MILLE CHEMINS, UN SEUL BUT
Le chasseur songe dans les bois A des beautés sur l'herbe assises , Et dans l'ombre il croit voir parfois Danser des formes indécises.
Le soldat pense à ses destins Tout en veillant sur les empires , Et dans ses souvenirs lointains Entrevoit de vagues sourires.
Le pâtre attend sous le ciel bleu L'heure où son étoile paisible Va s'épanouir, fleur de feu , Au bout d'une tige invisible.
Regarde-les, Regarde encor Comme la vierge, fille d'Eve, Jette en courant dans les blés d'or Sa chanson qui contient son rêve !
Vois errer dans les champs en fleur
Dos courbé , paupières baissées ,
Le poète, cet oiseleur
Qui cherche à prendre des pensées.
Vois sur la mer les matelots Implorant la terre embaumée , Lassés de l'écume des flots , Et demandant une fumée !
Se rappelant , quand le flot noir Bat les flancs plaintifs du navire , Les hameaux si joyeux le soir, Les arbres pleins d'éclats de rire !
Vois le prèlre priant pour tous; Front pur qui sous nos fautes penche, Songer dans le temple , à genoux Sur les plis de sa robe blanche.
Vois s'élever sur les hauteurs
Tous ces grands penseurs que tu nommes ,
Sombres esprits dominateurs ,
Chênes dans la forêt des hommes.
Vois , couvant des yeux son trésor, La mère contempler, ravie , Son enfant , cœur sans ombre encor, Vase que remplira la vie !
Tous, dans la joie ou dans l'affront , Portent , sans nuage et sans tache , Un mot qui rayonne à leur front , Dans leur âme un mot qui se cache.
Selon les desseins du Seigneur, Le mot qu'on voit pour tous varie; L'un a : Gloire ! l'autre a : Bonheur !
L'un dit : Vertu ! l'autre : Patrie !
Le mot caché ne change pas.
Dans tous les cœurs toujours le même , Il y chante ou gémit tout bas ; Et ce mot, c'est le mot suprême!
C'est le mot qui peut assoupir L'ennui du front le plus morose !
C'est le mystérieux soupir Qu'à toute heure fait toute chose !
C'est le mot d'où les autres mots Sortent comme d'un tronc austère , Et qui remplit de ses rameaux Tous les langages de la terre !
C'est le verbe , obscur ou vermeil , Qui luit dans le reflet des fleuves , Dans le phare , dans le soleil , Pans la sombre lampe des veuves !
Qui se mêle au bruit des roseaux , Au tressaillement dès colombes;
Qui jase et rit dans les berceaux ,
Et qu'on sent vivre au fond des tombes !
Qui fait éclore dans les bois Les feuilles , les souffles , les ailes , La clémence au cœur des grands rois , Le sourire aux lèvres des belles 1
C'est le nœud des prés et des eaux !
C'est le charme qui se compose Du plus tendre cri des oiseaux , Du plus doux parfum de la rose!
C'est Phymne que le gouffre amer Chante en poussant au port les voiles 1 C'est le mystère de la mer, Et c'est le secret des étoiles !
Ce mot, fondement éternel De la seconde des deux Romes , ■ C'est Foi dans la langue du ciel , Amour dans la langue des hommes.
Aimer, c'est avoir dans les mains Un fil pour toutes les épreuves, Un flambeau pour tous les chemins , Une coupe pour tous les fleuves l
Aimer, c'est comprendre les cieux ,
C'est mettre, qu'on dorme ou qu'on veille , Une lumière dans ses yeux , Une musique en son oreille !
C'est se chauffer à ce qui bout !
C'est pencher son Ame embaumée Sur le côté divin de tout!
Ainsi , ma douce bien-aimée ,
Tu mêles ton cœur et tes sens , Dans la retraite où tu m'accueilles , Aux dialogues ravissants Des flots , des astres et des feuilles 1
La vitre laisse voir le jour; Malgré nos brumes et nos doutes, O mon ange ! à travers l'amour Les vérités paraissent toutes!
L'hommeet la femme, couple heureux, A qui le cœur tient lieu d'apôtre , Laissent voir le ciel derrière eux, El sont transparents l'un pour l'autre.
Ils ont en eux , comme un lac noir Reflète un astre en son eau pure , Du Dieu caché qu'on ne peut voir Une lumineuse figure !
Aimons , prions ! Les bois sont verts , L'été resplendit sur la mousse, Les germes vivent entr'ouverts ,
ÎS8 LES RAYONS
L'onde s'épanche et l'herbe pousse !
Que la foule bien loin de nous , Suive ses routes insensées.
Aimons et tombons à genoux , . Et laissons aller nos pensées !
L'amour, qu'il vienne tôt ou tard , Prouve Dieu dans notre Ame sombre.
Il faut bien un corps quelque part Pour que le miroir ait une ombre.
lai 183..
Oh ! quand je dors, viens auprès de ma couche,
Comme à Pétrarque apparaissait Laura,
Et qu'en passant ton haleine me touche.... —
Soudain ma bouche
S'ent r' ouvrira !
Sur mon front morne où peut-être s'achève Un songe noir qui trop longtemps dura , Que ton regard comme un astre se lève.... —
Soudain mon rêve
Rayonnera !
Puis sur ma lèvre où voltige une flamme ,
Éclair d'amour que Dieu même épura,
Pose un baiser, et d'ange deviens femme.... —
Soudain mon âme
S'éveillera I