‹ Les voix intérieuresChapitre 18 sur 67 · PASSÉ · texte numérisé non relu

PASSÉ

C'ÉTAIT un grand château du temps de Louis treize. Le couchant rougissait ce palais oubUé.

Chaque fenêtre au loin, transformée en fournaise, Avait perdu sa forme et n'était plus que braise. Le toit disparaissait dans les rayons noyé.

Sous nos yeux s'étendait, gloire antique abattue. Un de ces parcs dont l'herbe inonde le chemin. Où dans un coin, de lierre à demi revêtue, Sur un piédestal gris, l'hiver, morne statue. Se chauffe avec un feu de marbre sous sa main.

O deuil ! le grand bassin dormait, lac solitaire.

Un Neptune verdâtre y moisissait dans l'eau.

Les roseaux cachaient l'onde et l'eau rongeait la terre.

Et les arbres mêlaient leur vieux branchage austère.

D'où tombaient autrefois des rimes pour Boileau.

On voyait par moments errer dans la futaie De beaux cerfs qui semblaient regretter les chasseurs ; Et, pauvres marbres blancs qu'un vieux tronc d'arbre étaie, Seules, sous la charmille, hélas ! changée en haie. Soupirer Gabrielle et Vénus, ces deux sœurs !

Les manteaux, relevés par la longue rapière.

Hélas ! ne passaient plus dans ce jardin sans voix.

Les tritons avaient l'air de fermer la paupière.

Et, dans l'ombre, entr'ouvrant ses mâchoires de pierre.

Un vieux antre ennuyé bâillait au fond du bois.

PASSÉ 8i

Et je vous dis alors : — Ce château dans son ombre A contenu l'amour, frais comme en votre cœur. Et la gloire, et le rire, et les fêtes sans nombre. Et toute cette joie aujourd'hui le rend sombre. Comme un vase noircit rouillé par sa liqueur.

Dans cet antre, où la mousse a recouvert la dalle, Venait, les yeux baissés et le sein palpitant. Ou la belle Caussade ou la jeune Caudale, Qui, d'un royal amant conquête féodale.

En entrant disait Sire, et Louis en sortant.

Alors comme aujourd'hui, pour Caudale ou Caussade, La nuée au ciel bleu mêlait son blond duvet, Un doux rayon dorait le toit grave et maussade, Les vitres flamboyaient sur toute la façade. Le soleil souriait, la nature rêvait !

Alors comme aujourd'hui, deux cœurs unis, deux âmes, Erraient sous ce feuillage où tant d'amour a lui. Il nommait sa duchesse un ange entre les femmes. Et l'œil plein de rayons et Fœil rempli de flammes S'éblouissaient l'un l'autre, alors comme aujourd'hui !

Au loin dans le bois vague on entendait des rires. C'étaient d'autres amants, dans leur bonheur plongés. Par moments un silence arrêtait leurs délires. Tendre, il lui demandait : D'où vienf que tu soupires ? Douce, elle répondait : D'où vient que vous songez ?

Tous deux, l'ange et le roi, les mains entrelacées. Ils marchaient, fiers, joyeux, foulant le vert gazon. Ils mêlaient leurs regards, leur souffle, leurs pensées.., — O temps évanouis ! ô splendeurs éclipsées 1 O soleils descendus derrière l'horizon î

!«' avril 1835.

Près du pêcheur qui ruisselle, Quand tous deux, au jour baissant, Nous errons dans la nacelle, Laissant chanter l'homme frêle Et gémir le flot puissant ;

Sous l'abri que font les voiles Lorsque nous nous asseyons ; Dans cette ombre où tu te voiles Quand ton regard aux étoiles Semble cueillir des rayons ;

Quand tous deux nous croyons lire Ce que la nature écrit.

Réponds, ô toi que j'admire, D'où vient que mon cœur soupire ?

D'où vient que ton front sourit ?

Dis, d'où vient qu'à chaque lame.

Comme une coupe de fiel, La pensée emplit mon âme ?

C'est que moi je vois la rame Tandis que tu vois le ciel !

C'est que je vois les flots sombres.

Toi, les astres enchantés !

C'est que, perdu dans leurs nombres.

Hélas ! je compte les ombres Quand tu comptes les clartés !

Chacun, c'est la loi suprême.

Rame, hélas ! jusqu'à la fin.

Pas d'homme, ô fatal problème !

Qui ne laboure ou ne sème Sur quelque chose de vain !

L'homme est sur un flot qui gronde.

L'ouragan tord son manteau. Il rame en la nuit profonde, Et l'espoir s'en va dans l'onde Par les fentes du bateau.

Sa voile que le vent troue Se déchire à tout moment.

De sa route l'eau se joue.

Les obstacles sur sa proue Écument incessamment.

Hélas ! hélas ! tout travaille Sous tes yeux, ô Jéhova !

De quelque côté qu'on aille, Partout un flot qui tressaille.

Partout un homme qui va !

Où vas-tu ? — Vers la nuit noire.

Où vas-tu ? — Vers le grand jour.

Toi ? — Je cherche s'il faut croire.

Et toi ? — Je vais à la gloire.

Et toi ? — Je vais à l'amour.

Vous allez tous à la tombe !

Vous allez à l'inconnu !

Aigle, vautour ou colombe, Vous allez où tout retombe Et d'où rien n'est revenu !

Vous allez où vont encore Ceux qui font le plus de bruit !

Où va là fleur qu'avril dore !

Vous allez où va l'aurore !

Vous allez où va la nuit !

A quoi bon toutes ces peines ?

Pourquoi tant de soins jaloux ?

Buvez l'onde des fontaines, Secouez le gland des chênes.

Aimez, et rendormez-vous !

Lorsqu' ainsi que des abeilles On a travaillé toujours ; Qu'on a rêvé des merveilles ; Lorsqu'on a sur bien des veilles Amoncelé bien des jours ;

Sur votre plus belle rose.

Sur votre lys le plus beau, Savez- vous ce qui se pose ?

C'est l'oubli pour toute chose, Pour tout homme le tombeau !

Car le Seigneur nous retire Les fruits à peine cueillis.

Il dit : Échoue ! au navire.

Il dit à la flamme : Expire !

Il dit à la fleur : Pâlis !

Il dit au guerrier qui fonde :

— Je garde le dernier mot.

Monte, monte, ô roi du monde !

La chute la plus profonde Pend au sommet le plus haut. —

Il a dit à la mortelle :

— Vite ! éblouis ton amant.

Avant de mourir sois belle.

Sois un instant étincelle, Puis cendre éternellement 1 —

Cet ordre auquel tu t'opposes T'enveloppe et t'engloutit.

Mortel, plains-toi, si tu l'oses.

Au Dieu qui fit ces deux choses, Le ciel grand, l'homme petit !

Chncun, qu'il doute ou qu'il nie, Lutte en frayant son chemin ; Et l'éternelle harmonie Pèse, comme une ironie.

Sur tout ce tumulte humain !

Tous ces faux biens qu'on envie Passent comme un soir de mai.

Vers l'ombre, hélas ! tout dévie.

Que reste-t-il de la vie, Excepté d'avoir aimé !

Ainsi je courbe ma tête Quand tu redresses ton front.

Ainsi, sur l'onde inquiète.

J'écoute, sombre poëte.

Ce que les flots me diront.

Ainsi, pour qu'on me réponde.

J'interroge avec effroi ;

Et dans ce gouffre où je sonde La fange se mêle à l'onde... — Oh ! ne fais pas comme moi !

Que sur la vague troublée J'abaisse un sourcil hagard ; Mais toi, belle âme voilée.

Vers l'espérance étoilée Lève un tranquille regard !

Tu fais bien. Vois les cieux luire.

Vois les astres s'y mirer.

Un instinct là-haut t'attire.

Tu regardes Dieu sourire ; Moi, je vois l'homme pleurer.

9 novembre 1836. Minuit et demi.

DANS VIRGILE PARFOIS... Sy

xvni

Dans Virgile parfois, dieu tout près d'être un ange, Le vers porte à sa cime une lueur étrange. C'est que, rêvant déjà ce qu'à présent on sait, Il chantait presque à l'heure où Jésus vagissait. C'est qu'à son insu même il est une des âmes Que l'orient lointain teignait de vagues flammes. C'est qu'il est un des cœurs que, déjà, sous les cieux. Dorait le jour naissant du Christ mystérieux !

Dieu voulait qu'avant tout, rayon du fils de l'homme, L'aube de Bethléem blanchît le front de Rome.

Nuit du 21 au 22 mars 1837.

Jeune homme ! je te plains ; et cependant j'admire Ton grand parc enchanté qui semble nous sourire, Qui fait, vu de ton seuil, le tour de l'horizon. Grave ou joyeux suivant le jour et la saison, Coupé d'herbe et d'eau vive, et remplissant huit lieues De ses vagues massifs et de ses ombres bleues.

J'admire ton domaine, et pourtant je te plains. Car dans ces bois touffus de tant de grandeurs pleins Où le printemps épanche un faste sans mesure, Quelle plus misérable et plus pauvre masure Qu'un homme usé, flétri, mort pour l'illusion. Riche et sans volupté, jeune et sans passion. Dont le cœur délabré, dans ses recoins livides, N'a plus qu'un triste amas d'anciennes coupes vides, Vases brisés qui n'ont rien gardé que l'ennui. Et d'où l'amour, la joie et la candeur ont fui !

Oui, tu me fais pitié, toi qui crois faire envie ! Ce splendide séjour sur ton cœur, sur ta vie Jette une ombre ironique, et rit en écrasant Ton front terne et chétif d'un cadre éblouissant.

Dis-moi, crois-tu, vraiment, posséder ce royaume D'ombre et de fleurs, où l'arbre arrondi comme un dôme L'étang, lame d'argent que le couchant fait d'or, L'allée entrant au bois comme un noir corridor, Et là, sur la forêt, ce mont qu'une tour garde. Font un groupe si beau pour l'âme qui regarde ?

Lieu sacré pour qui sait dans l'immense univers, Dans les prés, dans les eaux et dans les vallons verts, Retrouver les profils de la face éternelle Dont le visage humain n'est qu'une ombre charnelle

Que fais-tu donc ici ? Jamais on ne te voit. Quand le matin blanchit l'angle ardoisé du toit, Sortir, songer, cueillir la fleur, coupe irisée Que la plante à l'oiseau tend pleine de rosée, Et parfois t'arrêter, laissant pendre à ta main Un livre interrompu, debout sur le chemin. Quand le bruit du vent coupe en strophes incertaines Cette longue chanson qui coule des fontaines.

Jamais tu n'as suivi de sommets en sommets La ligne des coteaux qui fait rêver ; jamais Tu n'as joui de voir, sur l'eau qui le reflète. Quelque saule noueux tordu comme un athlète. Jamais, sévère esprit au mystère attaché, Tu n'as questionné le vieux orme penché Qui regarde à ses pieds toute la plaine vivre. Comme un sage qui rêve attentif à son livre.

L'été, lorsque le jour est par midi frappé. Lorsque la lassitude a tout enveloppé, A l'heure où l'andalouse et l'oiseau font la sieste, Jamais le faon peureux, tapi dans l'antre agreste. Ne te voit, à pas lents, loin de l'homme importun. Grave, et comme ayant peur de réveiller quelqu'un. Errer dans les forêts ténébreuses et douces Où le silence dort sur le velours des mousses.

Que te fait tout cela ? Les nuages des cieux,

La verdure et l'azur sont l'ennui de tes yeux.

Tu n'es pas de ces fous qui vont, et qui s'en vantent,

Tendant partout l'oreille aux voix qui partout chantent.

Rendant grâce au Seigneur d'avoir fait le printemps,

Qui ramassent un nid, ou contemplent longtemps

Quelque noir champignon, monstre étrange de l'herbe

Toi, comme un sac d'argent, tu vois passer la gerbe.

Ta futaie, en avril, sous ses bras plus nombreux

A l'air de réclamer bien des pas amoureux,

Bien des cœurs soupirant, bien des têtes pensives ;

Toi, qui jouis aussi sous les branches massives.

Tu songes, calculant le taillis qui s'accroît.

Que Paris, ce vieillard qui, l'hiver, a si froid.

Attend, sous ses vieux quais percés de rampes neuves,

Ces longs serpents de bois qui descendent les fleuves.

Ton regard voit, tandis que notre œil flotte au loin.

Les blés d'or en farine et la prairie en foin ;

Pour toi le laboureur est un rustre qu'on paie :

Pour toi toute fumée ondulant, noire ou gaie.

Sur le clair paysage, est un fo3^er impur

Où l'on cuit quelque viande à l'angle d'un vieux mur.

Quand le soir tend le ciel de ses moires ardentes.

Au dos d'un fort cheval assis, jambes pendantes.

Quand les bouviers hâlés, de leurs bras vigoureux

Piquent tes bœufs géants qui par le chemin creux

Se hâtent pêle-mêle et s'en vont à la crèche,

Toi, devant ce tableau, tu rêves à la brèche

Qu'il faudra réparer, en vendant tes silos.

Dans ta rente qui tremble aux pas de don Carlos !

Au crépuscule, après un long jour monotone. Tu t'enfermes chez toi. Les tièdes nuits d'automne Versent leur chaste haleine aux coteaux veloutés. Tu n'en sais rien. D'ailleurs, qu'importe ! A tes côtés. Belles, leurs bruns cheveux appliqués sur les tempes. Fronts roses empourprés par le reflet des lampes. Des femmes aux yeux purs sont assises, formant Un cercle frais qui brode et cause doucement. Toutes, dans leurs discours où rien n'ose apparaître. Cachant leurs vœux, leur âme et leur cœur que peut-être

Embaume un vague amour, fleur qu'on ne cueille pas. Parfum qu'on sentirait en se baissant tout bas. Tu n'en sais rien. Tu fais, parmi ces élégies, Tomber ton froid sourire, ou, sous quatre bougies. D'autres hommes et toi, dans un coin attablés Autour d'un tapis vert, bruyants, vous querellez Les caprices du whist, du brelan ou de l'hombre. — La fenêtre est pourtant pleine de lune et d'ombre !

O risible insensé ! vraiment, je te le dis. Cette terre, ces prés, ces vallons arrondis. Nids de feuilles et d'herbe où jasent les villages. Ces blés où les moineaux font leurs joyeux pillages. Ces champs qui, l'hiver même, ont d'austères appas. Ne t'appartiennent point : tu ne les comprends pas !

Vois-tu, tous les passants, les enfants, les poètes.

Sur qui ton bois répand ses ombres inquiètes.

Le pauvre jeune peintre épris de ciel et d'air.

L'amant plein d'un seul nom, le sage au cœur amer,

Qui viennent rafraîchir dans cette solitude.

Hélas ! l'un son amour et l'autre son étude.

Tous ceux qui, savourant la beauté de ce lieu,

Aiment, en quittant l'homme, à s'approcher de Dieu,

Et qui, laissant ici le bruit vague et morose

Des troubles de leur âme, y prennent quelque chose

De l'immense repos de la création.

Tous ces hommes, sans or et sans ambition,

Et dont le pied poudreux ou tout mouillé par l'herbe

Te fait rire emporté par ton landau superbe,

Sont dans ce parc touffu, que tu crois sous ta loi,

Plus riches, plus chez eux, plus les maîtres que toi.

Quoique de leur forêt que ta main grille et mure

Tu puisses couper l'ombre et vendre le murmure !

Pour eux rien n'est stérile en ces asiles frais. Pour qui les sait cueillir tout a des dons secrets.

De partout sort un flot de sagesse abondante. L'esprit qu'a déserté la passion grondante. Médite à l'arbre mort, aux débris du vieux pont. Tout objet dont le bois se compose répond A quelque objet pareil dans la forêt de l'âme. Un feu de pâtre éteint parle à l'amour en flamme. Tout donne des conseils au penseur, jeune ou vieux. On se pique aux chardons ainsi qu'aux envieux ; La feuille invite à croître ; et l'onde, en coulant vite, Avertit qu'on se hâte et que l'heure nous quitte. Pour eux rien n'est muet, rien n'est froid, rien n'est mort. Un peu de plume en sang leur éveille un remord ; Les sources sont des pleurs ; la fleur qui boit aux fleuves Leur dit : Souvenez- vous, ô pauvres âmes veuves ! Pour eux l'antre profond cache un songe étoile ; Et la nuit, sous l'azur d'un beaa ciel constellé. L'arbre sur ses rameaux comme à travers ses branches Leur montre l'astre d'or et les colombes blanches. Choses douces aux cœurs par le malheur ployés, Car l'oiseau dit : Aimez ! et l'étoile : Croyez !

Voilà ce que chez toi verse aux âmes souffrantes La chaste obscurité des branches murmurantes ! Mais toi, qu'en f ait-tu ? dis ! — Tous les ans, en flots d'or, Ce murmure, cette ombre, ineffable trésor. Ces bruits de vent qui joue et d'arbre qui tressaille, Vont s'enfouir au fond de ton coffre qui bâille ; Et tu changes ces bois où l'amour s'enivra. Toute cette nature, en loge à l'Opéra !

Encor si la musique arrivait à ton âme ! Mais entre l'art et toi l'or met son mur infâme. L'esprit qui comprend l'art comprend le reste aussi. Tu vas donc dormir là ! sans te douter qu'ainsi Que tous ces verts trésors que dévore ta bourse, Gluck est une forêt et Mozart une source !

Tu dors ; et quand parfois la mode, en souriant,

Te dit : Admire, riche î alors, joyeux, criant.

Tu surgis, demandant comment l'auteur se nomme.

Pourvu que toutefois la muse soit un homme ;

Car tu te roidiras dans ton étrange orgueil

Si l'on t'apporte, un soir, quelque musique en deuil.

Urne que la pensée a chauffée à sa flamme.

Beau vase où s'est versé tout le cœur d'une femme.

O seigneur malvenu de ce superbe lieu !

Caillou vil incrusté dans ces rubis en feu !

Maître pour qui ces champs sont pleins de sourdes haines!

Gui parasite enflé de la sève des chênes !

Pauvre riche ! — Vis donc, puisque cela pour toi

C'est vivre. Vis sans cœur, sans pensée et sans foi.

Vis pour Tor, chose vile, et l'orgueil, chose vaine.

Végète, toi qui n'as que du sang dans la veine.

Toi qui ne sens pas Dieu frémir dans le roseau.

Regarder dans l'aurore et chanter dans l'oiseau !

Car, — et bien que tu sois celui qui rit aux belles Et, le soir, se récrie aux romances nouvelles, — Dans les coteaux penchants où fument les hameaux. Près des lacs, près des fleurs, sous les larges rameaux. Dans tes propres jardins, tu vas aussi stupide, Aussi peu clairvoyant dans ton instinct cupide, Aussi sourd à la vie, à l'harmonie, aux voix. Qu'un loup sauvage errant au milieu des grands bois !

22 mai 1837.

Regardez : les enfants se sont assis en rond. Leur mère est à côté, leur mère au jeune front '

Qu'on prend pour une sœur aînée ; Inquiète, au milieu de leurs jeux ingénus, De sentir s'agiter leurs chiffres inconnus

Dans l'urne de la destinée.

Près d'elle naît leur rire et finissent leurs pleurs. Et son cœur est si pur et si pareil aux leurs.

Et sa lumière est si choisie, Qu'en passant à travers les rayons de ses jours, La vie aux mille soins, laborieux et lourds,

Se transfigure en poésie !

Toujours elle les suit, veillant et regardant.

Soit que janvier rassemble au coin de l'âtre ardent

Leur joie aux plaisirs occupée.

Soit qu'un doux vent de mai, qui ride le ruisseau. Remue au-dessus d'eux les feuilles, vert monceau

D'où tombe une ombre découpée.

Parfois, lorsque, passant près d'eux, un indigent Contemple avec envie un beau hochet d'argent

Que sa faim dévorante admire, La mère est là ; pour faire, au nom du Dieu vivant. Du hochet une aumône, un ange de l'enfant.

Il ne lui faut qu'un doux somire.

Et moi qui, mère, enfants, les vois tous sous mes yeux. Tandis qu'auprès de moi les petits sont joyeux

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