‹ Les voix intérieuresChapitre 58 sur 67 · RENCONTRE · texte numérisé non relu

RENCONTRE

Après avoir donné son aumône au plus jeune, Pensif, il s'arrêta pour les voir. ■ — Un long jeûne Avait maigri leur joue, avait flétri leur front. Ils s'étaient tous les quatre à terre assis en rond. Puis, s'étant partagé, comme feraient des anges. Un morceau de pain noir ramassé dans nos fanges. Ils mangeaient ; mais d'un air si morne et si navré Qu'en les voyant ainsi toute femme eût pleuré. C'est qu'ils étaient perdus sur la terre où nous sommes, Et tout seuls, quatre enfants, dans la foule des hommes ! — Oui, sans père ni mère ! — Et pas même un grenier. Pas d'abri. Tous pieds nus ; excepté le dernier Qui traînait, pauvre amour, sous son pied qui chancelle, De vieux souliers trop grands noués d'une ficelle. Dans des fossés, la nuit, ils dorment bien souvent. Aussi, comme ils ont froid, le matin, en plein vent, Quand l'arbre, frissonnant au cri de l'alouette, Dresse sur un ciel clair sa noire silhouette ! Leurs mains rouges étaient roses quand Dieu les fit. Le dimanche, au hameau cherchant un vil profit. Ils errent. Le petit, sous sa pâleur malsaine. Chante, sans la comprendre, une chanson obscène. Pour faire rire — hélas ! lui qui pleure en secret ! — Quelque immonde vieillard au seuil d'un cabaret ; Si bien que, quelquefois, du bouge qui s'égaie. Il tombe à leur faim sombre une abjecte monnaie, Aumône de l'enfer que jette le péché, Sou hideux sur lequel le démon a craché 1

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