dans le vase frais de mon cœur qui s'incline,

Je trempe ses rameaux fanés.

Jour nouveau, bel enfant dont j'attends la venue.

Blanche cicogne sur mon toit, Je mets des langes neufs à mon âme ingénue.

Et fais maison nette pour toi.

Jour qui naîtras demain et qui déjà tressailles

Aux flanc3 du monde triomphant, C'est dans l'odeur des lys qu'en rêvant je travaille

A ton petit berceau d'enfant.

Et de celui qui meurt à celui qui va naître, Je vais et viens, et dans la nuit,

Le doigt muet du temps suspend à ma fenêtre La chauve-souris de minuit.

Mon frère paysan.

Mon frère paysan qui reconstruis là-bas, Si tu savais combien, dans l'eau fade des villes Où mollement je fais quelques brasses serviles. J'évoque l'âpre teiTe où toi tu te débats.

Si tu savais combien, au milieu des vains gestes, Des cerveaux ballottants et des cœurs embourbés. Tu fais plaisir à voir, marin au dos courbé. Dans le flot des sillons guidant ta barque agreste.

Ah ! fleuve des cités aux brillantes couleurs. Tes bords sont revêtus des plus exquises fleurs. Mais j'évoque un jardin plein de roses trémières.

Et loin de la rumeur de nos pas aux abois.

Le rj''thme grave et lent de lourds sabots de bois

Qui bat, comme une horloge, au cœur de la chaumière.

Me sera-t-il donné ?

Me sera-t-il donné de compléter ma tâche? Dans le champ de la vie où les bons laboureurs Vont courbés sous le joug des patients labeurs, Devant l'immensité du champ, moi je suis lâche-

Et je ne sais par où commencer, ni com'ment Attacher tant d'épis pour en faire des gerbes. Mon cœur capricieux voltige au bout des herbes, L'heure mûre, au soleil, égrène ses moments.

Et le soir vient, mes pieds sont las, ma grange vide, Le moissonneur du ciel s'apprête à ramasser Tout cet inachevé qu'aux sillons j'ai laissé.

Et glanant mes épis ainsi qu'une herbe aride Qui pétille au contact de son râteau de feu, Fait une énorme meule avec mes songes creux.

Que cette chambre est close.

Que cette chambre est close, et que cet air est lourd ; Ah ! sur tous ces coussins toute cette cretonne, Et sur tous ces tapis, ces bouquets monotones... Je songe avec envie au puits frais de la cour.

Dans mon cœur libre enfin, que de cloches résonnent, Comme il disperse au vent de soupirs soulagés, Comme il se chauffe au feu de foyers étrangers, Que j'ai d'amis depuis que je n'ai plus personne.

J'évoque au crépuscule une église, au hameau, Où pour baisser la lampe et souffler les flambeaux Un sacristain blanchi vient traîner ses sandales;

Oïl, quand je serai seule en la profonde nuit. Tremblante, en m'enfuyant, je poserai sans bruit le fardeau de mon cœur orphelin sur les dalles.

Le vent son) fie au dehors.

Le vent souffle au dehors. J'ai fermé les volets, Mis à l'abri mon corps, en sûreté mon âme. L'un redoutant le feu, l'autre craignant la flamme. Mauvais soldats nourris de mollesse et de lait.

Ah ! vous traîner au bord de la mer en tempête, Vous infliger l'épreuve et de l'ombre et de l'eau ; Sous les balles du vent et le fouet des fiots, Vous forcer à passer en relevant la tête.

Pêcheur qui laisses là le chaud de ta maison

En voyant s'annoncer l'orage à l'horizon,

Pour aller dans la nuit ancrer ta vieille barque.

Dans la pierre et le sable, apprends-leur à marcher, A redresser leur front sans peur, comme un rocher Que griffe l'ouragan sans y laisser de marque !

0 neige des cités.

0 neige des cités, j'ai grand pitié de toi. Hélas, tu t'ennuyais dans ton jardin de marbre, Et posant tes pieds blancs sur l'échelle des arbres, Tu pris ton éventail et descendis du toit.

Mais, dès le premier pas, tu glissas dans la fange ; Te voilà, malgré toi, baisant notre sol noir. Mariant ton matin si pur à notre soir. Et ta race frémit de l'odieux mélange.

0 neige du village, ô neige sur les champs, Enfants contre la vitre en le silence austère, Regardant se tisser la robe de mystère Qu'ils craindraient de froisser peut-être en la touchant.

Prends garde, vagabond qui loges dans mon âme, Prends garde d'oublier ta lampe en ce chemin Où souffle la tempête et bat le flot humain, Prends garde de laisser, à leur merci, sa flamme.

Enferme-la plutôt eaitre des murs altiers, Mets dans l'épaisse nuit son unique lumière, Comme en l'espace blanc menant à la chaumière Un solitaire pas qui marque le sentier.

On souffre dans sa chair.

On souffre dans sa chair, on est coimme un brasier Qu'alimentent les os, où i>étillent les fibres, Chaque muscle se tord et la charpente vibre, Le sang bout dans un four au couvercle d'acier.

Mais là-haut, dans sa tour intacte et réfractaire,

L'esprit en curieux assiste au désarroi :

Cet esclave en révolte intéresse ce roi.

Pour l'étudier de près, il descend sur la terre.

Il note les pâleurs, il écoute les cris,

La douleur a des mots qu'il n'avait pas appris,

Auprès de cette gueuse, il fait le bon apôtre ;

Et de son pied sournois poussant dans le foyer Quelques lambeaux de chair et quelques os broyés, Il remonte à sa tour dire ses patenôtres.

Je ne sais plus si c'est mon âme qui est douce.

Je ne sais plus si c'est mon âme qui est douce

Ou bien la pluie, et je m'en vais, Offrant comme un sentier mon visage à la mousse,

Je crois être en un bois épais.

Je n'ai plus forme humaine et me sens comme un arbre,

Mes bras se chargent de rameaux, J'entends couler en moi des fontaines de marbre,

Je tiens dans mes mains des oiseaux.

Je porte en vieux guerrier le bouclier d'écorce Que l'hiver m'avait mis au bras,

Mais je sens bouillonner la sève dans mon torse, Je suis prêt pour les grands combats.

Le lion de Mars suspend sa crinière à mes branches,

Je suis prêt pour le renouveau; O pluie aux pieds mouillés, je change en rose blanche

Chacune de tes gouttes d'eau.

Et lorsque, grâce à toi, je serai plein d'ombrage.

Avec mes bourgeons éclatés, Tu viendras rafraîchir ton aile à mon feuillage

Au cœur aride de l'été.

Dès le soleil levant.

Dès le soleil levant, tu quitteras ta tente ; Dans la coupe de l'aube ayant baigné tes doigts, Tu saisiras, sans hâte indue et sans émoi, L'argile encore chaud de la terre vivante.

Pour modèle, voici la courbe du roseau.

Dans la danse du vent, au feston de la rive ;

Que la nymphe, potier, jaillisse de l'eau vive.

Et que dans ses flancs purs chante encore le ruisseau.

Quand le soir aura mis son collier à ton vase, Ne va pas supputer ce qu'il te vaudra d'or; Pose-le sur ton seuil, dans le simple décor Du ciel à son sommet, de la terre à sa base.

Tu ne fis que l'ébauche, il faut laisser au temps Le soin de courber l'anse et de polir l'amphore; Il faut que toi, soleil, dans la pâte incolore, Tu laisses le contour de ton pouce éclatant !

Mon âme me parait une longue avenue.

Mon âme me paraît une longue avenue Solitaire et voilée, et déserte d'oiseaux ; Des arbres hauts et droits couverts d'écorce nue Dévident sa pensée à leurs lisses fuseaux.

Ce n'est pas le printemps et ce n'est pas l'automne,

On dirait qu'il y règne une étrange saison

De face appesantie et de regard atone,

Et que le temps s'endort au bord de l'horizon.

Le silence et la paix sur la mousse cheminent. Soutenant vers le but mon âme pèlerine, Et la rose du ciel tombe par le vitrail

Du châssis de l'espace et du feston des arbres, Sur le fronton d'un temple aux colonnes de marbre Qui ferme l'avenue ainsi qu'un haut portail.

Pourquoi m' importuner ?

Pourquoi m'importuner, ô multiples visages Qui parcourez l'écran de mon logis obscur, Pourquoi vouloir fixer votre ombre sur le mur Et que je me prononce, entre vous, au passage ?

Je vous aime bien tous, je n'aime aucun de vous ; Vous, je vous aime moins pendant votre présence, Car alors, vers l'absent, s'en va ma préférence, Et ce n'est que pour lui qu'était le rendez-vous.

Je vous aime le moins lorsque je vous préfère, Car soudain j'aperçois un visage en émoi Que mon penchant pour vous vient d'écarter de moi, Et son regard qui fuit est déjà du mystère.

Je vous aime le mieux quand je vous aime moins. Quand mon indifférence, en vous voyant m'alarme, Et quand vous revêtez le redoutable charme D'être encore si près, quoique déjà si loin!

Je me sens quelquefois tentée.

Je me sens quelquefois tentée,

0 poètes des vers libres, Et libres vagabonds de la route enchantée Où l'arbre sous l'archet de tant de brises vibre,

De m'en aller comme vous.

Avec mes vers échevelés et fous,

Galoper au grand vent des plaines,

Et de boire tout d'une haleine

Ton vin étourdissant,

Ta coupe toute pleine,

0 poésie au libre champ !

Et puis ce chevauchement.

Par-dessus les obstacles, dans le grand vent

Qui met en flammes

La paille sèche de nos âmes.

Où le monde apparaît comme un vaisseau mouvant,

Où tout tournoie,

La douleur et la joie, M'effraie, et j'ai gi-and'peur de traverser la voie. Peur du train qui mugit et du garde-barrière,

Peur d'ébranler le doux paysage, Les fleurs en procession saluant mon passage. Du bruit de mon galop, du vent de ma crinière.

Et je rentre en ma petite maison, Assise sur sa pierre, au bord de l'horizon,

Avec ses fenêtres égales, Recueillant dans le soir la chanson des cigales. Ses soupirs mesurés par sa porte entr'ouverte ; Je la laisse chercher son visage en l'eau verte,

Rythmique et calme

Comme un balancement de palme.

Et dire sa prière en scandant chaque mot, Paisiblement, avec la cloche du hameau.

Quelquefois pourtant.

Je me laisse attirer par le bois éclatant,

Et l'étrange printemps De fantasques parfums et de roses sauvages ; Je vais tremper ma bouche en un breuvage inconnu,

Rouler mon coeur tout nu

Dans un bain d'herbe verfe, Et reviens déposer le petit dieu Tepu Au foyer refroidi de ma maison déserte.

Il a dans ses cheveux des boutons d'églantier.

Dans ses mains des perles d'eau claire. Et je regrette alors le somptueux collier

Que mon art aurait pu faire.

S'il était demeuré le patient lapidaire

Qui prend les perles une à une

A la vitre de la chaumière,

Les assortit au clair de lune, Ravivant de leurs feux la mourante lumière.

Ah ! se remettre sous la toise De la porte tassée au-dessous des ardoises ;

Au lieu d'écrire un livre A grands coups de pinceau sur la toile des cieux, Sur la toile de l'âme, à grands jets de plume ivre,

Prendre un roseau, Et sur le mur étroit du logis des aïeux, A l'ombre du rouet, au rythme du berceau, Chanter en vers français la cadence des eaux.

Et quand,. par douze coups, L'horloge en robe droite aura sonné minuit, Mettre pour m'endormir ton rosaire à mon cou,

O poésie aux grains unis.

Pendant qu'au cristal de mes rêves,

En s'éloignant, faiblement vibre, Tels des cailloux d'argent roulant au pied des grèves,

Le galop de vos sabots d'or, vers libres !

// pleut en pays étranger.

Il pleut en pays étranger...

Je n'irai pas à la fenêtre, Je craindrais de te déranger, Fantôme que je vois paraître...

Il pleut en pays étranger.

Ce sont des yeux rêveurs et tristes.

Dans un doux visage mouillé Qui me regarde et qui m'attriste.

Et c'est comme un bateau mouillé Dans des eaux rêveuses et tristes.

Je viens d'écrire de doux vers Comme au temps de mes jeunes rêves, Et c'est un coin de gazon vert Dans le champ brûlé de la grève...

Je viens d'écrire de doux vers.

Est-ce toi, fantôme de brume Qui conduisis à mon foyer Où le feu des vieux rêves fume, L'enfant que j'avais oublié...

Est-ce toi, fantôme de brume ?

Est-ce toi, ou bien est-ce lui Qui te fit signe à ma fenêtre, 0 fantôme de mon pays, Est-ce toi qui le fis paraître A mon foyer d'ombre envahi.

Est-ce toi, ou bien est-ce lui ?

Quand le cœur a vieilli.

Quand le cœur a vieilli, quand le cœur ne peut plus Porter sa cruche usée à la claire fontaine, Quand le chemin trop haut, la source trop lointaine, Semblent se dérober devant ses pas perclus;

L'esprit, à la jeunesse intacte encor, s'alarme De le voir s'engager dans le sentier étroit Qui s'en va côtoyant la vie, aride et droit, Et l'éîoigne à jamais de la source des larmes.

Il reprend le fardeau qu'il avait jeté bas, Il met un lien solide autour des fleurs sans sève, Fait un nouveau fagot du bois mort de ses rêves, Et le replace alors de force entre ses bras.

Il le secoue ainsi qu'une minable loque, Enfonce en sa toi-peur ses souvenirs d'acier. Et le cœur qui donnait s'éveille en supplicié. Sous le cruel étau se débat et suffoque.

Il agite les bras, pousse un rauque sanglot, En nageur épuisé qu'entoure l'eau déserte, Et l'esprit, en voyant saigner la plaie ouverte. Content de son travail, s'éloigne au grand galop.

LES VOIX DU CŒUR ET DE L'AME 5t

Mon cœur, il est un peu ridicule h Dotre âne.

à votre âge

Mon cœur, il est un peu ridicule à votre âge De trembler à ce point que je vous mette à nu, De vous cacher les yeux de peur qu'un inconnu, En me lisant, ne prête un nom à votre image.

Que vous fait le sarcasme ou l'insulte, si moi Votre maître, si moi qui rudement vous mène, Et m'inquiète peu de vous voir hors d'haleine, J'écris un seul beau vers tiré de votre émoi.

Que défendez-vous donc derrière cette porte,

Quel timide vivant, quelle craintive morte.

Et pourquoi fermez-vous la porte à double tour?

Pourquoi paraissez-vous redoutable, vous frêle?

Quelle face m'accuse à l'abri de votre aile

Lorsque je veux vous peindre en un sonnet d'amour?

Mon âme lamentable.

Mon âme lamentable et molle est une loque

Qu'on a pendue à ta boutique, revendeur,

Dans la ruelle étroite et la sordide odeur.

Sous les doigts des passants qui palpent sa défroque.

Pour la déprécier et l'avoir à bas prix, On expose au soleil toutes ses flétrissures. Ses taches, ses accrocs, ses trous et ses morsures, Et la triste couleur que son étoffe a pris.

Quand la ruelle enfin s'enfonce en ses décombres. Que la nuit se tapit, en hibou, sous l'auvent, La défroque oubliée oscille dans le vent, Et voilà que soudain elle a peur de son ombre.

Qui te décrochera, mon âme, de ton clou. Quel campagnard madré, sous ton rapetassage, Saura trouver la trame encor de long usage. Et la chaîne solide au travers de tes trous ?

Et qui t'emportera vers les espaces libres, Secouera ton limon au remous du ruisseau, Et puis, ayant passé ta robe au bleu de l'eau, Etendra sur le pré chacune de tes fibres?

Quand tu seras séchée et pliée avec soin, Qui viendra te ranger aux rayons de l'armoire, Entre le châle ancien et la robe de moire. Dans ton sachet blanchi, tout parfumé de foin?

Le premier compromis.

Le pre'mier compromis où le cœur succomba, Auquel, en sa candeur, il peut à peine croire, Lui semble un accident qu'il ne s'explique pas, Et cache tristement au fond de sa mémoire.

Mais d'avoir une fois, par sui-prise, faibli, Le cœur, moins sûr de lui, garde comme un vertige ; lî peut se redresser, mais la trace du pli Marque pour l'avenir la délicate tige.

Il redoute en secret le moindre coup de vent, Il n'a plus pour support sa rigide droiture. Il est en apparence aussi ferme qu'avant Mais il se plie en deux, à la même cassure.

Et quand, de sa faiblesse, il se croit bien remis, Qu'il connaît le danger contre lequel il lutte. Le cœur convalescent d'un premier compromis Commet une imprudence et fait une rechute.

Et d'être, à son insu, dans l'erreur retombé. Il se croit moins coupable et se sent moins timide ; Attribuant son mal à la fatalité, Il se bande les yeux, prêt pour un lent suicide.

Souvenir importun.

Souvenir importun, je ne t'attendais plus, Dans le jardin tout blanc de ma convalescence. Je replantais des fleurs après qu'il avait plu. J'aimais ta plate-bande autour de moi, silence !

J'avais fermé la grille et n'ai rien vu venir... Qui donc guida tes pas, ô mémoire en allée ? Quelle main te lança, cerceau du souvenir. Sur l'ourlet de ma robe, au rebord de l'allée ?

Tu y laissas ta marque, un peu de sable, un pli, Et je te repoussai, cerceau, vers ton mystère. Ne sachant pas alors que de ton coin d'oubli. Cette fois, tu viendrais rouler sur mon parterre.

Et que ton cercle d'ombre, et que ton cercle d'or, Du vieux mur du passé rebondirait bien vite, Pour venir écraser, en son nouvel essor. Dans mon jeune jardin, le cœur des marguerites.

La maison du devoir.

La maison du devoir est au prochain détour, Elle t'attend avec sa face coutumière, Encore quelques pas, et voici l'abat-jour De ton obscur labeur posé sur la lumière.

Encore quelques pas, et tu devras plier Le canevas du rêve au fond de ta poitrine, Quelques pas, et voici le seuil familier Qui te tend l'uniforme uni de la routine.

0 route, laisse-moi t'enrouler à mon cou

Et défaire un instant le collier d'habitudes,

Que je sente en mes doi^s glisser tes grains de houx,

Au lieu du chapelet des mêmes servitudes.

Et lorsque tu auras dévidé ton fil d'or

Le long du mur rigide où bute ma déroute,

La maison du devoir à l'étroit corridor

Ondoiera sous mes pieds comme un ruban de route!

Mon étroite fenêtre.

Mon étroite fenêtre avait l'air ce matin

D'un couvercle de frais satin, Et la lumière S'offrait comme une perle aux doigts de ma chimère,

Toute blanche au fond de l'écrin.

Et j'ai cru que c'était ma fête, Que le ciel encadrait, dans le rectangle bleu

De ma vitre à la page nette.

Ce télégramme de ses vœux Porté par messager en livrée or et feu.

0 marge de lumière, Sur le mur gris de ma vie et de ma maison. Grimpant comme un rosier plein de roses trémières,

De tes fleurs et de tes rayons.

Dis-moi, que vais-je faire ?

Dans ce velours aux plis soyeux,

De ta pointe, ô ma fantaisie.

Je pourrais découper un masque pour mes yeux, Et voir dorénavant la face de la vie Tout en bleu.

Ou bien, à la fenêtre, appuyer ma poitrine, Et tu n'aurais pour la panser,

Lumière déchirée aussi toi aux épines.

Tout autour de mon cœur blessé, Qu'à dérouler ta gaze fine.

Je puis en faire encore une ardoise gris bleu. Puisqu'elle vint du toit des cieux,

Et laisser mon esprit aussi blanc qu'un nuage. Ecrire un message d'adieu Pour d'autres âmes en voyage.

Car dans les routes en lacis Où le grand sacristain a soufflé les étoiles,

Les bergers restent indécis, Et quand les saints de nuit ont leurs housses de toile,

Les âmes s'y trompent aussi.

Et la troupe d'oiseaux sauvages, Aux confins du désert attendant le mirage,

A besoin de ce mot d'amour, De ce navire ancré dans le port des nuages Pour ne pas s'égarer dans la forêt du jour.

0 marge de lumière, Dans le li\Te d'azur qui s'ouvre sous mes doigts, 0 cage suspendue au rebord de mon toit,

Que de miracles je puis faire, En laissant s'envoler tes oiseaux de chimère !

Non, j'ai trop peur en te touchant de t'effacer,

0 point bleu de la grande cible.

Mais laisse mon regard impuissant te viser, Sans craindre que son trait, en ton orbe lancé, Ne t'atteigne, Inaccessible !

Je regrette le temps de la lampe.

Je regrette le temps de la lampe... La mienne, Ma lampe de jeunesse, était de verre à fleurs.

Mais je me souviens à peine

De ton étoffe et ta couleur, Abat-jour de ma lampe lointaine.

Dans ce temps de ma vie, le temps breton,

Il pleuvait tous les jours au pied de la 'maison ;

L'eau sous la porte entrait en diagonale.

Faisant des flaques sur les dalles;

Les feuilles tombaient à foison Des tilleuls à tête ronde sous la rafale.

Un grand feu vert flambait Dans la cheminée, aux soirs d'abondance. Et sur la table amusante qui danse, Soigneusement,on te posait, 0 lampe à la grosse panse !

Parfois, en bas, dans le brouillard, on entendait

Loqueter la porte d'entrée...

La lampe était peu rassurée...

Par-dessus l'abat-jour, nos yeux se regardaient,

Nous avions peur d'aller à la croisée.

La rue de campagne avait l'air d'un puits,

La solitude était un cimetière...

La lampe tremblait en son trouble étui ; Mais soudain des voix familières Montaient en jets clairs dans la nuit.

On levait la lampe à la hâte, Sans trop penser aux courants d'air du corridor ;

Le verre fendait son humide pâte, La flamme impatiente avait des élans d'or.

Plus tard, il fallait bien laisser le feu, la chambre,

La lampe et le meilleur peignoir, Et dans le long grenier tout vibrant de décembre,

Aux lueurs menues du bougeoir.

Monter, en s'appuyant à la rampe mouillée

Et s'endormir sous les pendantes araignées.

Et les soirs de lettres d'amour,

Soirs de lune ou de fantaisie.

Ou de premières poésies,

La lampe brûlait jusqu'au jour; Aussi les soirs de pâle gel près du calvaire, Le cœur était si plein qu'il ne savait que faire.

Et le matin.

Le facteur à la voix déjà mouillée de vin Vous réveille sous la fenêtre.

On descend sans souffler la lampe, La main tremble un peu sur la rampe, Car peut-être...

Car il est certain Qu'on va lire, à la mèche fumante, la lettre...

La hante tour.

La haute tour pointue aux écailles d'ardoise

Déchire le ciei innocent Qui, dans le frais matin, a des rosées d'angoisse

Et le soir est couleur de sang.

Tour construite par l'homme au milieu des nuages,

Ne sais-tu pas que le rameau Pour l'azur délicat se couvre de feuillage

Et met chaque pointe au fourreau ;

Que, parmi les arceaux du soir, les hirondelles Font courber mollement leur vol.

Ayant soin d'empenner la flèche de leur aile, Avant de s'élancer du sol :

Que les feuilles brûlant dans la forêt d'automne Pourraient mettre le ciel en feu.

Mais qu'avant de monter, leur flamme se couronne De frêles volubilis bleus ;

Que l'étoile ne roule en la nocturne vague

Qu'afin d'user son diamant, Pour qu'à l'heure du bal, les griffes de sa bague

N'accrochent la robe d'argent...

0 tour au haut des monts, sinistre oiseau de proie

Au bec planté dans de l'azur.

Quand, sous le dôme bleu, tout ce qui vole ploie,

Toi, tu t'élances d'un jet sûr.

Prends garde que le ciel, quand l'orage crépite.

Que de l'effroi roule dans l'air.

Sache qu'il suffirait, pour qu'il te décapite,

D'un coup de ciseau de l'éclair !

Ame qui lutte.

Ame qui lutte, âme qui ploie, Lève un instant tes yeux en pleurs.

Crois-tu que la somme des joies Vaudra la somme des douleurs ?

Crois-tu que la barque magique Où t'emportera le bonheur Vaudra l'esquif où tu t'appliques A ne pas sombrer, ô rameur !

Crois-tu que tes mains déchirées Dans la tempête, au gouvernail.

Se trouveront cicatrisées En touchant les rames d'émail ?

Crois-tu que la légère brise Passant sur ton front somnolent Vaudra l'écume qui te grise.

Les cris des oiseaux et le vent ?

Que tu secoueras ta crinière Avec ce geste insouciant, Lorsque la vague débonnaire N'aura plus son farouche élan ?

Que tu redresseras l'échiné En voyant l'orage venir, S'il n'y a plus dans ta poitrine Le désir de vaincre ou mourir ?

Ame qui lutte, âme qui ploie, Ame qui gardes ton œil clair.

Je crais que la vague de joie Que tu demandes à la mer.

Ne soit si pesante et si haute, Pour valoir celle des douleurs, Que moi je verrai de la côte Couler la barque du bonheur.

Inspiration.

Inspiration, je te cherchais sur le chemin. Mon âme en t' attendant s'accoudait sur le monde ; Tu devais dénouer ta danse de la ronde Pour venir emmêler tes roses à mes mains.

Tes mots pressaient ma bouche avec un bruit d'abeilles, Murmurants et confus comme un troupeau d'enfants Près d'un jardin secret qu'une porte défend. Mes bras tendus portaient mon attente, en corbeille.

J'avais un livre vierge en place de cerveau, Impatient de voir s'emplir toutes ses pages ; Dans le matin chantant, j'avais ouvert la caige Et c'est toi qui devais y mettre des oiseaux.

LES VOIX DU CŒUR ET DE L'AliE 69

Mais quand je te tendis mon ardente corbeille. Quand tu vis, aux ciseaux du désir à mes doi^s, Que je voulais te mettre en bouquet, fleur des bois, Que je te convoitais pour mon rucher, abeille,

Tu déployas ton voile entre nous et t'enfuis, Et je vins lentement ranger sur l'étagère, De mes doigts débandés la corbeille légère...

Je la déposerai sur le seuil cette nuit.

Ame effrayée.

Ame effrayée, âme immobile, Bras cramponnés à ce fauteuil.

Fixes yeux et bouche débile, Que regardez-vous sur le seuil ?

Vous étiez là comme au théâtre, Sur le bord du bonheur humain ; Vous ne saviez plus à quel âtre Vous chauffiez vos fragiles mains.

L'heure passante était la scène :

Qu'importe ce qu'on y jouait !

La comédie était lointaine Et la salle obscure à souhait.

Mais voilà que de la coulisse, Masquant le fer sous le velours, La Vie, à pas feutrés, se glisse Sur la scène où jouait l'Amour.

Face à la rampe, il continue, Sans l'avoir vue, à badiner ; Mais vous qui l'avez reconnue, Vous vous sentez assassiné.

Et le drame change de place :

Vous qui n'étiez que spectateur, Avez déjà l'âme de glace Quand la Vie poignarde l'acteur.

L'éventail refermé.

L'éventail refermé de nos rêves déçus,

Dans l'abandon, repose aux plis de la mémoire;

L'image qui peignait le délicat tissu

S'efface chaque jour dans les branches d'ivoire.

Mais quand le cœur mûri retrouve par hasard Le futile jouet des lointains soirs de fête, Dédoré maintenant, de moins riche brocard, Et qui n'abrite plus de désirs de conquête,

L'éventail oublié palpite entre les doigts, Un peu de poui-pre et d'or ranime les images, Et des bouquets fanés, la brise d'autrefois Vient mettre un peu de sang sur le pâle visage.

Mon cœur a tant d'amour en son indifférence.

Mon cœur a tant d'amour en son indifférence, C'est la source secrète au fond du bois épais, Il coule à petit bruit et cache sa présence Dans la mousse que tisse, autour de lui, sa paix.

Mais que, dans le sentier, un pas humain s'efface, Et les dormantes eaux, promptes à s'épancher, De l'insondable puits montent à la surface Pour verser leur fraîcheur sur le sol desséché ;

Qu'un visage dans l'ombre écarte le feuillage, En ce brûlant désert cherchant avec ardeur A suivre dans son cours l'invisible sillage, Mais recule, effrayé, devant sa profondeur;

Et mon cœur sans amour a son obscure peine Quand le pas inconnu s'éloigne dans la nuit, Rafraîchi de sa marche, ignorant qu'il entraîne Un peu des vives eaux de la source après lui.

Rien que le vent.

Rien que le vent, rien que la mer, L'horizon sans borne, et ie vide, Et dans mon cerveau, baa-que vide, Flotte le suicidé d'hier.

Effarement de tant d'espace !

A ce jardin, je veux des murs ; Je veux changer en sable dur L'eau mouvante, pour que j'y passe.

Je suis l'algue au haut de l'îlôt, La marée monte, et mon courage Est le canot de sauvetage Qui chavire en touchant le flot.

La mer est la plaine bretonne, Les binious du vent vont chantant, Mais où sont les genêts d'antan, Oii sont les âmes monotones ?

La mienne est peureuse : elle a beau Défier le vent et l'écume.

Elle entend, aux heures de brume, La sirène du paquebot.

En mer.

Vaste marais de la mémoire.

Vaste marais de la mémoire Où l'on sombre aux heures d'ennui, Champ sans contours où rien ne luit Parmi les roseaux illusoires . . .

Il faut pourtant, bon gré mal gré, Pour sortir de la fondrière, Dans l'eau trouble, chercher les pierres Où l'âlme blanche passe à gué.

Mais l'esprit chaviré dérive.

Les bras mous n'ont plus d'avirons, Dans le champ clos, on tourne en rond. Sans pouvoir distinguer la rive.

Et c'est l'enlisement brutal.

Les genoux happés par la vase, Les deux mains levant haut le vase Du passé, de frêle cristal.

Mais perçant l'ombre qui submerge Le trouble et vénéneux jardin.

Un souvenir place soudain Sa lanterne, au bord de la berge.

La porte de bois de ma volonté.

La porte de bois de ma volonté Branle à tous les vents, grelotte à la pluie, Et dans le jardin, tout est dévasté, Derrière la porte aujourd'hui pourrie.

Je ne puis ouvrir, je ne puis fermer,

Sur ses gonds rouilles la porte entr'ouverte.

Et le corridor a l'air mal famé

Tout bâillant et noir sur la rue déserte.

Ma maison secrète est comme un bateau Dont le flanc ouvert laisse entrer la houle; Si je ne la bouche à coups de marteau. Je suis un marin perdu que l'eau roule.

A coups de marteau, à coups de dégoûts. Avec ma patience enfin offensée, La colère aidant, je mettrai debout.

Encore une fois, la porte faussée.

Si je veux des clous, les clous des remords Planteront profond leurs multiples branches, Si je veux du bois, dans ma lutte à mort, Mes résolutions serviront de planches.

Puis ayant bardé de fer bien trempé Les murs du jardin aux ruches d'abeilles, Mon cœur plein de miel, en leur vol happé, Viendra butiner les fleurs des corbeilles,

Sans craindre dans l'ombre, entre les volets, De sentir glisser d'avides prunelles, Ou des pas furtifs parmi les galets, Car ma porte à neuf fera sentinelle.

Mes pensées sont dressées.

Mes pensées sont dressées en rangs de peupliers, Toutes droites, toutes coites, toutes pareilles, Aux blancs fuseaux sans moelle où dans les fils plies, Pendants et disloqués, l'âme ancienne sommeille.

Mes pensées sont de blancs fuseaux, des peupliers. Et la brise passant dans l'air en mousseline. Du haut en bas, comme des joncs, les fait plier, Un frisson à fleur de terre les déracine.

Mes pensées sont peut-être, auprès d'un lit de mort. Avec leur flamme égale, ou éteinte, des cierges. Le lit de mort étroit sur quoi mon cerveau dort. Veillé par mes pensées, flammes de cire vierge.

Mes pensées qui voudraient être des chênes tors, Fougueux, rageurs, épris de luttes inégales, Mâchant chaque rameau rebelle comme un mors, Fouaillant de leurs nœuds l'insolente rafale,

Mes pensées sont dressées en rangs serrés et droits ; La patiente vie a nivelé leurs faîtes, Et comme un lac paisible, au fond d'un cadre étroit, Mon cœur mire en ses eaux leurs minces silhouettes.

De son sable, la solitude.

De son sable, la solitude A fait le tour de mon jardin ; Elle a maintenant l'habitude, Chaque jour, d'ajouter un grain.

Sous le sable, tout se dérobe...

Ma mère avait planté ces fleurs.

Ma mère en sa petite robe Toute noire dans les couleurs.

Mais la sablonneuse marée, Jour après jour, a recouvert Les roses au long des allées Et mon jardin est un déseii;.

En vain j'appelle, et vos tiges, Fleurs maternelles, ont péri.

Et tout ce sable qui voltige Etouffe en ma gorge mes cris.

Demain mes os seront de sable, Tout sera plat sous l'horizon...

Mais toi, mon cœur impérissable, Je sais qu'au fond de ta prison,

Gardant ta vie, gardant ton soufre, Tu soulèveras le désert, Donnant à l'immobile gouffre.

Le r>'thme immense de la mer.

Je voudrais te baigner mon âme.

Je voudrais te baigner, mon âme, Avant de te mettre au repos, Et puis présenter à la flamme.

Lavé du jour, ton corps dispos.

Je voudrais, vers l'âtre penchée.

Sur mes genoux, te maintenir, Et lorsque tu seras séchée, De robes blanches te vêtir.

Je voudrais clore tes paupières Pesantes, d'un baiser d'adieu.

Et pour de muettes prières. Te céder cette nuit à Dieu.

Enfin, quand tu seras lassée Du jour, t'étendre dams ton lit, Fermant les bras sur des brassées 0 petite âme, de grands lys !

Le frelon du sommeil.

Le frelon du sommeil, dans mon cœur éveillé, S'enfonce en bourdonnant comme au sein d'une rose, Dont les pétales lourds, que la nuit a mouillés, Se ferment lentement sur les deux ailes closes.

Et le frelon languide, ayant trouvé son nid, Se fait soie et velours en la rouge alvéole, Et, grisé de parfums, s'endort au rythme uni Du cœur chargé de miel au fond de sa corolle.

L'un à l'autre mêlés, l'un par l'autre apaisés,

Dans le jardin où l'ombre en robe noire glisse,

La rose somnolente et l'insecte lassé

Ont confondu leur souffle et joint leurs formes lisses.

Mais vienne le matin, et le beau frelon d'or S'élance butiner les champs frais de l'espace, Et la fleur se déroule en délicats efforts, Tendant chaque pétale aux jeunes vents qui passent.

Il reviendra vers elle avec le jour rempli ;

Avant de refermer sa corolle, elle guette.

Au fond du grand berceau de l'azur amolli.

Le sourd bourdonnement annonçant qu'il s'apprête.

J'ouvre mon âme.

J'ouvre mon âme à tes ruisseaux, Douce pluie, tendie pluie d'automne, Quand la rude plaine bretonne Se fait plus molle en ton berceau.

Voici l'heure de la marée.

0 trinité : mer, pluie et vent ; Au fond de soi, le cœur mouvant Ainsi qu'une barque amarrée.

Jets obliques, la pluie descend Tout ondule sous les ondées, La mer, la lande, et vos idées, Et le ruban de votre sang.

Les ajoncs et le houx recueillent Des franges de pluie sur leurs dards Le visage tend au hasard.

Pour les gouttelettes, sa feuille.

Les yeux se baignent dans les eaux Des lointains, humide grisaille ; L'horizon est un champ de paille Que pillent des milliers d'oiseaux.

La terre est lavée de son âge ; Le cadran pâli du soleil Ne dit plus l'heure au mur du ciel, Dans la maison du paysage ;

Mais toi, cœur qui bats, élargis Ton chemin à travers les arches, Et pesant de pluie, mets en marche L'horloge du muet logis.

Comprends-tu maintenant ?

Comprends-tu maintenant que mon âme est le vent, Faite comme le vent d'inconsistante moelle;

Elle souffle, et je tends la toile,

Malgré le danger, je la tends, Et je navigue dans l'effort à pleins voile!

Elle est, comme le vent, d'un pouvoir inconnu, En décembre, toute gonflée, Et de sa râpe met à nu, Dans le jardin secret, les tournantes allées.

Sous le gravier lourd des ans.

Je sens fréûnir l'originelle source, Et le sol mis à clair répand comme du sang

Le fer et l'or de ses ressources.

LES VOIX DU CŒl'R tT DE LAME 87

La nuit, elle imite le vent :

Parfois tout de son long, à la porte couchée,

Elle frappe à mon cœur rêvant, Pour réclamer sa part d'odorante jonchée.

Quand vient le vent, le vagabond, On sent les prés en fleurs à l'odeur de ses loques,

Et c'est la houle des moissons Que mon âme, en son souffle, évoque.

C'est le vent de sel, l'âpre vent,

La lèvre goûte en lui la saveur des marées, C'est le vent de mon âme, soulevant.

Au fond de son vase émouvant, L'essence des choses sacrées.

Tu t'es mise à chanter.

Tu t'es mise à chanter, toi qui fus taciturne, A t'ouvrir sous mes doigts comme un livre oublié, Au crépuscule hâtif, dans le jardin mouillé. Tournant lui-même ses feuillets au vent nocturne.

Tu t'es mise à chanter quand le jardin d'hiver Est devenu tout froid sous son semis de givre, Parce que toi, d'avoir résisté, tu t'enivres.

Et que ta rose vit dans le cristal de l'air.

Pourtant, tu te souviens comme elle était fragile, Aux jours des premiers pas de l'âme et du printemps, Comme elle a demandé de lumière et de temps Pour fleurir au sommet de son vase d'argile.

Mais à présent Que du bourgeon adolescent Elle est sortie, battant des ailes.

Et qu'elle sent Que le jardin en fleurs n'est pas tout que pour elle

Que le soleil d'été, Quand il arrive avec sa ruche pleine, A d'autres fleurs, a d'autres graines, Qu'il lui faudra brasser jusqu'à maturité;

Mais à présent qu'elle ose Mesurer et la forme et le contour des choses, Et tout voir, à travers

Le brouillard des doutes et des causes, Mon âme aux yeux fermés regarde l'univers.

Que craindrait-elle?

Elle a secoué sur le sol Ses pétales en dentelle.

Sa tige en paraît moins frêle.

Et le vent ne fait plus de ruches à son col.

Elle aime, mais rien ne la grise, Elle connaît par cœur le jardin d'autrefois.

Mais il parle à moins haute voix.

Et c'est par les journées grises Que son charme sur elle a plus de prise ;

Par les jours de moindre beauté, D'automne un peu plus proche et de soleil amène,

Au fond de sa chaude gaine.

Mon âme de ténacité

Mûrit en silence sa graine Et le germe futur de son collier d'étés.

Voici venir l'automne.

Voici venir l'automne... Automne, l'on te hait! Et lorsque à l'horizon, frileuse, tu parais Dans ta robe de feuilles mortes,

On songe que tu fis, avec tes yeux en pleurs,

Pâlir tous les soleils, mourir toutes les fleurs,

Et que c'est leur deuil que tu portes.

Automne, l'on te hait... Moi je t'aime pourtant; Alors qu'ils ont maudit ton retour, je t'attends 0 ma compagne en robe grise;

Car tu te plains aussi de maux inconsolés. Et tes gémissements, d'eau et de vent mêlés. Avec ma peine, s'harmonisent.

Automne, l'on te hait... Mais ils t'aiment, tous ceux Qui sentent, délicats souffrants, saigner en eux De cruelles mélancolies ;

Car au lieu d'apaiser lâchement leurs douleurs D'hypocrites espoirs ou de rêves trompeurs. Plaintive, tu les multiplies.

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