‹ Les voix intérieuresChapitre 16 sur 67 · LA VACHE · texte numérisé non relu

LA VACHE

Devant la blanche ferme où parfois vers midi Un vieillard vient s'asseoir sur le seuil attiédi, Où cent poules gaîment mêlent leurs crêtes rouges, Où, gardiens du sommeil, les dogues dans leurs bouges Écoutent les chansons du gardien du réveil. Du beau coq vernissé qui reluit au soleil. Une vache était là, tout à l'heure arrêtée. ^ Superbe, énorme, rousse et de blanc tachetée, Douce comme une biche avec ses jeunes faons. Elle avait sous le ventre un beau groupe d'enfants. D'enfants aux dents de marbre, aux cheveux en broussailles Frais, et plus charbonnés que de vieilles murailles. Qui, bruyants, tous ensemble, à grands cris appelant D'autres qui, tout petits, se hâtaient en tremblant. Dérobant sans pitié quelque laitière absente. Sous leur bouche joyeuse et peut-être blessante Et sous leurs doigts pressant le lait par mille trous. Tiraient le pis fécond de la mère au poil roux. Elle, bonne et puissante et de son trésor pleine. Sous leurs mains par moments faisant frémir à peine Son beau flanc plus ombré qu'un flanc de léopard. Distraite, regardait vaguement quelque part.

Ainsi, Nature ! abri de toute créature ! O mère universelle ! indulgente Nature ! Ainsi, tous à la fois, mystiques et charnels. Cherchant l'ombre et le lait sous tes flancs éternels, Nous sommes là, savants, poètes, pêle-mêle. Pendus de toutes parts à ta forte mameUe !

Page 1