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UN JOUR DE FÊTE PUBLIQUE

« Allons, dit-elle, encor, pourquoi ce front courbé?

Songeur, dans votre puits vous voilà retombé!

A quoi bon pour rêver venir dans une fête ? »

Moi je lui dis, tandis qu'elle inclinait la tète,

Et que son bras charmant à mon bras s'appuyait :

« Oui , c'est dans cette place où notre âge inquiet

Mit une pierre afin de cacher une idée ,

C'est bien ici qu'un jour de soleil inondée ,

La grande nation dans la grande cité

Vint voir passer en pompe une douce beauté,

Ange à qui Ton rêvait des ailes repliées,

Vierge la veille encor, des jeunes mariées

Ayant Tétonnement et la fraîche pâleur,

Qui , reine et femme , étoile en même temps que fleur,

Unissait, pour charmer cette foule attendrie,

Le doux nom d'Antoinette au beau nom de Marie !

t Son prince la suivait , ils souriaient entre eux, Et tous en la voyant disaient : « Qu'il est heureux ! »

Et je me tus alors, car mon cœur était sombre,

La laissant contempler la fête aux bruits sans nombre,

Le fleuve où se croisaient cent bateaux pavoises,

Le peuple , les vieillards à Pombre reposés,

Les écoliers jouant par bandes séparées ,

Et le soleil tranquille, et, de joie enivrées,

Les bouches qui, couvrant l'orchestre aux vagues sons,

Jetaient une vapeur de confuses chansons.

Moi , vers ce qui se meut dans une ombre éternelle , Je m'étais retourné. L'àme est une prunelle.

Oh! pensais-je, pouvoir étrange et surhumain De celui qui nous tient palpitants dans sa main ! O volonté du ciel ! abîme où l'œil se noie !

Gouffre où depuis Adam le genre humain tournoie! Comme vous nous prenez et vous nous rejetez ! Comme vous vous jouez de nos prospérités !

Sur votre sable, ô Dieu , notre granit se fonde! Oh ! que l'homme est plongé dans une nuit profonde! Comme tout ce qu'il fait, hélas ! en s'achevant Sur lui croule ! et combien il arrive souvent Qu'à l'heure où nous rêvons un avenir suprême Le sort de nous se rit, et que sous nos pas même , Dans cejte terre où rien ne nous semble creusé , Quelque chose d'horrible est déjà déposé !

Louib Seize, le jour de sa noce royale, 4.vait déjà le pied sur la place fatale )ù , formé lentement au souffle du Très-Haut, 'orame un grain dans le sol , germait son échu fa ud I >

Avril 4830.

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